Le grand bal des hypocrites, Jean Szlamowicz

Publié le par danilette

Le service après-vente du jihad : rhétorique du pathos et de la dépolitisation

Par Jean Szlamowicz

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Dimanche 11 janvier 2015, après l’assassinat de journalistes, de policiers et de Juifs, a eu lieu le grand bal des hypocrites qui a permis aux politiques de s’emparer des événements afin d’autocélébrer leur inaction lors d’une « marche républicaine » dont le consensus possédait des accents comminatoires. Les faux-culs qui retournent leur veste selon le vent du consensus s’étaient déjà précipités devant les caméras,[1] mais dimanche a eu lieu le grand rassemblement des ordures.

Ils sont venus, ils sont tous là : le Qatar, les émirs, les Saoudiens, les écologistes et l’extrême gauche qui soutiennent le Hamas et qui avaient défilé en juillet dernier avec les islamistes qui criaient « Mort au Juifs ». Que des grands démocrates adeptes de la liberté d’expression ! En revanche, par un retournement surréaliste, les Cassandre qui dénoncent l’islam meurtrier ont été non seulement exclus mais désignés comme coupables : au nom de la liberté d’expression on a donc évincé ceux qui offensent l’islam et la doxa idéologiquement acceptée, reproduisant ainsi le délit de blasphème contre lequel s’élevait Charlie Hebdo… Il y avait même l’UOIF, au salafisme proche des Frères Musulmans, qui ne jurent que par la sharia. Et Mahmoud Abbas, qui célèbre tous les jours le terrorisme contre les Juifs, embrassé chaleureusement à l’Elysée par le président Hollande. Et, bien sûr, tous les politiques français, venus en grands professionnels de la communication se refaire une virginité médiatique, le front haut, le menton volontaire, le vibrato républicain dans la voix.

Les pleureuses
Les médias ont laissé libre cours à leur jouissance de l’événement dans un lyrisme mécanique dont les formules (« émotion », « moment historique », « marche pour la liberté ») ont été répétées en boucle pour contribuer à créer un spectacle cathartique. Les moutons ont marché en rang serré, reproduisant les discours des journalistes dans un psittacisme écœurant, encadrés par la propagande, cornaqués par les politiques, convaincus par les médias d’avoir fait leur devoir de citoyen. Ils ont contribué à la légitimité des politiques coupables et complices.
Nous n’avions pas besoin d’une union nationale mais d’une protestation. L’absence de protection policière pour Charlie Hebdo, le manque de suivi des renseignements sur les filières jihadistes, la libération anticipée de Coulibaly : s’il restait un minimum de décence politique, le Ministre de l’Intérieur et la Garde des Sceaux devraient être immédiatement limogés, pour ces fautes et pour leur discours de diversion permanent.
On a célébré la paix alors qu’il aurait fallu parler de lutte contre le jihadisme, retournant ainsi l’événement en une défense de l’islam, en aveu de faiblesse d’une laïcité apeurée incapable d’agir. Les grands mots abstraits (« liberté d’expression », « fraternité », « barbarie », « république », etc.) ont servi à ne pas utiliser, « antisémitisme », « guerre », « jihad ». Le vocabulaire de l’émotion, dans toute son approximation littéraire, a démontré la passivité d’une population incapable de comprendre les enjeux politiques et diplomatiques des événements.
On a parlé pour ne surtout rien dire, occupé le terrain du langage pour le saturer de pensée pré-mâchée. Les journalistes ont été impeccables dans cette célébration servile du discours officiel, s’émerveillant des moindres insignifiances pour s’adonner au lyrisme le plus abject sans une once de critique sur l’événement. Il est vrai qu’ils étaient occupés à s’admirer en train de « se mobiliser pour faire vivre ce moment historique ». Le service après-vente de la terreur a commencé : on trace déjà des jihadistes des portraits de simples délinquants marginalisés par la société, car la dépolitisation des événements est cruciale pour le pouvoir afin qu’il soit exonéré de toute responsabilité et de toute action. Le mécanisme habituel d’atténuation et de retournement causal est donc, fort logiquement, déjà à l’œuvre.[2] Il s’agit du discours officiel, tel que Le Monde le relaye, par exemple. Décidément, ils ne sont pas Charlie.

La régression politique et intellectuelle de la France est spectaculaire. On est aujourd’hui susceptible de se faire exécuter pour avoir défendu la laïcité contre l’islam ou, plus simplement, parce qu’on est juif, ou policier.
Non seulement une guerre de religion a été décrétée contre toutes les valeurs de notre société et de notre civilisation, mais une bonne partie de la classe intellectuelle de notre pays est occupée à atténuer, voire nier, cette réalité.
Non seulement le pouvoir politique ne fait strictement rien pour défendre la laïcité, contrairement aux journalistes qui ont été assassinés, mais il procède même chaque jour à tous les renoncements, petits arrangements et autres compromis gestionnaires avec les représentants de l’islam. Tel est le résultat de la politique d’apaisement envers l’islam radical et de laxisme envers les principes de la laïcité.

Charlie Hebdo l’a dit, les médias l’ont tu
Tous ceux qui se réclament aujourd’hui de Charlie Hebdo dans le consensus de la bonne conscience n’ont visiblement pas retenu la virulence des attaques de Charb contre l’islam.[3] En effet, ce qui frappe dans la description du massacre de Charlie Hebdo, comme dans le cas des autres attentats au couteau ou à la voiture bélier, c’est l’évitement des mots : « criminel », « assaillant », « barbares » sont préférés à « fanatiques » ou « fondamentalistes » tandis que « islamistes » et « jihadistes » sont quasiment proscrits. Cette esquive de la dénomination est une lâcheté dont nous n’avons plus le luxe.
La trahison des clercs de 2015, c’est celle d’une classe intellectuelle (politiciens, journalistes, artistes, chercheurs) qui préfèrent hurler « pas d’amalgame » dans un réflexe devenu pavlovien que de s’en prendre à une idéologie religieuse misogyne, antisémite, homophobe, anti-chrétienne, antidémocratique, liberticide et meurtrière.
Certes, il ne faut pas confondre l’islam comme idéologie toxique avec les musulmans qui ne partagent pas la littéralité des textes fondateurs qui, de fait, excitent le croyant à lutter contre le mécréant. Mais il faut rappeler un truisme : si tous les musulmans ne sont pas islamistes, tous les islamistes sont, par définition, musulmans. Et si des imams prêchent la paix, il y en a d’autres qui prêchent le jihad guerrier.
Il ne faut pas confondre la société française, où, effectivement, l’islam connaît une forme pacifique (de moins en moins), et le reste du monde, mis à feu et à sang par l’Etat Islamique, Boko Haram,[4] le Hezbollah, le Hamas, etc. Rappelons qu’aucun pays où l’islam est le système politique majoritaire n’est démocratique au sens occidental.[5] Rappelons aussi que l’islam asservit et massacre ses propres populations avec entrain : il n’existe pas de société islamique où règnent démocratie et liberté politique.
De fait, on trouve bel et bien dans le texte coranique l’injonction de tuer les infidèles.[6] Comment des politiciens se prétendant soucieux de « défendre la République » peuvent-il avoir le front de proclamer, aux côtés des représentants des pays les plus islamiques du monde (qui appliquent les coups de fouets à des bloggeurs ayant insulté l’islam !) : « Ceux qui ont commis ces actes terroristes, ces illuminés, ces fanatiques, n’ont rien à voir avec la religion musulmane » ?[7] Les journalistes officiels font tout pour ne pas évoquer les hadiths et sourates qui commandent de s’en prendre au blasphème. Pas d’amalgame ? Mais c’est aux personnes qui se réclament de ce texte qu’il appartient de s’en distancier ! Le président égyptien Al-Sissi a le courage de le dire : « Nous devons révolutionner notre religion »,[8] ce que ni la gauche ni la droite françaises, soi-disant pétris de valeurs républicaines et humanistes, ne sont capables d’exiger, ni d’articuler, ni même de penser.
Est-il si difficile que cela de reconnaître que l’islam, structuré depuis son origine par un message guerrier qu’il n’a jamais réformé, contient une part de violence à l’encontre des mécréants (y compris les « mauvais musulmans ») dont on constate chaque jour dans le monde entier les effets dévastateurs ? Est-il si difficile de comprendre que, toute volonté d’« intégration » mise à part, l’importation massive de populations imprégnées de cette culture mortifère comporte nécessairement une proportion d’individus qui mettront en œuvre cette idéologie ?

L’hypocrisie des mots
De fait, le discours fondé sur l’incantation de formules comme « Pas d’amalgame » ou « Ce n’est pas l’islam » et qui s’est mis en place immédiatement, est un discours de défense de l’islam. Et cela a, de fait, été le premier réflexe des musulmans en France, incarnés par M. Boubakeur — défendre l’islam quand la loi islamique a mis à exécution ses principes. C’est, pour le moins, un problème posé à la cohabitation de la république française et de l’islam.
Est-il si difficile de comprendre que, n’en déplaise aux optimistes aveugles et naïfs, cette vision régressive de l’humanité n’est pas en voie d’apaisement mais au contraire gagne du terrain politiquement, militairement et culturellement et qu’une partie grandissante des jeunes musulmans en France (à l’inverse des générations précédentes) est touchée par cette doctrine ?
Si M. Boubakeur, réputé modéré et comme tel interlocuteur du pouvoir, fustige Charlie Hebdo pour ce qu’il considère comme un blasphème, les menaçant même des conséquences,[9] comment espérer qu’une jeunesse nourrie par l’appel au meurtre des rappeurs fasse preuve de la moindre retenue ? Les politiques, par intérêt et/ou par idéologie, ont laissé proliférer les mosquées radicales, financées par des pouvoirs étrangers, ouvrant la voie à l’embrigadement de leurs fidèles. Sous couvert de multiculturalisme, c’est un discours d’hostilité religieuse, culturelle et ethnique qu’ils ont laissé se répandre. Par contagion sociale, c’est une haine fondée sur l’appartenance communautaire qui s’est développée et dont le discours religieux et théologique n’est même plus une nécessité. Une fois le désastre culturel accompli, le travail éducatif est-il encore seulement possible ?

Business as usual
La corruption par les pétrodollars, par l’argent public utilisé pour multiplier la gestion du désastre, par l’électoralisme sans scrupules, a mené à la légitimation par les parlementaires français de la « Palestine », entité floue, violente, anti-démocratique, dont le seul principe directeur est la destruction de son voisin Israël. Les journalistes qui brandissent « Je suis Charlie » ont d’ailleurs soigneusement omis de relayer des informations essentielles comme le fait que les Palestiniens (et, avec eux, la plupart des pays musulmans) ont célébré la tuerie de Charlie Hebdo, comme ils célèbrent tous les attentats de Juifs en distribuant des friandises aux enfants. Il est vrai que, lors de la marche « républicaine », Mahmoud Abbas, auteur d’une thèse négationniste publiée en URSS, est venu dire publiquement en anglais l’inverse de ce qu’il dit à ses partisans en arabe (à l’instar d’autres dirigeants terroristes).
Les politiciens font leurs affaires avec le Qatar, ouvrent des franchises culturelles dans les pays du Golfe (musées, universités…), abreuvent les banlieues de financements pour en capter les électeurs, inaugurent des mosquées à tour de bras et adoubent les représentants de l’islam. Quand un massacre islamique survient, ils font les étonnés, entonnent la rhétorique de l’indignation et de l’homme d’état en carton pâte, avec leur vocabulaire ampoulé et mécanique (« … c’et la République qui est visée… nous ferons preuve de fermeté… lutter contre tous les extrémismes… privilégier le vivre-ensemble »).
Pendant ce temps-là, les « intellectuels » s’occupent de leurs petites carrières, de leurs postes, de leur reconnaissance médiatique. Ils jouent à l’humanisme en reprenant les refrains usés de la lutte contre le nazisme tout en justifiant chaque jour le terrorisme islamique quand il a lieu en Israël ou aux Etats-Unis et en pointant du doigt tout dissident de cette doxa comme « raciste », « islamophobe » ou « paranoïaque » (comme Israël, quotidiennement attaqué par les roquettes, voitures-béliers, cocktails molotov et autres assassins à couteau). Les Juifs de France, qui supportent depuis quinze ans des agressions permanentes, ont été considérés comme paranoïaques, voire responsables des attaques qu’ils subissent. Un certain parti d’extrême-gauche, dans toute son abjection de militants crypto-islamiques, a nommé citoyens d’honneur des tueurs de Juifs mais a le culot de défiler au nom de Charlie Hebdo. Maintenant que le Juifs ne sont plus les seules cibles, va-t-on enfin en France arrêter de parler « d’importation du conflit israélo-palestinien » pour expliquer toutes les violences islamiques ?[10] Il est vrai que le retournement de la culpabilité contre les victimes est un grand classique argumentatif : on entend déjà dire que Charlie Hebdo « l’avait bien cherché »… Jeanette Bougrab, la lucide et émouvante compagne de Charb, l’a fermement rappelé : « Les coupables, ce sont ceux qui ont traité Charlie Hebdo d’islamophobes. […] Personne n’a jamais vraiment défendu [Charlie Hebdo] ».
Ce retournement permet de faire de la victime la source du problème, ce qui est un argument de soumission : si vous vous taisez, il ne vous arrivera rien. Voilà à quoi la France en est réduite aujourd’hui. Cette soumission est inculquée à grand renfort de propagande. La phraséologie administrative imite un vocabulaire philosophique pseudo-humaniste pour contraindre le peuple au « vivre-ensemble » et à l’« en-commun » tout en forçant en réalité le peuple à sa propre relégation, à la privation de liberté, à la méfiance et à la peur. Pendant ce temps-là, les rappeurs tiennent un discours explicite déclarant la guerre, et promettant le châtiment à leurs opposants[11] : il est repris en cœur par des élèves de collège qui expriment leur solidarité avec Mohammed Merah et Mehdi Nemmouche.

Vers l’abîme ?
A la suite des émeutes de juillet dernier où les militants islamiques s’étaient manifestés dans les rues de Paris en saccageant tout sur leur passage, j’écrivais ceci : « Le plus effrayant reste la passivité de la population, pétrifiée par la peur et débordée par la foule islamique. La mollesse des discours et des actions politiques révèle une impuissance alarmante pour l’ensemble de la population française. Les loups sont entrés dans Paris et ils ont faim ».[12]
Cette faim inextinguible est en train de se révéler. Cette violence, annoncée et décrite par beaucoup de commentateurs, n’a fait que prendre de l’ampleur ces dernières semaines après les événements de Joué-les-Tours et de Dijon, après les multiples signalements d’agressions antisémites. Cela ne s’arrêtera plus. Il faut regarder enfin en face l’ennemi intérieur : ce ne sont pas « les musulmans », mais notre régression dans le confort du déni, notre incompréhension face à une idéologie totalitaire et notre lâcheté face à l’action. Le pacifisme et la pusillanimité avaient laissé la voie libre au Nazisme. Il faut que chacun dans notre société, musulman ou pas (car c’est le même devoir moral qui s’impose à tous — rien d’autre ne devrait entrer en ligne de compte), ait la lucidité de lutter contre une idéologie aussi dévastatrice, en commençant par éradiquer l’Etat Islamique. Car Charlie Hebdo n’était pas aveugle face à l’islamisme ; c’est même cette clairvoyance qui a tué ses journalistes.

Les dessins représentant des crayons opposés à des mitrailleuses tournent en boucle sur nos écrans avec une innocence confondante : ce n’est pas avec des crayons qu’on a arrêté le Nazisme et ce ne sont pas des dessins représentant des crayons qui empêcheront les Islamistes d’agir. Pour cela, il faudra une volonté politique. L’hypocrisie qui règne dans tous les partis montre qu’on en est loin. S’il reste encore une once de conscience citoyenne en France, il est vital de refuser les discours tout faits et les indignations mécaniques. L’heure n’est pas aux grandes simagrées officielles du recueillement mais à la critique, au courage et à l’action. C’est une question de survie.


Jean Szlamowicz, linguiste, traducteur et critique de jazz, professeur des universités, auteur de Détrompez-vous ! Les étranges indignations de Stéphane Hessel décryptées (Intervalles, 2011).

Publié dans France

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Myriam 27/01/2015 16:47

Bravo monsieur Slamowicz !J'avais déjà apprécié votre ouvrage sur S.Hessel,et j'admire ici votre lucidité face à la réalité , c'est si rare parmi les intellectuels...