Le discours d'adieu de Danny Seaman, David Horovitz

Publié le par danilette

Voici une ITW à lire absolument d'un homme courageux qui a lutté pour défendre l'image d'Israël, sans être beaucoup soutenu, c'est un euphémisme, par ses supérieurs hiérarchiques et par le Ministère des Affaires Etrangères, c'est terriblement dommage et triste et cela a entraîné beaucoup de dommages pour Israël. Espérons que les Israéliens qui viennent dernièrement de se réveiller et de prendre conscience de l'importance du travail de relations publiques et de défense d'Israël, réussissent à renverser un peu la vapeur et contrer la propagande palestinienne, elle, extrêmement active et efficace depuis des années !
Lire aussi l'excellent article qui donnait la parole à Daniel Seaman il y a 10 ans : 
En tirant le rideau sur une décennie en tant que directeur du Bureau de presse du gouvernement (BPG) Danny Seaman décide de laisser libre cours aux colères accumulées au cours de plusieurs années de frustration. Dans cette interview, il livre une critique passionnée dans toutes les directions. Contre une bureaucratie qui se fourvoie et menace de condamner le BPG à l'aveuglement. Contre ceux qui ne l'ont pas soutenu lorsqu'il défendait Israël face à ce qu'il considère comme une représentation erronée du pays dans les médias.

Contre l'abandon par Israël de beaucoup de ses propres revendications et droits. Contre certains journalistes locaux qui renforcent la délégitimisation de l'Etat hébreu. Contre la manipulation palestinienne de la presse étrangère. Et par-dessus tout contre une partie de cette même presse étrangère, qu'il dépeint comme excessivement ignorante, réticente à apprécier les vérités fondamentales sur les caractéristiques d'Israël, incompétente et parfois carrément immorale. Extraits :

Jerusalem Post : Combien de temps êtes-vous resté en poste ?
Danny Seaman : Environ dix ans. Auparvant, j'avais travaillé dans divers services au BPG. J'étais dans la même brigade de parachutistes que l'ambassadeur d'Israël aux Etats-Unis Mike Oren... Lorsque la seconde Intifada a éclaté en septembre 2000, j'étais à la tête du département de la presse étrangère du BPG. Il n'y avait pas de véritable directeur et j'ai donc été promu à ce poste.

J.P. : Quelle est la principale responsabilité du directeur du BPG ?
D.S. : S'occuper des journalistes de la presse étrangère. Les assister dans leurs besoins techniques. Délivrer le message du gouvernement. Leur trouver des contacts. Leur faire visiter le pays. Il y a dix ans, le BPG était à son apogée. C'était la première visite papale (Jean-Paul II). Le Bureau avait assisté un grand nombre de médias, il avait créé un centre de presse devenu une norme internationale. Puis la jalousie bureaucratique s'est invitée. Certains ministères n'ont pas aimé que tout le crédit et le prestige en revienne au BPG. Travailler avec les médias est perçu comme étant très prestigieux... Puis le Bureau s'est perdu au cours des années.

Par le passé, nous avions l'habitude d'envoyer un correspondant dans les réunions, pour fournir l'information aux différents médias. Puis il y a eu un ralentissement dans les années 1990 et la première partie de ce siècle. C'est un point essentiel et fondamental : il faut rétablir un contact au jour le jour entre le gouvernement et la presse étrangère, via le BPG.

Avant, Beit Agron abritait les membres du BGP et de nombreux journalistes étrangers dans un même bâtiment, au centre de Jérusalem. Les Palestiniens disposent d'ailleurs toujours de cet avantage, avec l'hôtel American Colony de Jérusalem-Est, où beaucoup de médias étrangers en visite séjournent. Ils ont des contacts directs avec les journalistes, et cultivent cette relation privilégiée.

Beit Agron était un centre de presse quotidien. Les médias y avaient des bureaux, tout comme le gouvernement, le ministère des Affaires étrangères, Tsahal. La Radio de l'armée était là. Lorsque le JCS (Jerusalem Capital Studios) est devenu le nouveau centre pour les télévisions internationales et autres organes de presse étrangers, nos relations avec la presse étrangère ont commencé à se détériorer. Nous avons perdu le lien avec elle. Depuis maintenant quatre ans, je dis que nous devons déménager pour rétablir ce contact quotidien. Je ne répéterai jamais assez à quel point ce contact personnel avec les médias est important.

En Israël, les journalistes peuvent se passer des services du gouvernement. Ils peuvent venir et se promener librement. Mais avec une carte de presse tout est plus facile. Et c'est notre avantage au BPG : nous délivrons les cartes de presse. C'est parfois le seul contact que certains journalistes auront avec des officiels en Israël. Nous y voilà : pendant qu'une personne prépare la carte, une autre peut s'asseoir, créer une relation avec le journaliste, voir ce qu'il fait, suggérer des idées de sujets à traiter.

Lorsque Sdérot était la cible des roquettes, nous affichions le nombre de missiles tombés sur la ville. C'était devenu un sujet de conversation. Grâce à cela, bon nombre de journalistes ont même décidé de se rendre sur place, à Sdérot, pour en faire un sujet de fond. Ils n'y avaient pas pensé auparavant. Je soutiens d'ailleurs les initiatives du ministère de la Diplomatie publique et de Yuli Edelstein. Si on identifie ces zones que la Hasbara classique n'atteint pas, alors beaucoup de choses peuvent être accomplies. Toute la campagne des Masbirim (ambassadeurs citoyens) est une très bonne idée, même si elle est ridiculisée dans certains cercles. Les gens ordinaires ont une plus grande capacité à convaincre leurs interlocuteurs à l'international qu'un gouvernement.

J.P. : Le média israélien est l'habituel pourfendeur de la conception d'Israël, les médias étrangers se positionnent-ils eux aussi comme ça ?
D.S. : Absolument. Un exemple : pendant la seconde guerre du Liban (2006), j'étais dans le Nord, avec des journalistes. Le soir, j'assistais aux rencontres entre les médias israéliens et étrangers. Certains des journalistes israéliens assis là ont fait des déclarations les plus atroces à propos de l'Etat hébreu. Ils étaient furieux, mécontents de la façon dont la guerre était menée. Dans certains cas, leur discours prenait une tonalité politique. C'est bon et légitime pour le débat interne. Mais quelqu'un de l'extérieur ne comprend pas la base de tel ou tel argument.

Les journalistes israéliens sont plus qu'heureux d'exprimer leurs opinions à quelqu'un de l'étranger, ne comprenant pas comment ces derniers les perçoivent. Ils légitiment la délégitimisation de l'Etat d'Israël. C'est peut-être la plus grande menace à laquelle nous sommes confrontés depuis des décennies. Ce n'est pas Israël contre les Palestiniens. C'est un effort délibéré, concerté pour délégitimer l'existence d'Israël. Nos ennemis ont essayé de nous vaincre sur le champ de bataille. Ils ont perdu, alors ils réalisent soudain que le seul moyen de nous combattre aujourd'hui est de nier notre droit à l'existence...

Une partie de mon problème avec la presse étrangère - j'ai été accusé d'être virulent - c'est que vous avez des journalistes qui arrivent ici sans la moindre idée de ce qui se passe. Ils se contentent de ce qu'ils reçoivent de leurs collègues, rencontrent certaines personnes du même milieu socio-économique et ne lisent qu'un journal, Haaretz. Ils ne font aucun effort. Quand vous discutez avec eux, vous constatez qu'ils ont une absence totale de connaissance sur les questions élémentaires. Ils ne sont pas qualifiés pour faire des reportages sur les conflits modernes.

Cela n'a pas toujours été le cas. Les journalistes des années 1970, 1980, qui étaient là au début des années 1990 étaient bien informés, très expérimentés. Là c'est une nouvelle génération. Le récit change. Ils adoptent la description palestinienne. C'est devenu "de bon ton". Ils parleront du "droit au retour des Palestiniens". Ils ne savent pas ce que c'est. Ils répètent ce que les Palestiniens appellent "les violations d'Oslo par Israël". De quoi parlent-ils exactement ? Ils n'ont aucune connaissance des faits.

Si vous leur amenez un expert en loi internationale, pour un briefing, ils le délégitimeront au motif de "ses opinions politiques". C'est inacceptable, surtout pour un journaliste. Nous, la population, dans une société démocratique, reposons sur eux pour nous fournir l'information, pour prendre des décisions éclairées sur certaines questions. Dans ce cas, beaucoup de journalistes manquent à leur devoir.

Cela a commencé en 2000. Avec ce que certains appellent "la guerre d'Oslo" - la violence palestinienne qui éclate à ce moment-là. Je travaillais dans les relations publiques depuis 27 ans, et il y a certaines "vérités" que l'on nous assenait : si les résolutions de l'ONU sont adoptées, il y aura la paix.

Si nous reconnaissons aux Palestiniens le droit à l'autodétermination, il y aura la paix. Si nous partons des implantations, il y aura la paix. Et durant les 25 années passées, il y a eu une progression dans la position israélienne : l'Etat hébreu a reconnu l'OLP comme le seul représentant légitime du peuple palestinien ; a abandonné des territoires ; est parti des implantations. Si l'on considère le Liban, Israël a rempli toutes les résolutions de l'ONU. Pourtant le résultat final n'a pas été la paix promise. Les "vérités" qu'on nous a fait miroiter ne sont jamais arrivées. Au contraire, la violence et l'extrémisme ont augmenté. Et malgré ça il y a une incapacité de beaucoup de médias à être intellectuellement honnêtes, à dire "peut-être devons-nous réévaluer", "peut-être ne devrions-nous pas toujours nous ranger du côté palestinien parce qu'ils sont les opprimés".

En 2000, il y a la violence, les attentats-suicides, et les médias étrangers ne changent pas leurs positions. Ainsi, à chaque fois qu'une bombe dirigée contre les civils explosait, au lieu de l'expression automatique de dégoût qu'une telle attaque aurait dû générer, il y avait toujours des conditions : "Vous devez comprendre pourquoi les terroristes agissent ainsi." Mais moralement, on ne peut défendre une telle "logique". Alors ils en sont venus à l'autre "logique", celle du nombre : "Regardez le nombre de tués. S'il y a 4 000 Palestiniens et 1 000 Israéliens, alors les Palestiniens sont les victimes."

Cela n'a aucun sens. C'est moralement répugnant. C'est intellectuellement inacceptable de faire ce genre d'équation. Mais les médias le font. Reuters, l'AP, l'AFP terminaient leurs dépêches en écrivant : 4 000 Palestiniens sont morts par rapport à 1 000 Israéliens. Ils le faisaient délibérément, pour donner l'impression que le côté qui souffre le plus doit être justifié. Ils utilisent des petites techniques journalistiques pour éclairer Israël de façon négative.

Je l'ai noté principalement pendant la guerre du Liban à travers la terminologie utilisée. Israël était toujours agressif, toujours actif. Les autres actions ne font "qu'arriver". Les missiles "pleuvent" sur Israël. Et, je cite certains reportages, les médias ont même adopté la terminologie nazie : "le blitzkrieg d'Israël". En revanche, la souffrance qu'Israël endure est toujours causée par quelque force obscure. Ce qui arrive n'est jamais clair, qui en est responsable non plus. On dépeint Israël de façon négative, bien plus que le Hezbollah. Le Hezbollah est une organisation terroriste ! Il est considéré comme tel par tous les pays du monde, y compris les Nations unies.

J.P. : Et à Gaza en 2008 ?
D.S. : C'est une seconde nature, alors il est naturel que Gaza soit juste une extension. Pour beaucoup trop de médias aujourd'hui, c'est devenu une frénésie quasi-hystérique. Pour la guerre à Gaza, environ 400 reporters supplémentaires étaient venus ici. Ils semblaient n'avoir aucune connaissance de ce qui se passait, sur les conflits urbains. Ils ne comprenaient pas ce qu'ils voyaient.

Ils voient un peu de phosphore et un peu de fumée, et vont immédiatement adapter ce qu'on leur a dit sans comprendre la perspective militaire. A Gaza, ils étaient gavés par la désinformation, et ont donné une crédibilité à des sources maintes et maintes fois été réfutées, mais pourtant très crédibles dans le monde occidental. Comme les médecins. Mais plus d'une fois des médecins palestiniens ont menti et induit en erreur les journalistes. Et ces derniers, au lieu de dire "ok, une fois, deux fois. La troisième fois ils ne me mentiront pas", continuent de se tourner vers ces sources.
Les journalistes continuent d'accuser Israël d'usage illégal d'armes au phosphore. Ce n'est pas illégal !

Et Israël les a utilisées légalement. Beaucoup de pays le font. Mais quand ils sont pris dans une argumentation qui se révèle fausse, les journalistes ne publient pas de correctif disant "nous sommes désolés". Non. Ils disent alors "ce n'est peut-être pas illégal, mais c'est immoral". Immoral ? La guerre n'est-elle pas immorale ? Le Liban est le parfait exemple de tout ce dont nous avons été injustement accusés. Israël a suivi les résolutions de l'ONU. Israël n'occupait pas le moindre centimètre du territoire libanais. Israël a été attaqué. Non seulement ses soldats sont enlevés, mais les journalistes ignorent le fait qu'il y a eu une attaque coordonnée sur toutes les communautés du nord d'Israël ce premier jour. Pourtant, malgré tout cela, après plusieurs jours, vous entendez : "usage disproportionné de la force".

J.P. : Qu'allez-vous faire maintenant ?
D.S. : Je ne sais pas. Je ne me suis jamais arrêté pour me dire : quel sera mon prochain objectif ? J'ai fait mon travail comme je pensais devoir le faire. Je n'ai pas touché un gros salaire. J'étais payé comme un chef de département, pas comme le directeur du BPG, ce qui est substantiellement différent. Plus d'une fois, les gens m'ont demandé : êtes-vous sûr de vouloir faire ça ? Peut-être n'aurais-je pas dû. Par exemple la fois où j'ai commencé à prendre position sur l'affaire al-Dura...

J.P. : A dire qu'Israël n'était pas responsable du meurtre du jeune Mohammed al-Dura, 12 ans, le 30 septembre 2000 à Gaza au début de la seconde Intifada, et qu'il était stupide d'avoir présenté des excuses ?
D.S. : D'une part, et d'autre part parce que j'ai critiqué la conduite de France 2 (qui a diffusé et fait porter la responsabilité de la mort d'al-Dura à Tsahal). Après des heures d'examen, j'étais absolument convaincu que l'attitude d'Israël "mieux vaut ne rien dire" (à propos de l'incident) était non seulement une erreur, mais aussi une violation de notre responsabilité en tant que fonctionnaires. Nous avons la responsabilité de présenter Israël et nous avons échoué.

J.P. : Israël n'a pas tué al-Dura et se devait de le dire ?
D.S. : Oui, absolument. Absolument. Et plus que ça. Cet incident a été utilisé pour lancer la seconde Intifada. Beaucoup (Israéliens ou étrangers) s'en sont servis pour accuser Ariel Sharon d'avoir déclenché les violences de l'an 2000, et non Arafat de les avoir préméditées. Mais le véritable déchaînement ne s'est pas produit juste après la visite de Sharon au Mont du Temple, le 28 septembre 2000. La véritable violence a éclaté lorsque l'accusation de crime rituel est apparue - quand nous avons tué l'enfant.

C'était irresponsable de sortir ces images, car elles n'étaient pas claires. Quelle était la base de l'accusation selon laquelle Tsahal avait tué al-Dura ? Un correspondant qui n'était pas sur place. Aucune preuve visuelle pour confirmer l'accusation. Pas d'images de soldats israéliens qui tirent, de l'enfant qui se fait tirer dessus, pas d'images de l'enfant qui meurt. Il n'y avait rien pour vérifier ça.

On en revient à ce que je disais à propos des médias pris dans une sorte de frénésie de l'information. La chaîne CNN, elle, a réagi professionnellement et dit "attendez une minute, je veux plus de vérification avant de diffuser cette histoire". Mais le lendemain, vous avez des journalistes qui reprennent cette supercherie pour en faire des reportages, comme si c'était un fait... Les principes fondamentaux du journalisme n'ont pas été appliqués. Je voulais la vérité. Si Israël était responsable, j'aurais été le premier à l'admettre. S'il y a eu une erreur, pourquoi les journalistes sont-ils incapables de critiquer leur collègue ? Quand je soulève ces questions, ils n'ont aucun contre argument. Non, ils ont immédiatement recours au "Oh, vous êtes un extrémiste de droite, ce sont des théories du complot..."

J.P. : Peut-être parce que l'Etat hébreu ne vous a pas réellement soutenu ?
D.S. : L'Etat d'Israël m'a soutenu... Il n'y a aucun doute là-dessus. France 2 a échoué. Cela n'aurait pas dû être rapporté comme cela a été le cas.

J.P. : Est-ce que c'est l'exemple le plus flagrant, à vos yeux, de l'incapacité journalistique à rapporter une histoire avec exactitude ?
D.S. : C'était le plus connu. Il y a eu un autre incident dans lequel j'étais impliqué, avec Al-Jazeera, et la suspension de certains de nos services pour eux. En juillet 2008, dans le cadre d'un échange de prisonniers, ils avaient célébré la libération de Samir Kuntar (assassin de 4 Israéliens dont une fillette de 4 ans à Nahariya en 1979) dans leurs bureaux du Liban. Officiellement. Publiquement. Une célébration officielle de la chaîne.

Je n'attendais pas des excuses. Mais je voulais savoir si Al-Jazeera, qui veut être traité comme une organisation médiatique professionnelle, était capable de reconnaître une vraie faute professionnelle. Et j'ai beaucoup de respect pour la façon dont ils s'y sont pris, comment ils ont essayé de se corriger et de faire en sorte que cela ne se reproduise pas. Beaucoup de médias occidentaux devraient en prendre de la graine. J'avais pourtant été critiqué par le ministère des Affaires étrangères et le bureau du Premier ministre.

J.P. : Pour avoir protesté contre la célébration par Al-Jazeera de la libération de Samir Kuntar ?
D.S. : Oui. Selon eux je causais du tort aux négociations très sensibles entre Al-Jazeera et le ministère des Affaires étrangères, négociations qui n'existaient apparemment que dans les têtes du ministère des Affaires étrangères...

Parfois vous devez vous élever contre ça, ce sont des questions de principe. C'est ce que j'essaye de traduire dans le système ici. Cela a commencé avec al-Dura. Si nous sommes lésés, il est de notre droit de nous lever et de dire ce qui ne va pas. Nous devrions être les premiers à le faire. Les journalistes ne sont pas au-dessus des lois. S'ils ne se conduisent pas professionnellement, ils doivent comprendre que nous ne sommes pas différents des autres pays.

Mais nous ne pouvons rien faire au BPG. Vous pouvez déposer une plainte mais il n'y a rien de légal qui puisse être fait. Je peux seulement rendre la vie des journalistes plus difficile. Certaines directives m'y autorisent. Comme dans le cas du journal suédois Aftonbladet et de son antisémitisme méprisable... Je n'utilise pas ce mot à la légère. Mon père s'est converti. Une moitié de ma famille est chrétienne. Mais dans cette histoire, Aftonbladet écrit que Tsahal kidnappe les Palestiniens et utilise leurs organes. Nous n'empêchons pas le journal de travailler ici. Nous prenons simplement notre temps. A ce jour, les correspondants d'Aftonbladet ne reçoivent pas immédiatement leur carte de presse. Cela peut prendre 90 jours, ou plus encore.

J.P. : Quel est le rôle des Palestiniens ?
D.S. : Les journalistes étrangers ont commencé à donner des appareils photo aux Palestiniens pour recevoir de bonnes photos. Puis en 2000, quand les événements ont éclaté, certains ont alors cru que leur travail consistait à aider la cause palestinienne. Et les Palestiniens ont reçu des instructions claires.

J.P. : Instructions pour faire quoi ?
D.S. : Pour supprimer certaines histoires ou en promouvoir d'autres. Il y a eu une tentative d'attentat suicide un jour à Jérusalem. Un garde-frontières d'origine éthiopienne a été blessé. Plus tôt le même jour, le ministre palestinien aux Affaires de Jérusalem était illégalement arrêté à Jérusalem et détenu à la Mission russe. Nous savons que les journalistes palestiniens des grands médias se sont coordonnés pour mettre l'accent ce jour-là sur la détention du responsable palestinien plutôt que sur l'attaque-suicide.

Ils trompent délibérément sur certaines histoires. Ils coordonnent avec l'Autorité palestinienne. Beaucoup de ces Palestiniens ont d'abord travaillé pour les médias palestiniens sous Arafat, puis ils ont commencé à postuler dans les médias étrangers basés en Israël. Nous avons commencé à remarquer que beaucoup d'entre eux sortaient des prisons israéliennes. Arafat leur donnait alors un travail de journalistes.

J.P. : Quand vous avez voulu vous opposer à certains reportages que vous considériez comme injustes, vous n'avez pas reçu le soutien du bureau du Premier ministre, du ministère de la Diplomatie publique ?
D.S. : J'ai eu le soutien du ministère de la Diplomatie publique. Lorsque je l'ai approché à propos des images de Reuters (qui avait effacé de ses photos les armes détenues par les "activistes" du Mavi Marmara face aux soldats israéliens), Yuli Edelstein a immédiatement déposé plainte en son nom et en 24 heures nous avons eu une réponse (positive) de Reuters.
Je comprends la retenue dont peuvent faire preuve parfois certains membres du ministère des Affaires étrangères. Je ne cherche pas la bagarre. Mais je crois que nous devrions nous élever contre les choses que nous savons être fausses, et ne pas laisser les journalistes penser qu'ils peuvent s'en tirer sans réponse du côté israélien...

La même chose, d'ailleurs, est arrivée lorsque nous avons décidé de ne pas autoriser les journalistes à Gaza pendant la guerre (l'opération Plomb durci). Une fois que la décision a été prise, certains officiels ont commencé à dire "oh, peut-être qu'on ne devrait pas". Il y avait de véritables raisons pour cette décision. Et elle a été confirmée, mais parce que le ministère de la Défense a tenu bon. Le Premier ministre Ehoud Olmert aussi.

J.P. : En règle générale, vous dites qu'Israël n'a pas officiellement le courage de ses opinions ?
D.S. : Parfois non, il ne l'a pas. Ce n'est pas le cas de tout le monde au ministère des Affaires étrangères. Ce n'est sûrement pas le cas du ministère aujourd'hui. Mais pendant longtemps ces voix de l'intérieur du ministère étaient plus fortes que celles qui disaient "oui, nous devons protester contre ça". C'est toute la question des échecs de la Hasbara d'Israël depuis les Accords d'Oslo. Nous avons coupé l'herbe sous le pied de nos propres arguments. Du moment où nous n'avons pas assez fait valoir notre point de vue pendant le processus d'Oslo, nous avons donné une légitimité aux affirmations palestiniennes. Nous avons abandonné nos positions, nos revendications, nos droits !

J.P. : En ce qui concerne la Vieille Ville, à Jérusalem-Est...?
D.S. : Partout ! Mon grand-père est venu ici d'Afghanistan, pas pour Tel-Aviv ou Haïfa, mais pour notre droit ancestral sur la Terre d'Israël. Depuis des années, nous utilisons cette revendication de notre droit à Eretz Israël, non comme une vérité politique mais comme un raisonnement historique authentique. Vous ne pouvez dire qu'il s'agit d'un argument de droite. Cela n'a rien à voir avec mes positions ou le fait d'être de droite. Qu'est-ce que le judaïsme ? Où est né le peuple juif si ce n'est en Judée-Samarie ?

Maintenant cela ne doit pas signifier que nous ne pouvons accepter un compromis. Le Sionisme est un mouvement de compromis. Mais si nous nions ces droits historiques, nous minons notre propre crédibilité et nos propres droits. C'est une partie de l'échec qui a eu lieu ici.
Malheureusement, les personnes avec ce genre de positions avaient une voix qui portait plus au sein du ministère des Affaires étrangères pendant de nombreuses années. Les autres avaient peur de prendre la parole. Au cours des ans, j'ai payé un prix considérable pour rester fidèle aux choses que je croyais être juste de faire. Et tout ce contre quoi je me suis élevé, que ce soit Aftonbladet, Al-Jazeera, l'affaire al-Dura, m'a finalement prouvé que j'avais raison.

J.P. : Et pourtant vous avez quand même perdu votre travail.
D.S. : Je ne l'ai pas perdu. J'ai été critiqué pour mes positions... J'ai payé le prix d'une image négative, celle d'un homme de droite, un extrémiste, celle qui voulait que les journalistes ne reçoivent pas leur carte de presse pour des raisons politiques - cela n'a aucun fondement réel. Pourtant c'est devenu l'attitude répandue. Je suis controversé.

Pourquoi ? Parce que je me lève pour défendre Israël ? Parce que je critique les médias lorsqu'ils échouent ? Personne n'a jamais débattu avec moi sur ces questions. Ils m'ont diffamé. Et la réalité, c'est que cela ne tient pas la route.


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