La rosée de dieu, Ami Bouganim

Publié le par danilette

www.informationjuive.fr/2012/02/la-rosee-de-dieu 

tiberiade

 

Le problème de l’eau est sans conteste l’un des problèmes géostratégiques les plus sensibles et douloureux. Il n’est que de voir les scènes de famine dans nombre de régions en Afrique pour se convaincre que la pénurie d’eau provoque plus de victimes que les tremblements de terre et les tsunamis réunis. La sécheresse ne cesse de gagner de nouvelles régions, voire de nouveaux continents. On incrimine le réchauffement et l’on ne sait si l’on est à la veille d’une ère de désertification ou de glaciation. On doit reconnaître que ce problème laisse pantois sur les réelles capacités de l’humanité de se mesurer aux grands défis écologiques qui menacent la planète.

Or s’il est un pays où le problème a été tant débattu qu’il est devenu un problème quasi-existentiel, c’est bien Israël. On ne perd pas plus une goutte d’eau qu’on ne cueille un coquelicot. On le répète tant, du jardin d’enfants à la maison de retraite, qu’il n’est pas un Israélien qui ne verrait un robinet couler sans s’empresser de le fermer ou d’alerter les services municipaux, les pompiers et les services de la Compagnie des eaux. Sitôt l’hiver passé, voire même pendant cette saison, les chaînes de télé et de radio n’arrêtent pas d’asséner leurs mises en garde catastrophées. Ces dernières années, on n’arrête pas d’inciter la population à faire des économies et à respecter les strictes consignes – que tout le monde viole, des ménages privés aux collectivités locales – de ce que l’on nomme  » la discipline de l’eau « . Sur les écrans des télés les visages des plus beaux mannequins se dessèchent, se rident, se craquèlent, se lézardent, s’effritent… et elles prennent leur voix la plus dramatique pour annoncer :  » Israël se dessèche.  » C’est dire que l’on a le souci de l’eau, c’est dire aussi que lorsqu’il le souhaite, Israël s’entend à éduquer les masses.

 

Deux charnières

 

Le climat, on le sait, est plutôt sec et rude. Il ne pleut presque pas – et le plus désolant c’est que les précipitations se concentrent sur une très courte période de trois à quatre mois -, et les grandes chaleurs qui sévissent six à huit mois par an achèvent de calciner la végétation et de caricaturer les traits sur les visages auxquels elles soutirent des coulées de sueurs. On prétend qu’il n’est vraiment que deux saisons et que l’automne et le printemps ne sont que deux charnières, un début d’hiver et un début d’été, d’une durée de deux mois environ. La charnière printanière, coloriée et embaumée, coulisse avec douceur ; l’automnale, ensablée et embrumée, grince d’irritation. L’automne, par là, est toujours revêche. De menaçants nuages traversent le ciel sans crever. L’aube tarde à se déclarer, le soir prend une teinte sinistre. La mer grisaille ; le sable s’ennuie. On sent la terre crier sa longue, trop longue, soif. Dans des volutes de poussière. Par des vents rêches. On attend que les premières pluies calment des esprits par trop harassés. On demande de l’eau au ciel et le ciel prend un malin plaisir à rester insensible. Quand il se décide enfin à ouvrir ses valves, on sent un grand soulagement et une grande clémence. On récite la bénédiction sur les premières pluies. Rabbi Hiyya Bar Abba et Rabbi Abbahou, maîtres du Talmud, assuraient que  » le jour où la pluie tombe est plus grand que celui de la résurrection du monde  » (TB, Berakhot 33a).

   On a longtemps misé sur la pluie. Selon les estimations, Israël aurait besoin d’une moyenne de 400 ml pour couvrir ses besoins en eau. C’est-à-dire pour remplir le lac de Tibériade et surtout les trois aquifères les plus importants dont l’aquifère côtier d’une capacité de 2 milliards de m3 qu’on a tant négligé, puisant de l’eau sans restrictions, bétonnant les voies d’infiltration pour l’eau de pluie, y déversant sans distinction des eaux d’écoulement qu’il a fini par accueillir de plus en plus d’eau de mer et qu’il serait sérieusement endommagé. Le problème de l’eau en Israël est davantage un problème de récupération des eaux de pluie – près de 80 % se perdent soit parce que les précipitations sont concentrées sur une courte période, soit parce que s’entassant à la surface, l’eau s’évapore avant de gagner les réservoirs – et d’entretien des aquifères que de sécheresse. L’eau aussi baigne dans un mythe. On ne puise plus autant d’eau que par le passé dans le lac de Tibériade et le légendaire conduit national n’achemine plus de l’eau que pour alimenter les aquifères. Le moral national n’en reste pas moins indexé au niveau des eaux dans le lac qui possède une échelle graduée avec une côte rouge inférieure et une côte rouge supérieure. Quand le niveau des eaux descend au-dessous de la côte rouge inférieure, on commence à s’inquiéter – parce qu’on doit se donner

en permanence une raison de s’inquiéter -, réclame la pluie à grandes prières et prend des mesures de restriction. On est si anxieux du niveau des eaux dans le lac qu’on le donne avec les températures. On redouterait la pénurie. De n’avoir rien à boire dans cette chaleur ; de ne pouvoir se doucher dans cette puanteur. En hiver 2009-10, le niveau d’anxiété connut un record de tous les temps. C’était pourtant une année relativement pluvieuse. Dans le cadre d’une grève particulièrement sauvage, l’une des plus cruelles dans l’histoire des grèves en Israël, les agents de la Compagnie des eaux ne donnaient plus le niveau des eaux dans le lac, plongeant la population dans une insoutenable incertitude…

La suite dans le numéro de Février 2012… www.informationjuive.fr/

Publié dans Israël

Commenter cet article