Le financement européen des ONG anti-israéliennes

Publié le par danilette

Cet article est pris du site : www.israelactu.com/10398/europe-israel-ong/qui a jugé utile de diffuser la plus grande partie de cette étude magistrale parue dans la revue Controverse en mars 2011, d'une grande actualité et très utile pour comprendre ce déferlement d'attaques contre Israël.
 Merci donc à  Israel Actu

Pour lire cette analyse complète (avec notes et shémas) : www.controverses.fr/pdf/n16/bensimon16.pdf


 

Israel : La manne financière européenne contre la démocratie, Jean-Pierre Bensimon

 

 

L’Europe dans l’ère des ONG

Ces ONG sont suspectées d’alimenter des campagnes de délégitimation très dommageables pour l’image du pays, mais aussi pour sa sécurité en le privant du premier droit d’un État, celui de se défendre. Bien que des financements arabes aient été évoqués, il semble que ce soit l’argent européen qui joue un rôle majeur sur la scène politique israélienne et dans la guerre idéologico-politique globale que lui livrent aujourd’hui ses adversaires. La rencontre entre l’Union européenne comme instance supra étatique et les ONG n’est pas fortuite. Le recours aux ONG présente de nombreux avantages. Elles sont d’abord un gage de neutralité face à des gouvernements par nature puissants et liés au monde des affaires. Dans la logique post-coloniale, elles semblent plus à même de représenter la défense si prisée du faible ou de la victime contre le fort. Cette idéologie a transformé l’antifascisme dans ses facettes marxistes, écologistes, et chrétiennes, en une grande doctrine de défiance envers l’Etat-nation, coupable dans ses gênes des méfaits de la colonisation et des guerres du siècle précédent. En revanche elle fait bénéficier d’a priori très favorables les institutions supra étatiques qui se multiplient, mais aussi les ONG en principe a-étatiques, dans une ambiance générale très hostile à Israel.

Les ONG auraient aussi la vertu de représenter le meilleur de la «société civile», d’exprimer ses attentes, et de la mettre en mouvement. Porteuses des grandes valeurs contemporaines, la force de leur message est prodigieusement renforcée par leur stature morale et par les thèmes qu’elles embrassent, la démocratisation, l’antiracisme, la mondialisation, l’écologie, les droits de l’homme. Nul ne se préoccupe beaucoup de leur compétence sur chacun de ces sujets complexes ; leurs affirmations de principe assurent d’elles-mêmes aux ONG beaucoup d’argent en provenance des États et de l’Union européenne, et une aura de blancheur.

De ce fait, les ONG sont devenues de puissants acteurs politiques qui ont développé une idéologie spécifique et des priorités propres. Les journalistes les considèrent comme des sources fiables et leur reconnaissance comme partenaires par les États qui les financent leur donne un statut d’experts. Elles sont censées avoir une précieuse expérience du terrain. Mais les méthodes qu’elles utilisent pour collecter et traiter les informations ne sont pas vraiment étudiées. De fait les grandes ONG des «droits de l’homme» ont de très petites équipes de chercheurs : elles se fient aux ONG «locales» et à leurs témoignages non corroborés pour nourrir leurs jugements. On imagine aisément que dans les situations conflictuelles, ces ONG locales reflètent des positions partisanes et qu’elles défendent des intérêts précis.

Dans le forum déchaîné de Durban 1 au fondement de l’actuelle campagne BDS, qui qualifia Israel d’ «Etat raciste d’apartheid» commettant un «génocide», il y avait nombre d’ONG financées par l’Europe : ICAHD, Adalah, Mossawa, etc. Or ces assauts délégitimateurs sont contraires aux positions affichées par l’Europe qui ne reconnaît officiellement ni la mise en cause de l’existence d’Israël, ni le boycott de ses produits ou de ses universités. Ils sont contraires aussi à la «définition opérationnelle de l’antisémitisme» arrêtée par un organisme de l’Union européenne, l’EUMC.

Selon cette définition, nier au peuple juif le droit national à un État, assimiler Israel ou ses politiques au nazisme est constitutif de l’antisémitisme, dont la proscription est l’un des engagements les plus fermes de l’Europe. Cependant, dix ans plus tard, ces ONG recueillent toujours la manne du vieux continent.

Les acteurs pour les droits de l’homme du Moyen-Orient sont aussi éligibles à un programme européen plus global dont l’acronyme est EIDHR, et dont le budget pour 2007-2013 est de  1.104 million € (approximativement 157 millions €  par année).

Il faut souligner que la spécialisation apparente des grands programmes est facilement tournée dans la pratique. Un organisme comme Oxfam, spécialisé dans l’assistance médicale, relevant du «statebuilding» donc de AIDCO, pourra financer lui-même avec les fonds qui lui sont alloués, des ONG palestiniennes très engagées dans le combat politique sous l’étiquette des droits de l’homme.

Les différends fonds siègent à Bruxelles, mais dans un souci de rapprochement du terrain, ils utilisent des Délégations et des Agences techniques de la Commission situées à Tel Aviv (Ramat Gan), à Jérusalem et à Amman. L’intérêt d’introduire de la notion de territorialité est assez facile à expliquer, mais cette notion cache un très redoutable piège, celui de la non-distinction entre le caractère démocratique ou non démocratique de la société d’appartenance de l’organisme bénéficiaire. Quel résultat peut-on par exemple obtenir en matière de démocratisation ou de droits de l’homme en finançant une ONG dans un espace contrôlé par des forces claniques? Or dans ces deux domaines, démocratie et droits de l’homme, la majorité des budgets européens est affectée à des ONG issues par nature de «la société civile», donc étroitement liées aux groupes palestiniens qui la dominent.

C’est sous l’égide de l’EIDHR que sont distribués la majorité des fonds.

Les fonds européens donnent à de nombreux acteurs du Proche-Orient les moyens d’intervenir sur les sociétés israéliennes et palestiniennes qui sont les sièges d’un conflit aigu, politique et idéologique, avec des phases militaires et terroristes.

S’il est alors capital de déterminer si les effets de ces financements sont bien conformes aux objectifs affichés par l’Europe, on ne peut pas non plus esquiver la question de la légitimité de l’influence étrangère sur la prise de décision politique dans un pays souverain comme Israel.

L’interférence de l’Europe dans le fonctionnement démocratique d’Israel

Quand l’Europe finance Education for Peace, une ONG faisant ouvertement la promotion de «l’Initiative de Genève» sous la direction de Yossi Beilin, ancien dirigeant du parti Meretz. Cette ONG prend aussi position sur une question fortement débattue, celle de la négociation avec le Hamas devenu majoritaire dans le parlement palestinien.

De même quand l’Europe finance Adalah et Mossawa, deux ONG implantées dans la minorité arabe palestinienne, qui demandent la création d’un État binational, c’est-à-dire la fin de l’État juif.

L’opacité des informations disponibles et la lenteur des réponses de la Commission européenne aux questions qui lui sont posées ont amené NGO Monitor, dont le directeur est de nationalité britannique, à entreprendre une action en justice en 2010. En effet, les traités européens traitent longuement de la transparence entendue comme «un objectif stratégique de l’Union européenne» et des règlements complémentaires garantissent l’accès complet et prompt des citoyens aux débats, directives et décisions des instances de l’Union, Parlement, Conseils et Commissions. Après de longues hésitations, la Commission européenne a remis à NGO Monitor un CD contenant des documents dont des pages entières étaient purement et simplement effacées, leur retirant tout intérêt. Quels étaient donc les secrets sur l’utilisation des impôts du contribuable européen que la Commission tenait tant à dissimuler ?

Le financement des organisations masqué par le financement des projets

Les subventions européennes sont exclusivement destinées à la mise en œuvre de projets comportant des objectifs et des modalités dûment formalisés et soumis à un processus de sélection. Aussi, quand on fait valoir aux autorités européennes que telle ou telle ONG défend des objectifs en contradiction avec ceux de l’Union européenne, celles-ci se retranchent derrière le seul projet, signalant qu’elles ne sont pas engagées par la totalité des activités de ses co-contractants. C’est ainsi que le député européen déjà cité, M. Paul van Buitenen, posa un question sur le Centre palestinien des droits de l’homme, qui avait accusé Israël de «nettoyage ethnique», de «racisme extrême et d’apartheid» et appelait à un boycott total de ce pays. Autant de déclarations clairement opposées au principe même du programme qui la subventionnait, lequel stipulait que son objet était de «renforcer l’engagement de la société civile à prévenir et à résoudre les conflits.» Mme Ferrero-Waldner répondit que la Commission n’était pas responsable des déclarations de ces ONG, qu’elle n’était pas tenue de leur demander de s’abstenir de faire des commentaires indépendants de la ligne de l’Union européenne, et qu’elle ne faisait que soutenir des projets et des actions bien circonscrites.

Ces réponses sont hautement contestables. Les ONG en question excipent régulièrement leurs relations avec l’Union européenne pour légitimer leur discours, et elles utilisent dans leurs manifestations et leurs publications les logos européens. ICAHD et ARIJ participent activement aux campagnes BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) sous la bannière européenne.

Par ailleurs, la réponse à Paul van Buitenen esquive les conséquences de la fongibilité des financements. Les subventions allouées à un projet permettent de payer les dépenses d’infrastructure de l’ONG, les salaires de la direction, les frais d’équipement, de location de locaux, de publicité, de déplacement, etc. Le projet supporte ainsi l’ensemble de l’organisation et rend possible le développement d’actions totalement contraires aux vues officielles européennes.

Et ces actions ne sont pas susceptibles de la priver de financements ultérieurs si l’on suit les raisonnements de la commissaire européenne. De fait, la radiation des financements n’intervient qu’en cas de détournement de fonds, de commission de délits, ou d’appel à l’utilisation de la violence, et jamais pour les campagnes hautement politiques auxquelles l’Europe dit s’opposer, visant à la délégitimation et au boycott d’Israël, ou même l’appel à sa disparition.

À une question signalant la contradiction entre «la caractérisation [par une ONG financée] d’un attentat suicide comme un acte de résistance» et l’engagement de l’Union européenne de «construire une paix solide et durable», Mme Ferrero-Waldner répondait que «la Commission Européenne est respectueuse de la liberté d’expression, un sujet clé dans une société démocratique…»

L’absence d’évaluation

Les ONG sont regroupées en trois sous-ensembles : les ONG qui s’opposent radicalement aux orientations israéliennes; les ONG dont l’activité justifie une évaluation sérieuse et indépendante; les ONG pour lesquelles aucun biais n’a été détecté. Dans cet exemple, 78 % des sommes distribuées par l’Europe sont susceptibles d’alimenter des actions interférant dans la sphère politique israélienne. Certains biais politiques et idéologiques introduits par l’action de ces organisations, leur caractère ouvertement militant contre les politiques israéliennes apparaît dans l’intitulé même des projets du premier groupe. L’idéologie victimaire et les procédés gravement accusatoires des thèmes retenus par l’Europe coïncident parfaitement avec le narratif de la souffrance palestinienne, développé dans les campagnes BDS et les forums internationaux comme le Conseil des Droits de l’homme de l’ONU.

Une monographie de IR AMIM illustre parfaitement ce genre d’intrusion politique européenne sur la scène publique d’un État souverain, en l’occurrence Israel. Cette ONG est assise sur un système de multi-financements : les contributions de la Commission européennes à son budget s’additionnent aux apports propres de plusieurs gouvernements (Suède, Norvège,Tchéquie), d’Oxam Novib qui redistribue des fonds mutualisés de plusieurs autres gouvernements, mais aussi de la Fondation Ford, de Open Society Institute, et de New Israel Fund.

Le projet financé spécifiquement par l’Europe est intitulé : «Conserver ouvertes toutes les options pour le statut final de Jérusalem». Il s’agit donc d’intervenir sur le statut futur de Jérusalem, question la plus hautement politique qui soit, et qui relève exclusivement de négociations israélo-palestiniennes aux termes des accords d’Oslo et de la Feuille de Route du Quartet. Bien que financé par l’Europe censée vouloir une solution équitable et coopérative du conflit, IR AMIM défend haut et fort des positions politiques intensivement militantes, sur le mode agressif et accusatoire classique du discours politique arabe. Analysant des films produits par cette ONG, David Horowitz, le rédacteur en chef de Jerusalem Post écrit qu’ils «sont partisans au-delà de ce qui est imaginable… qu’ils alternent contre Israël des attaques déchaînées et des attaques à peine retenues». IR AMIM revendique son opposition à la barrière de séparation dans Jérusalem, prévient clairement «qu’il agira pour le changement de cette politique» et parle «d’annexion unilatérale de Jérusalem» ; il accuse les Israéliens de vouloir «faire diminuer la population non juive de la ville» et dénonce «la politique de judaïsation et d’israélisation de Jérusalem Est». Il s’en prend aussi à Benjamin Netanyahou coupable «en personne d’actes de sabotage du processus diplomatique… [et] de vider les négociations de leur contenu et de toute signification pratique».

En accordant des fonds à cette ONG vouée à la lutte politique, l’Europe pratique une ingérence caractérisée sous le masque humanitaire. Un autre exemple, entre mille, de ces intrusions délibérées est donné par Daniel Halévy : il concerne Shalom Arkshav, une force de pression qui dissimule d’importants financements norvégiens.

 

Les recommandations de NGO Monitor

Sur la base du constat de l’absence délibérée de transparence, de l’existence de financements récurrents d’ONG très engagées dans le conflit, aux buts totalement contraires aux objectifs affichés de l’Europe, et d’une influence directe de ces actions sur le fonctionnement démocratique d’Israël, le centre de recherche israélien dresse une liste de recommandations à l’intention de l’Europe.

NGO Monitor suggère la création d’une banque de données, qui comprendrait la liste exhaustive des ONG bénéficiaires mais aussi celle des organismes refinancés par ces dernières sur les dotations reçues de l’Europe. Cette liste devrait intégrer aussi les identités des dirigeants des organisations bénéficiaires des fonds.

Une seconde recommandation porte sur la transparence du processus de décision d’allocation des subventions. Il s’agit d’identifier les personnes et les services responsables des choix, de façon à estimer les biais idéologiques et personnels potentiels qui influencent ces choix. Concernant les ONG partenaires, il faut analyser l’ensemble de leurs activités, de façon à ce qu’un projet donné ne serve pas de couverture et de légitimation européenne à des initiatives contraires à ses propres objectifs, comme le sont les campagnes de diabolisation d’Israël.

Les recommandations de NGO Monitor font l’hypothèse que l’Union européenne désire vraiment la réalisation sur le terrain des perspectives qu’elle affiche officiellement.

Il est possible aussi que l’Union européenne se satisfasse parfaitement de la situation et qu’elle tire tranquillement parti des abus que lui autorise la prudence ou la passivité des autorités israéliennes. Après tout, les ONG ultra-politiques qu’elle finance mènent une politique tout à fait en phase avec les sévères accusations qu’elle profère elle-même à l’endroit d’Israel. Cependant, ces ONG sont la plupart du temps soit israéliennes, soit actives sur le territoire israélien, donc soumises au droit israélien. Leurs prises de parti étant systématiquement accusatrices, allant même jusqu’à nier le droit d’exister de cet Etat, leur action pourrait avec vraisemblance être tenue pour celle d’une cinquième colonne, supplétive de ses adversaires arabes. Compte tenu des dangers que ces organisations font courir à sa sécurité nationale en temps de guerre, l’Etat d’Israel serait fondé à imposer souverainement un encadrement étroit de leurs activités. Dans un environnement aussi périlleux, aucun Etat au monde ne tolèrerait les agissements d’une cinquième colonne sur son sol, qui n’aurait même pas à dissimuler qu’elle utilise de l’argent étranger puisqu’il provient de pays démocratiques.

Par Jean-Pierre Bensimon
L’intégralité de l’article sur Controverses.fr



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