Le barrage des media à l'expression de toute opinion favorable à Israël, la lettre de l'écrivain Marco Koskas refusée par les grands média français

Publié le par danilette

Un autre regard sur le Proche-Orient

Bulletin Internet de France-Israël Marseille 
Section de Marseille de l’Association France-Israël, Alliance général Koenig

Juillet 2012                                                      Autre-regard-numero7 Autre-regard-numero7

 

Le barrage des media à l'expression de toute opinion favorable à Israël
La lettre de l'écrivain Marco Koskas refusée par les grands média français

 

Quand j'ai publié mon premier livre, en 1979, les Juifs étaient à la mode. Il y avait une production éditoriale très importante sur les thèmes juifs, on découvrait Lévinas et Jankélévitch, et le jeune roman juif commençait à prendre son essor ; le roman séfarade, s'entend. Ce roman-là se différenciait de la littérature ashkénaze en ce qu'il n'était pas marqué par la Shoah. A l'époque, les médias et la critique firent bon accueil à cette production aux senteurs d'anisette et de jasmin. J'avais été récompensé par plusieurs prix, tout comme mes camarades Gilles Benaych, Paula Jacques ou Chochana Boukhobza. Nostalgique, sensuelle, un peu burlesque aussi, cette prose frappait les esprits par la jeunesse de ses auteurs, qui n'avaient connu leurs pays d'origine que le temps d'une enfance ; par ouï-dire en fait.


Mais si cette littérature s'était soudain mise à éclore, c'est aussi parce que nulle part dans l'histoire officielle de la décolonisation, la déjudaïsation des pays arabes n'avait même été évoquée. Les écrivains sépharades compensèrent ainsi les lacunes et les "oublis" pudiques" des historiens. Nous nous étions mis à écrire pour que cette "négligence" ne nous fasse pas tomber pas dans l'oubli. Ou la littérature pour réparer les errements de l'historiographie.


Trente ans plus tard, le phénomène exactement inverse est en train de se produire. Si l'on peut encore être publié en tant qu'auteur juif en France, c'est seulement à certaines conditions. D'abord se déclarer clairement anti-israélien, tout au moins critique à l'égard d'Israël. Les nouveaux stéréotypes médiatiques, systématiquement hostiles à l'État juif, ont sonné le glas de l'époque précédente. La victimologie palestinienne y est sans doute pour quelque chose, et l'accroissement exponentiel de la population musulmane en France également. Sans conteste, par son importance, la clientèle arabe locale dicte aux médias français d'autres priorités.

 

En tous cas quelque chose a changé ; quelque chose d'inquiétant aujourd'hui et de probablement terrifiant demain. La mode actuelle est à la banalisation d'un Tariq Ramadan, pourtant adepte de la lapidation et de la charia ; à la glorification des criminels du Hamas par un vieillard faussement angélique comme Monsieur Hessel ; à la condamnation obsessionnelle de la démocratie israélienne.


Passer le barrage médiatique

Deuxième condition pour être écrivain juif en France aujourd'hui: n'avoir aucune pratique religieuse. En d'origine. Comme les premiers chrétiens, ou comme les marranes. Mais qu'est-ce que cela veut dire "être juif" si l'on n'a ni foi en la Torah ni amour de l'État d'Israël ? En quoi ça consiste alors ?


Si je suis encore publié par un grand éditeur français, je n'ai pourtant aucune chance de passer le barrage médiatique, en raison de mes positions pro-israéliennes. Aucune antenne ne me sera ouverte pour dire que j'ai quitté la France parce que mon fils ne peut pas marcher dans les mes avec une kippa sur la tête, sans risquer de se faire agresser. Mon fils a ses raisons, et elles sont religieuses ; les miennes sont politiques. Nos raisons ne sont pas semblables mais elles nous ont menés à la même conclusion : nous avons plié bagages.


II y a 50 ans déjà, ma famille ainsi qu'un million d'autres Juifs avaient dû quitter les pays arabes où ils vivaient pourtant depuis des siècles, faute de pouvoir dire leur amour pour Israël. Jamais les historiens n'ont pris la peine de se pencher sur cet exode massif, et ses raisons profondes.


Tout le monde a fait comme s'il était logique pour les Juifs, peut-être même normal, d'être chassés en masse de chez eux au seul prétexte que les pays où ils vivaient étaient désormais dirigés par des nationalistes , arabes. Il s'agissait pourtant d'une véritable épuration ethnique, mais elle ne porta jamais ce nom ; elle n'eut jamais non plus l'écho que donnèrent à leur exode les 250 000 Palestiniens qui quittèrent la Palestine en 1948.

 

II y a pourtant un parallèle évident entre ces deux situations. Or, ce parallèle a été occulté par les historiens, et continue de l'être par les médias aujourd'hui. Mon travail est de le faire entendre, de le rabâcher s'il le faut, puisque c'est un parallèle indéniable. Mais si je n'ai pas le droit de faire entendre ce son de cloche, que me reste-t-il comme autre alternative que l'exil ? Aucune loi ne m'interdit de passer à la télé en tant que Juif pro-israélien, heureusement. Mais dans les faits, c'est tout comme.


Israël, mon amour

J'ai un peu réfléchi à cette question, et je me suis résigné à penser que la culpabilité post-coloniale à l'égard des Arabes, devait avoir refaçonné l'imaginaire collectif, donc le regard des médias. On se souvient sans doute que l'hostilité française pour Israël, commence avec la fameuse phrase-culte de de Gaulle sur "le peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur". Phrase prononcée en 1967, c'est-à-dire à la fin de la décolonisation, au moment où va avoir lieu la guerre des Six-Jours.


Ce n'est pas un hasard si de Gaulle devient hostile à son ancien allié israélien après l'achèvement de la décolonisation. Deux représentations du peuple juif se succédèrent alors dans l'imaginaire gaulliste : la victime du nazisme est devenue un guerrier triomphant.


Du même coup, les interdits qu'a créés la Shoah s'avèrent trop contraignants, comme s'ils avaient empêché un certain antisémitisme cérébral de s'exprimer librement depuis la Libération; comme si enfin, il était urgent de se défausser de sa culpabilité coloniale sur l'état d'Israël, aux prises lui aussi avec d'acerbes nationalismes arabes.


Peu à peu le sionisme est ainsi devenu, non pas la seule utopie du XIXe qui ait produit de la démocratie et des richesses, mais un gros mot.


L'Intifada, puis l'opération Plomb durci sur Gaza, ont achevé ce reconditionnement, et nous voici au terme d'un processus qui pourrait aller qui sait ? jusqu'à la déjudaïsation de la France, ou la rupture des relations diplomatiques entre la France et Israël. Certains manuels scolaires sont déjà contaminés par l'hostilité gaullo-hesselienne à l'égard de l'État juif, et la gauche gâteuse use systématiquement des termes infamants comme "apartheid" à l'égard d'Israël, dès qu'un problème surgit entre Netanyahou et l'Autorité palestinienne.


Chaque jour apporte son eau de Vichy au moulin de l'antisémitisme ordinaire, plus ou moins maquillé en israélophobie. Or, peu ou prou, tous les Juifs aiment Israël. Bien sûr, c'est un amour plus ou moins critique mais c'est de l'amour quand même et l'amour ça ne s'explique pas.


C'est justement cet amour qui posera problème en France dans les temps à venir. Si je veux pouvoir dire mon amour, ou même ma tendresse, pour ce pays fascinant il ne me restera que les réseaux sociaux ou la presse communautaire la plus confidentielle pour m'exprimer. N'ayant pas accès aux grands médias, les éditeurs pourront également me tourner le dos faute de pouvoir faire connaître mes livres.


On me rétorquera que plein de Juifs ont des positions-clés dans les médias et que ma prédiction n'est qu'un pur fantasme. N'empêche que les médias sont systématiquement anti israéliens, même avec des juifs à leur tête. C'est sans doute que la marranisation des esprits est en marche.

Jerusalem Post du 22-28 mai 2012

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olivier 24/07/2012 17:01

Merci pour ce très bel article qui me redonne des forces. Shalom Danilette.

danilette 24/07/2012 18:39



Salut Olivier, à ne pas confondre avec Olivier L, je connais deux Olivier... Merci à toi pour tes articles éblouissants...



kravi 24/07/2012 15:01

Shalom Danilette,
dés que j'aurai un peu de temps : je continue à travailler...
Deux remarques amicales : d'abord la lecture du commentaire en bleu marine sur fond gris foncé est plutôt malaisée.
Ensuite, je ne reçois pas les mails annonçant un nouvel article de façon systématique. Bug informatique ?
Cordialement.

danilette 24/07/2012 15:13



Je suis en train de revoir le design de mon blog, c'est pas encore très réussi, il faut que je prenne du temps. Pour les annonces d'un nouvel article je ne le fais pas systématiquement mais
seulement pour les articles les plus importants car je ne veux pas saturer mes abonnés...



kravi 24/07/2012 08:23

Excellent texte, Marco, et je souscris à tous ses paragraphes. Le principal obstacle à la description de l'Israël réel, le vecteur essentiel de l'antisémitisme/antisionisme reste la censure et la
propagande des médias. Nous sommes nombreux à savoir ce qu'il en est de la « déontologie » journalistique française.
Comment déjouer les pièges du double standard inique appliqué à Israël ? Comment obliger les journalistes à vérifier leurs sources ? Comment exiger des droits de réponse dès qu'un mensonge est
imprimé ? Comment lutter contre la confusion des valeurs et la manipulation des mots ?

danilette 24/07/2012 11:02



Merci Kravi, je n'ai malheureusement pas de réponses car cette lutte est un puits sans fond. A quand un article de toi ?