Les alarmistes ont parfois raison, Shraga Blum

Publié le par danilette

La période des "Trois Semaines" qui s’achève dans le calendrier hébraïque commémore plusieurs dates tragiques de l’Histoire juive, dont la destruction des deux Temples de Jérusalem. En plus des ostensibles marques de tristesse, la tradition juive a perpétué ces événements par des recommandations morales, comme le fait de chercher "si nous avons une part de responsabilité dans ce qui nous arrive".

Ceci est devenu une véritable manière d’être chez les Juifs, probablement comme antidote à la recherche d’un bouc-émissaire extérieur, mais a aussi donné lieu à des phénomènes extrêmes, voire pathologiques, dans l’auto-accusation systématique de tous les maux qui nous assaillent. Il suffit de lire certains journalistes ou intellectuels, en Israël comme dans le monde juif, pour s’en rendre compte. Mais ceci n’exempte pas de jeter effectivement un regard lucide sur les décisions passées et reconnaître au besoin nos erreurs surtout sur le plan national.

L’opération anti-terroriste "Bordure Indestructible" n’est pas encore achevée que déjà des voix se lèvent pour demander la création d’une commission d’enquête pour voir si les gouvernements successifs ont correctement mesuré le danger des tunnels terroristes.

Je pense que si commission d’enquête il devait y avoir, ce serait pour une question située plus en amont : qu’est-ce qui a mené Israël dans situation ? Il s’agit de la troisième guerre menée par Tsahal contre les terroristes du Hamas et du Djihad depuis 2005, où furent détruits les 21 villages juifs de la Bande de Gaza. Ce plan imaginé et mis en œuvre au bulldozer par Ariel Sharon était censé "améliorer nettement la situation sécuritaire du pays" aux dires de ses partisans ainsi que des médias soudain mobilisés au service de celui qu’il honnissaient plus que tout encore peu de temps auparavant.

De nombreux militaires, dont le chef d’état-major Moshé Yaalon (actuel ministre de la Défense) avertissaient des risques qu’entraînait ce retrait. Sharon le remplaça tout simplement par Dan Haloutz ! Saisie par des opposants au plan, la Cour Suprême eut alors sous la main le seul document sécuritaire détaillé, élaboré par le général de réserve Yaakov Amidror, qui avertissait de ce qui allait se passer une fois le désengagement effectué.

Il écrivait notamment: "…avec le retrait de Tsahal (et la destruction des villages juifs) de la Bande de Gaza, les Palestiniens dirigeront désormais tous leurs moyens en direction des localités israéliennes qui se trouvent le long de la nouvelle ligne de frontière. Davantage de localités seront désormais visées, en plus de Sderot. Qui pourra arrêter cela ? La marge de manœuvre de Tsahal sera réduite et Israël sera soumis au bon vouloir des Palestiniens. La Bande de Gaza recevra le renfort d’éléments du Hezbollah et d’Al Qaïda….".

De manière presque prophétique, Amidror annonçait aussi "la disparition progressive de l’efficacité de la clôture de sécurité", ce qui fut le cas avec l’apparition des tunnels souterrains. Le général s’était trompé sur un seul point : il prévenait que des missiles s’abattraient jusqu’à Ashdod. Il n’avait pas imaginé qu’ils atteindraient Tel-Aviv et Hadera.

On connait la suite. Sur 11 juges, un seul, Edmond Lévy, vota contre le désengagement. Il est décédé il y a quelques mois en ayant largement eu le temps de voir à quel point il avait eu raison.

Ce même Yaakov Amidror dirigeait en 1993 le Département de Recherche des Renseignements militaires et participait aux séances gouvernementales de préparation des Accords d’Oslo. Un témoin raconte que lorsqu’il émit l’hypothèse d’un accroissement de la violence palestinienne conséquente à ces accords, un silence pesant se fit sentir et des regards irrités se tournèrent vers lui. Personne ne voulait savoir…

Le rappel de certaines déclarations des partisans du plan de Désengagement ferait sourire si les conséquences n’avaient pas été aussi tragiques : "La droite parle de roquettes qui fuseront dans tous les sens ! Moi je dis que quiconque veut protéger Sderot, Ashdod ou Ashkelon doit soutenir le Désengagement" (Ran Cohen - ancien député d’extrême-gauche). "Le Désengagement amènera plus de sécurité aux habitants d’Israël" (Shaoul Mofaz – ancien ministre de la Défense). "Le Désengagement n’est pas une expulsion mais un sauvetage" (Shimon Pérès – ancien président de l’Etat). Les exemples sont encore légion mais la palme revient au député Meïr Shetrit, récent candidat à la présidence de l’Etat, qui pérorait du haut de la tribune de la Knesset : "Il y en a qui affirment ici que les localités du Néguev occidental seront menacées. Je n’ai jamais entendu d’allégation aussi ridicule"…

Il faut parfois écouter ceux qui sont trop rapidement désignés avec dédain comme alarmistes par ceux qui sont enfermés dans des conceptions politiques ou idéologiques dangereuses. Il faut reconnaître avec honnêteté que ceux qui ont sonné l’alarme à l’époque des Accords d’Oslo, du retrait précipité du sud-Liban et du Désengagement de Gaza ont eu raison. Ce sont les mêmes qui avertissent aujourd’hui des dangers d’un retrait de Judée et de Samarie.

S’il doit y avoir Commission d’Enquête d’Etat, c’est pour mettre face à leurs lourdes responsabilités tous ces hommes politiques, juges, militaires ou journalistes qui ont soutenu ce plan qui a déjà entraîné trois guerres.

Pour l’instant.

http://www.i24news.tv/fr/mobile#content/39485

Shraga Blum est un journaliste indépendant qui contribue à l'hebdomadaire "P'tit Hebdo" et un analyste politique pour plusieurs sites internet en français

Publié dans Israël

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