La France a toujours raison, Shmuel Trigano

Publié le par danilette

« La lutte contre les terroristes n’a pas de frontières » déclare François Hollande. On aimerait que la France et l’U.E. daignent appliquer ce jugement aux Palestiniens qui ont été, depuis les années 1960, les inventeurs du terrorisme international, dont Al Qaeda n’est pas le si lointain rejeton, et qui sont toujours actifs sur ce plan-là.

L’affaire de l’engagement de la France au Mali est pleine d’enseignements et à de nombreux égards. Notamment pour ce qui concerne la communication. Si on prend comme critère de comparaison la façon dont le discours public, politique et médiatique français traite Israël, on ne peut manquer d’être stupéfait, à tout le moins convaincu, du système de deux poids deux mesures appliqué à Israël avec ses corollaires de bonne conscience narcissique du côté français et d’animosité de principe envers Israël. Cela rappelle la fable de La Fontaine, « selon que vous soyez puissant ou misérable ».

Pour le Mali, on nous parle de « terroristes », de « dictature islamiste », mais s’agit-il d’autre chose quand on parle de Gaza, si chère au cœur des journalistes et des grandes âmes françaises, ou quand on parle du Hezbollah ? Le président parle de « détruire » les terroristes. Imagine-t-on le scandale si ces mots avaient été proférés par Natanyahou, et il ne les a jamais proférés ! Imagine-t-on combien la courageuse France-Angleterre serait incessamment intervenue pour empêcher Israël de détruite le QG du Hamas caché dans l’hôpital de Gaza  et d’aller jusqu'au bout de l’élimination de ce clan terroriste ! On nous dit qu’au Mali les terroristes utilisent les civils comme boucliers humains mais que ne reconnaît-on pas la chose quand il s’agit de Gaza ? Et cela a-t-il empêché que ,dans les premières 48 heures de l’engagement français, 148 personnes auraient trouvé la mort dans les frappes aériennes françaises, soit presqu’autant qu’à Gaza (169 morts) en 8 jours malgré les 1500 frappes ciblées de l’armée israélienne ? Nous n’avons vu aucun journaliste français sur le terrain, échappant à la censure militaire de l’armée française, nous faire vivre en direct ce que vit une famille malienne entre bombardements et terroristes. On ne voit que des civils célébrant la France et des tanks français. Un silence glauque pèse sur cette opération et les médias et les grandes consciences journalistiques ne font que diffuser l’information officielle de l’armée. Personne n’a parlé des exactions auxquelles se serait livrée l’armée malienne : les villes sont interdites aux journalistes.

Qui s’est levé en France pour se soucier des civils maliens ? A quand la flottille, ou la caravane en l’occurrence, pour Daibali ? Le silence de Stéphane Hessel est assourdissant. Quant au personnel politique, c’est l’unanimisme, le doigt sur la couture du pantalon. Seule voix discordante, presque comique, Valéry Giscard d’Estaing qui voit dans cette « reconquête » du Nord-Mali une aventure « néo-coloniale ». C’est en effet un problème car l’État malien que remet sur pied la France est proche du néant et incapable d’assumer sa charge d’État.

En un mot, aucun souci pour l’autre, aucun enfant en danger, pas d’intérêt pour les civils dans le discours médiatique et politique sur cette aventure guerrière dans la foulée de la Libye dont elle est d’ailleurs le produit catastrophique (ô Bernard Henri Lévy !). En somme un discours marqué par l’égocentrisme national, la conviction ethnocentrique qu’on incarne le droit même solitairement.

Inutile de préciser que je formule ces remarques tout en approuvant totalement et sans réserves le projet de « détruire », justement de « détruire », le terrorisme islamique mais ce terrorisme n’est pas confiné au Sahara. Il enserre Israël de toutes parts.

L’enseignement à tirer c’est qu’il ne faut surtout pas se laisser impressionner par les grands discours de moralité et de droit dont les États européens, la France la première, abreuvent Israël à longueur de temps, et cela va revenir après les élections en Israël. C’est de la pure hypocrisie, de la guerre psychologique, une opération de déstabilisation. Les pays européens cachent leurs compromissions financières et politiques avec les États arabes sous des dehors « moraux » grandiloquents qui ne convainquent que les faibles. Le plus affolant c’est que la France affronte au Mali les islamistes armés par le Qatar dont elle est dépendante financièrement. Non, ce n’est pas sur ce terrain qu’il faut répondre. Mais y-a-t-il en Israël des personnalités suffisamment brillantes pour renvoyer à l’Europe sa propre image ? Hélas, non.

*A partir d’une chronique sur Radio J du vendredi 18 janvier 2013.

Publié dans Shmuel Trigano

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