La compensation fatale, la circoncision dans le regard allemand, Shmuel Trigano

Publié le par danilette

LA COMPENSATION FATALE : LA CIRCONCISION DANS LE REGARD ALLEMAND

Shmuel Trigano Chroniques d'été 2012

La réalité est ironique. Ce sont les Allemands dont l’histoire récente est lourde de la responsabilité d’un génocide qui font la morale aux descendants de leurs anciennes victimes. On ne peut s’empêcher de voir dans leur vertueux jugement, puisqu’il s’agit de droit, une compensation psychique qui vise à les déculpabiliser. Mais ce travers moral nous aide aussi à comprendre quelque chose de plus enfoui. C’est au fond la même volonté de « pureté », la même conviction « morale » qui a mu les Nazis, qui cherchaient à éradiquer ceux qu’ils comparaient à des poux et à des rats.


Le langage ne ment pas. Deux types d’arguments contre la circoncision ont été évoqués par les instances allemandes : la violence qu’elle représenterait et le fait de l’imposer d’office à un enfant en le privant ainsi de sa capacité de choix ultérieure.


En juin le tribunal de grande instance de Cologne a rendu publique une décision selon laquelle l'ablation du prépuce pour motif religieux relevait de coups et blessures volontaires, et était donc passible de poursuites pénales.


En août, le Comité d’éthique allemand déclare que la circoncision devrait être autorisée mais à condition qu'il y ait eu une information des parents, qu'ils soient tous les deux d'accord, qu'il y ait un traitement de la douleur et que la circoncision soit conduite par un spécialiste.


Ces arguments nécessiteraient chacun une étude approfondie et les Allemands tombent mal avec des Juifs rompus à la dialectique talmudique ainsi qu’à la psychanalyse. Il faut d’abord rappeler que dans le judaïsme cet acte intervient à l’âge de 8 jours et non entre 8 et 14 ans comme chez les musulmans, ce qui est fondamentalement différent sur le plan de l’expérience et des conséquences.


Si l’on poussait jusqu’à l’absurde l’hygiénisme et le purisme des Allemands (que l’on retrouve aussi chez les Scandinaves) on pourrait faire remarquer à ces grands moralistes qu’il vaudrait mieux aussi que les enfants ne naissent pas, c’est à dire qu’ils ne sortent jamais du ventre de leur mère, ce qui représente une expérience d’une très grande violence. L’enfant une fois expulsé et tiré avec force de son ventre (à moins qu’on ouvre son ventre s’il faut pratiquer une césarienne) reçoit pour la première fois dans ses poumons un air qui le brûle comme un incendie. Il lance alors son cri pour la première fois, expression de douleur, ce qui est considéré pourtant par le corps médical comme un très bon signe de vie.


Il faudrait aussi interdire de couper le cordon ombilical, un organe qui relie le bébé à la vie et qui représente une ablation violente : on cisaille la chair à vif. La naissance en général aussi est sanguinolente. Tout accouchement verse du sang…


La remarque allemande est au fond ennemie de la vie. Et la vie comporte une violence intrinsèque que l’homme doit apprendre non à nier mais à canaliser. La circoncision, justement, reprend la violence natale pour la maitriser et l’humaniser. C’est peut être ce qui évite justement le penchant ultérieur au génocide…


Quant au fait d’imposer à l’enfant un choix sur lequel il ne peut se prononcer, ce qui serait répréhensible de la part des parents, il faudrait tout de même faire comprendre aux Allemands que naître dans une famille allemande, avec l’héritage que l’on sait, pourrait aussi être considéré comme l’imposition d’un destin non choisi à des enfants qui n’ont pas demandé d’en être. Pourrait-on attendre 18 ans pour que les enfants allemands décident de choisir s’ils seront allemands ou turcs, ou quoi que ce soit d’autre et donc durant ces 18 ans éviter de leur inculquer toute culture et langue allemandes, toute identité allemande afin qu’ils choisissent en connaissance de cause et ne tombent pas dans une culture qui a conçu le génocide, avec tout ce que cela entraine comme problèmes identitaires.


Je dis sans ambages des choses dures mais la gravité de l’attaque le justifie. S’il faut jouer au plus fin, on nous trouvera. C’est aussi pour souligner l’absurdité qui inspire les jugements allemands sur la circoncision quand on pousse leur logique jusqu’au bout. Au point que l’on se demande si ils ne sont pas un prétexte, sans doute inconscient, à une autre motivation. Comme en France l’attaque symbolique ou réelle lancée sur le judaïsme et les Juifs est en fait une attaque contre l’islam dont les auteurs n’ont pas le courage parce qu’ils en ont peur et que cela enfreint le politiquement correct. Au contraire, il n’y a rien à craindre des Juifs d’autant que les mettre en premier sur la sellette constitue une justification de l’impartialité de la décision que l’on veut appliquer çà l’islam. Les Juifs sont donc mis en question pour que les musulmans le soient. Sinon on ne comprend pas la raison de ce tournant subit envers eux… De ce point de vue le facteur islamique, pour toutes sortes de raisons, constitue un facteur aggravant pour la condition du judaïsme en Europe et le cercle de l’ironie est clos lorsque les instances juives s’abritent derrière lui, infiniment plus puissant politiquement mais hostile à leur encontre, pour défendre leurs positions …

Publié dans Shmuel Trigano

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Cécile 28/08/2012 09:39


On ne peut mieux dire