Les Chrétiens en Israël, grand dossier du site italien IC

Publié le par danilette

I cristiani in Israele     www.informazionecorretta.com
I- Les Chrétiens en Israël      II- Interview de Shadi Khalloul      III- Interview de Johnny Curi
 

Traduit de l'italien par FIODOR sur http://un-idiot-attentif.blogspot.fr/2014/04/chretiens-en-israel.html

Chrétiens en Israël

Les chrétiens constituent 2% de la population d’Israël, 161.000 personnes, selon les dernières estimations, dont 80% sont assimilés à la minorité arabe et 20% originaires de l’ex-Union Soviétique

La communauté chrétienne a un taux de croissance de 1,7, égal à celui de la communauté juive, dont 30% de moins de 20 ans.

Les chrétiens vivent principalement dans le Nord d’Israël et à Jérusalem, avec des communautés importantes à Haïfa, Nazareth et d’autres villages.

Les chrétiens comptent le nombre le plus élevé de diplômés d’écoles supérieures, un nombre important de lauréats, qui représentent environ 2 % des étudiants universitaires en Israël.

Différentes dénominations chrétiennes reconnues par l’État bénéficient de l’autonomie dans la gestion cultuelle et des affaires internes de la communauté. La majorité des chrétiens sont maronites, assyriens (syriaques), orthodoxes grecs et catholiques romains.

Intégration et tensions

Une partie de la population chrétienne s’est intégrée dans la société israélienne, avec un nombre toujours plus important de jeunes gens qui s’enrôlent dans l’armée ou font le service civil, signe de loyauté envers l’État.

Une autre partie de la population chrétienne s’est approprié l’identité et le narratif palestiniens, de pair avec une hostilité croissante envers Israël et les institutions de l’État.

Les principaux problèmes sont causés par les tensions entre les communautés musulmane et chrétienne. A Jérusalem, la population chrétienne est descendue à 2% contre 20% dans les années ’40.

Nazareth. Un panneau affiche une citation du Coran sur la supériorité de l’islam sur les autres religions [et voue ceux qui n’adhèrent pas à l’islam à la damnation. Note du traducteur]


 

Les relations entre les musulmans et les chrétiens sont tendues, surtout dans les villages où la population est mixte et à Nazareth, avec comme conséquence que de plus en plus de chrétiens s’en vont, préférant s’établir dans un environnement plus accueillant, dans des villages chrétiens ou des villes juives.

   

Nazareth. Un panneau qui invite les non-musulmans à porter avec discrétion les signes de leurs religions [En réalité, le texte dit : « O gens du Livre, n’outrepassez pas les limites de votre religion. Ne dites que la vérité sur Allah (le seul vrai Dieu)Le Christ Jésus, fils de Marie, était seulement un messager de Dieu et de sa Parole envoyée à Marie et un esprit créé par lui. Donc, croyez en Dieu et ses messagers, cela vaudra mieux pour vous. Car Allah est unique et le seul Dieu. Sa sainteté surpasse le fait d’avoir un fils. Note du traducteur]

 

Un cas récent est le projet musulman de construire une mosquée à Nazareth face à la Basilique de l’Annonciation. D’autres cas de violences contre les chrétiens sont fréquents à Jérusalem et dans d’autres villages à majorité musulmane, mais attirent rarement l’attention des médias.

   

L’union entre chrétiens et Israël

Le Père Gabriel Nadaf avec Benyamin Netanyahu

 

 

 

En 2012, un groupe de chrétiens, sous la direction spirituelle du P. Gabriel Nadaf, prêtre grec-orthodoxe et la direction politique du Premier Lieutenant Shadi Khalloul, a fondé le Forum Chrétien d’Israël pour l’Enrôlement et le Lobby Chrétien.

   

Le Forum favorise l’enrôlement des jeunes chrétiens dans l’armée israélienne, comme élément d’une action politique visant à une plus grande cohésion entre la communauté chrétienne et Israël.

Les membres de ce mouvement ne se considèrent pas comme Arabes, mais comme chrétiens araméens ou chrétiens grecs, représentants de la population chrétienne antérieure à a conquête musulmane.

Un nombre croissant de chrétiens servent dans les Forces de défense israéliennes. Selon une estimation officieuse, 300 soldats chrétiens font actuellement leur service dans l’armée israélienne, parmi lesquels 80 ont été enrôlés en 2013.

   

Le Premier Lieutenant Shadi Khalloul, lors d’un cours d’araméen dans une école chrétienne.

 

Le mouvement demande la reconnaissance des chrétiens comme communauté particulière dans la représentation des institutions israéliennes, plutôt que d’être relégués au statut de minorité à l’intérieur de la communauté arabe majoritairement musulmane. En mars 2014, la Knesset a reconnu les chrétiens comme une minorité indépendante au regard de la Commission pour l’Egalite des Chances.

Mais les aspirations politiques et sociales du mouvement sont contrariées par les Arabes musulmans et, en partie aussi par des chrétiens, qui formulent, avec des épisodes de violence verbale et physique, des accusations de collaboration avec le gouvernement israélien pour diviser la population arabe

   

Les chrétiens au Proche-Orient

Parmi les communautés chrétiennes en déclin du Proche-Orient – où les chrétiens, qui représentaient 20% de la population en sont réduits à 5% – les chrétiens d’Israël constituent un cas unique de prospérité.

La manifestation organisée par des chrétiens israéliens contre la persécution anti-chrétienne, le 23 mars 2014.

 

Le déclin progressif de la communauté chrétienne au Proche-Orient est la conséquence de la discrimination, de la violence et de l’oppression, comme en témoignent les récents événements d’Égypte, d’Iraq, de Cisjordanie et de Syrie.

Les chrétiens du Proche-Orient ont préservé leur identité nationale et culturelle jusqu’au 19e siècle, en parlant l’Araméen – aujourd’hui revitalisé dans le Nord d’Israël. Durant le développement du nationalisme arabe et du panarabisme, vers la fin de l’Empire ottoman, les chrétiens se sont assimilés à la Nation arabe, contribuant à son développement culturel et national

Initialement, il était prévu que le Liban soit une enclave nationale chrétienne au Proche-Orient, mais la diminution du nombre de chrétiens fuyant les conflits entre factions musulmanes qui mettent leur sécurité en péril a conduit ce projet à l’échec.

Le retour à la revendication identitaire musulmane met en danger la communauté chrétienne, qui est perçue comme un ennemi à combattre.

   

23 mars 2014, manifestation de chrétiens israéliens près du siège de la Délégation de l’Union européenne àTel Aviv.

 

Malgré les nouvelles alarmantes concernant les épisodes de persécution antichrétienne, on n’observe pas de réponse politique de l’Église ou des gouvernements occidentaux au sujet de la question chrétienne dans les pays arabes et musulmans.

Beaucoup d’auteurs estiment que la situation des chrétiens aujourd’hui est comparable à celle des Juifs des pays arabes et musulmans à la fin du 19e et au 20e siècle, lorsque la haine anti-juive a conduit à l’expulsion des Juifs des pays arabes.

Selon certaines analyses, la violence anti-chrétienne est un élément de l’instabilité générale de la région, aggravée par le fait que les chrétiens sont perçus comme déloyaux en raison de leur affinité religieuse avec l’Occident. Selon d’autres interprétations, la persécution anti-chrétienne d’aujourd’hui n’est que le retour de la traditionnelle hostilité islamique contre les communautés non musulmanes sous domination islamique.

   

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Interview de Shadi Khalloul
Porte-parole de Israel Christian Recruitment Forum (Forum chrétien israélien pour le recrutement)

 source

Depuis quelques années, un mouvement de chrétiens favorables à l’intégration dans la société israélienne s’est formé. Qui constitue ces communautés?
Nous sommes des groupes divers de chrétiens qui résident dans différents villages, principalement dans le Nord d’Israël. Nous sommes représentés par plusieurs associations, parmi lesquelles "Lobby chrétien en Israël", qui veille aux intérêts de la communauté chrétienne, l’"Association araméenne chrétienne", qui cherche à préserver l’identité culturelle araméenne des chrétiens en Israël, le "Forum chrétien pour le recrutement", qui promeut le service militaire des chrétiens dans l’armée d’Israël. Il y a aussi l’"Association Georgios" et l’"Association Bnei Moshia" (Fils du Sauveur), qui s’occupent d’éducation et d’activités sociales. Nous nous retrouvons sur l’objectif commun de vivre intégrés dans la société israélienne.

Beaucoup parmi vous font l’armé, pourquoi?
Nous sommes chrétiens et citoyens israéliens et nous croyons devoir apporter notre contribution à l’État d’Israël et à sa défense. Nous croyons à l’égalité des droits et des devoirs. C’est pourquoi nous sommes actifs dans différents villages pour encourager l’enrôlement des jeunes chrétiens dans l’armée ; nous organisons des rencontres, nous donnons des informations et des conseils, et nous assurons le suivi de chacun selon ses besoins. C’est notre devoir de citoyens d’Israël.  

Vous ne vous considérez pas comme Arabes, mais comme Araméens, pourquoi?
Notre citoyenneté est israélienne, notre nationalité est araméenne et de religion chrétienne. Telle est notre identité. Nous ne sommes pas arabes. Les chrétiens ont abandonné leur identité lorsque le nationalisme arabe et le panarabisme se sont développés, mais si l’on considère [la situation] des chrétiens aujourd’hui, ce choix ne leur a pas été d’un grand secours. Beaucoup jugent que c’est peine perdue, y compris parmi les chrétiens, qui continuent à penser ainsi, mais ils doivent reconnaître un fait : nous ne sommes pas arabes, nous sommes de la nation araméenne et de religion chrétienne et nos racines sont ici, au Proche-Orient.

Comment voyez-vous votre vie en Israël?
Pour nous, Israël est un paradis. Par rapport à tout le Proche-Orient, Israël est le paradis des chrétiens. Il suffit de voir ce qu’on entend dire ! Ici, nous avons la liberté et les droits, nous jouissons de la liberté d’expression, de la liberté d’association, raison pour laquelle nous avons pur commencer notre activité sociale de chrétiens en Israël.  

Mais Israël se définit comme État juif et vous êtes une minorité non-juive.
Nous n’avons aucun problème avec l’État juif et démocratique. Le drapeau porte l’étoile de David, et alors ? La majorité des citoyens sont juifs, et alors ? Nous vivons en paix avec les Juifs et avec les autres communautés. Nous considérons Israël comme notre maison ; nous sommes loyaux envers l’État et nous voulons nous y intégrer.

Comment considérez-vous l’attitude de l’Occident envers les communautés chrétiennes du Proche-Orient?
Comment devrions-nous considérer le silence total de l’Europe et des autres pays occidentaux ? Nous leur demandons d’ouvrir les yeux ; nous demandons qu’ils fassent quelque chose contre le « nettoyage » ethnique dont les chrétiens sont victimes depuis 400 ans ! Aujourd’hui tout est encore plus clair : les journaux et les télévisions parlent et montrent ce qui se passe, mais l’Occident demeure silencieux. Les chrétiens sont expulsés, massacrés, leurs biens sont détruits, ceux qui restent subissent la discrimination et redoutent les continuelles violences. Et le monde reste silencieux.
L’Occident, l’Europe doivent faire quelque chose pour les chrétiens d’Iraq et de Syrie, comme cela s’est fait au Liban dans les années ’60. Ils doivent mettre fin au terrorisme islamique et arabe, qu’il soit sunnite ou chiite. Ils doivent protéger les chrétiens, en imposant des sanctions et en accordant refuge et sécurité.

Mais comment protéger les chrétiens qui sont citoyens de différents pays du Proche-Orient?
Il y avait le Liban, qui avait été pensé comme une patrie pour les chrétiens. Ce n’est pas pour rien qu’il y a, au Nord du Liban, une région qui s’appelle Wadi el-Nassara (vallée des chrétiens). Il aurait pu être le foyer national des chrétiens du Proche-Orient, où les chrétiens auraient pu vivre en paix.
Mais il y a la question des armes. C’est la guerre là-bas, et toutes les factions islamiques, alaouites, sunnites et chiites, sont armées et reçoivent de l’argent du monde islamique tout entier. Aux chrétiens, personne ne donne d’argent, et donc ils sont exterminés.

Mais l’Europe intervient dans les conflits comme médiatrice.
Mais le problème est que, même si les chrétiens ne sont pas directement partie au conflit, ils sont pris pour cible. Qui défend les chrétiens ? Personne, et ainsi, ils sont exterminés comme des moutons. Et c’est précisément maintenant qu’il faut agir, parce que si l’Europe ne le fait pas maintenant, ce qui se passe ici se produira aussi aux quatre coins du continent.

Croyez-vous qu’il pourra y avoir une exportation de la violence aussi en Europe?
L’Europe a déjà des problèmes avec les communautés musulmanes. Quand ils auront fini avec les chrétiens ici, ils s’y mettront aussi en Europe. Ils réussiront aussi à tuer les chrétiens en Italie, en France et en Grande-Bretagne, comme cela s’est passé pour le soldat anglais égorgé en rue, à Londres, au mois de mai dernier, par des fanatiques islamistes.
Le 23 mars, nous avons organisé une manifestation devant la Délégation de l’Union européenne à Tel Aviv, pour protester contre le silence des États européens. Ce fut un grand événement, organisé en commun avec “Im Tirzu”, une association israélienne qui travaille au renforcement du sionisme et qui organise de nombreuses activités d’intégration des minorités loyales envers l’État.

Vous avez été reconnus comme minorité distincte par la Knesset dans la Commission pour l’égalité des chances. Cela a provoqué des oppositions avec les parlementaires arabes ; pourquoi?
Parce qu’ils sont racistes. C’est du racisme à l’encontre de qui ne se considère pas comme arabe : pour eux, l’identité arabe inclut tout le monde, y compris les Juifs et les chrétiens. Celui qui considère qu’il appartient à une autre nation n’est pas accepté. N’est-ce pas là une attitude raciste ? Voilà la vérité. C’est pourquoi j’affirme que le racisme se trouve du côté de la communauté arabe et non du côté juif.

Il existe différentes communautés en Israël, pourquoi tant d’hostilité contre vous?
Leur but est d’utiliser les chrétiens contre Israël, mais si nous sommes reconnus comme un groupe distinct, nous pourrons nous intégrer et ils ne pourront plus utiliser les chrétiens pour dire à l’Occident qu’Israël est raciste. Les arabes n’acceptent pas l’existence d’Israël et accusent Israël d’être un État raciste et qui pratique la discrimination. Notre position est très simple : nous ne sommes pas arabes, nous sommes heureux de vivre en Israël et d’apporter notre contribution à notre État, et cela, il faut bien l’accepter.

Comment sont les rapports avec les autres minorités arabes?
Nous autres, Araméens chrétiens, nous sommes en bonne relation avec tous, tant qu’ils comprennent notre droit de vivre comme nous l’entendons, selon notre identité et avec nos droits. En Israël, nous vivons bien, mais dans les villages où les chrétiens sont en minorité, il y a la peur, la discrimination, et un climat d’hostilité. C’est pourquoi beaucoup de chrétiens s’adressent à nous, parce qu’ils ont peur de la nation arabe.

Quid de ceux qui se considèrent comme “arabes chrétiens”?
Ce sont des chrétiens qui tendent à l’assimilation : ils croient qu’en renonçant à leur identité araméenne et chrétienne ils pourront vivre en paix en paix avec les Arabes. Mais cela ne tient pas. Regardez ce qui se passe en Syrie ; au 19e siècle, les chrétiens étaient à l’avant-garde du développement du panarabisme et du nationalisme arabe ; ils ont renoncé à l’araméen et adopté l’arabe comme langue principale ; ils ont composé de la littérature en arabe, de la musique arabe, et développé une culture arabe dans tous les domaines.
Et aujourd’hui, que se passe-t-il ? Les chrétiens ne sont plus considérés comme arabes, mais comme des infidèles à tuer ou à chasser. C’est pourquoi nous croyons que nous devons revenir à notre identité nationale pré-arabe. C’est pourquoi nous enseignons l’araméen dans les écoles, pour renforcer notre identité et notre position au Proche-Orient.

Quelqu’un pourrait leur dire que le christianisme est une religion de paix.
Il s’agit d’un lieu [le Proche-Orient] où l’on ne comprend que la force, et pour survivre il faut être fort. Oui, le christianisme est une religion de paix, mais pas de démission. En ce sens, la parole “tendre l’autre joue” est utilisée comme un slogan! Il existe d’autres enseignements de Jésus, qui montrent clairement que le christianisme est une religion tolérante, mais pas une religion d’autodestruction!

 

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Interview de Johnny Curi
Chrétien israélien (nom d’emprunt donné par la rédaction).

Comment vit-on en Israël, en tant que chrétien?
Nous autres chrétiens, en Israël, nous connaissons une vie tranquille et sûre ; nous vivons en liberté ; nous pouvons pratiquer notre religion et vivre selon nos traditions.

Cette situation semble différente de celle que vivent les chrétiens du Proche-Orient.
Notre vie est complètement différente de celle que vivent les chrétiens dans les autres pays de la région, comme les Territoires palestiniens, où ils sont l’objet de discrimination, de racisme et d’oppression.

On dit que la souffrance des chrétiens serait due à l’occupation israélienne.
Si le problème était vraiment l’occupation, alors pourquoi les chrétiens n’ont-ils pas quitté les Territoires lorsque les Israéliens y sont entrés ? La fuite des chrétiens des Territoires a commencé en 2000, avec la deuxième intifada. Peu de gens se souviennent de ce qui s’est passé à Bet Jalla, une zone chrétienne entre Jérusalem et Bethléem : les musulmans entraient dans les maisons des chrétiens pour tirer sur les Israéliens, leur rendant la vie impossible. La réalité est que la liberté était plus grande sous l’occupation.

Mais on accuse Israël de ce que la politique dans les territoires est aussi dirigée contre les chrétiens.
Se rappelle-t-on de l’épisode relatif à l’église de la Nativité en 2000 ? Des terroristes musulmans palestiniens se sont enfermés dans l’église de la Nativité à Bethléem, occupant ce lieu de culte sans aucun respect. Ils ont fait tout dans l’église. Les chars israéliens étaient à l’extérieur. S’ils avaient vraiment voulu, ils auraient pu donner l’assaut ; ils auraient pu entrer, mais ils ne l’ont pas fait par respect. Et donc, tout le monde parlait du « siège de l’église », mettant en cause Israël, et c’est encore le cas aujourd’hui.

Le nombre de chrétiens israéliens qui servent dans l’armée est en augmentation ; pourquoi voulez-vous faire le service militaire?
Nous vivons ici ; nous sommes citoyens d’Israël et le service militaire fait partie de notre devoir de citoyens. Si nous voulons être sur le même pied que les autres et que nous prétendons à l’égalité, pourquoi pas le service militaire?  “Sollicite l’État si tu as quelque chose à donner à l’État”: nous voulons nous intégrer et nous voulons que les institutions nous écoutent, aussi devons-nous être comme tout le monde et aller à l’armée. On ne peut pas continuellement rester tourné vers le passé et récriminer pour ce qui a eu lieu et pour ce qui ne s’est pas fait. Notre vie est ici, nous voulons un avenir pour nous enfants et le premier pas consiste à s’enrôler.

Comment diffusez-vous votre message dans la communauté chrétienne?
Nous avons des organisations qui rencontrent les jeunes gens pour encourager l’enrôlement et celui qui décide de faire le service militaire est accompagné durant les trois années de service et même après. Au Ministère de la Sécurité, il existe un responsable qui s’occupe particulièrement des militaires chrétiens ; s’il y a des problèmes, il aide à les résoudre, et surtout, après le service, ils aident les jeunes à s’intégrer au moyen de cours de formation, d’études ou de mise au travail. 

Beaucoup vous sont hostiles, surtout dans la minorité arabe, pourquoi?
A la Knesset, il y a plusieurs parlementaires arabes, y compris chrétiens. Que font-ils poru nous chrétiens ? Rien. Que font-ils pour les chrétiens du Proche-Orient ? Rien. Ils s’occupent des propriétés du Wakf à Acco (St Jean d’Acre), l’organisation musulmane qui gère les biens et les services pour la communauté islamique. Ils font des déclarations, donnent des interviews, mais ne font rien de concret. D’autres, comme nous, sont convaincus que l’intégration dans la société israélienne est la seule voie qui conduise à la vie et à un futur dans notre pays.

Les chrétiens sont considérés comme faisant partie de la minorité arabe, qui est majoritairement musulmane ; quelles en sont les conséquences?
Les représentants arabes ne se soucient pas des chrétiens. Il y a une commission au Ministère de l’Éducation qui s’occupe des programmes scolaires des écoles arabes : tout est axé sur l’histoire et la culture islamique et il n’y a rien qui ait trait à notre histoire et à notre culture chrétienne, c’est pourquoi ceux qui parmi nous le peuvent envoient leurs enfants dans les écoles privées chrétiennes. Si nous avions des représentants à nous, en tant que communauté, nous pourrions mettre nos intérêts en avant, alors que, maintenant, personne ne s’occupe de nous parce que les musulmans sont toujours majoritaires. Nous ne voulons pas étudier la culture arabe, mais la nôtre, c’est-à-dire l’araméenne.

Vous faites toujours référence à votre identité chrétienne, et non d’arabe chrétien, et à présent vous parlez de la “culture araméenne”, pourquoi?
Nous ne sommes pas arabes. Les chrétiens d’ici sont principalement maronites et grecs et non arabes. Nos prières sont en araméen et en grec, comment serions-nous arabes? Il existe des chrétiens arabe qui prient en arabe, parce quand les arabes ont envahi cette région, puis sous la domination ottomane, les chrétiens ont été contraints d’abandonner leur foi, leur identité et à se convertir ou bien payer une taxe pour être autorisés à mener une existence normale. C’est la logique du Dhimmi. Les plus résistants ont maintenu leur identité, que les Arabes se sont efforcés d’effacer de toutes les façons. Comment expliquer que nos livres sacrés sont écrits en araméen et en grec? Parce que nous ne sommes pas arabes.

Donc, votre identité est chrétienne-araméenne?
Certainement. En Syrie et en Iraq également, les chrétiens parlaient araméen il y a encore quelques décennies, et c’est encore le cas dans beaucoup de villages. Jusque dans les années ’50, il y avait, dans le Nord d’Israël, des écoles où l’on enseignait l’araméen. Et aujourd’hui, nous lui redonnons vie, en l’enseignant à nos enfants et en l’introduisant dans la vie quotidienne. Ceci est la terre où Jésus est né, a grandi et a vécu, et Jésus parlait araméen. Jésus n’était pas arabe, comme le disent aujourd’hui beaucoup de prêtres et de politiciens.

Pourquoi alors beaucoup de chrétiens se définissent-ils comme arabes et palestiniens?
Il le font par peur. Ils croient qu’en se taisant et en ne s’opposant pas à l’oppression arabe, les choses n’empireront pas. Mais regardez ce qui se passe en Syrie. Mais ils préfèrent dénoncer Israël. S’il y a un tel racisme ici, pourquoi alors les chrétiens trouvent-ils du travail ? Comment expliquer qu’il y a des juges chrétiens ? Où est le racisme ici ? Bien sûr, il existe du racisme, comme on en trouve partout, mais l’État n’est pas raciste.

Pourtant, c’est l’accusation principale que les Palestiniens et les Israéliens arabes formulent à l’encontre de l’État hébreu.
Le problème est lié à la manière dont sont éduqués les jeunes. Nous avons été éduqués à accepter la diversité, à respecter l’État et les institutions et c’est ainsi que nous éduquons nos enfants. Dans d’autres cultures, il n’en va pas de même. Dans les écoles de l’Autorité palestinienne, les enfants sont endoctrinés à lutter contre l’ennemi israélien et à reconquérir “Al-Aqsa” ; si on leur transmet de telles valeurs, comment pensez-vous qu’ils grandissent? Mes voisins sont Juifs et nos rapports sont excellents. Mes enfants fréquentent une école privée chrétienne et, à la maison, nous avons le drapeau israélien. Ils grandissent avec des valeurs de liberté, de solidarité et de respect envers tous, et avec le drapeau israélien dans la maison

Comment sont les relations entre musulmans et chrétiens en Israël?
Dans les grandes villes, ce n’est pas un problème. Dans les villages, c’est différent. Nous autres chrétiens qui voulons nous intégrer, nous avons des relations difficiles avec ceux qui ne pensent pas comme nous, mais le problème est plus grave pour les relations avec les musulmans : c’est une vie de tensions continuelles. Par exemple, pendant les fêtes chrétiennes, il y a toujours des épisodes déplaisants, comme des insultes et des jets de pierres sur les processions des chrétiens. Même à Nazareth, une ville importante pour les chrétiens, les relations sont tendues. Ils veulent construire une mosquée devant l’église de l’Annonciation à Nazareth, où ils prétendent que le sage musulman Shahab ad-Din est enterré. Nazareth se dépeuple de ses habitants chrétiens, qui préfèrent vivre à Nazareth Illit, la ville juive. On ne peut pas y faire grand-chose, c’est une question de mentalité.

Vous avez différentes associations qui représentent les chrétiens israéliens ; comment avez-vous commencé votre mouvement?
Elles ont débuté il y a deux ans, lors d’une conférence sur la situation des chrétiens en Israël et au Proche-Orient, à laquelle ont été invités des leaders, des hommes d’Église et les différentes communautés chrétiennes, pour parler de la manière dont on pourrait s’intégrer en Israël. Aussitôt après les menaces et les violences contre les prêtres et les autres organisateurs ont commencé. Beaucoup ont abandonné le projet, mais le P. Gabriel Nadaf et Shadi Khalloul ont poursuivi les actions.

Les violences continuent?
Effectivement. Le fils du P. Gabriel Nadaf a même été frappé en décembre dernier. Shadi Khalloul a été menacé de manière virulente lorsque, le 6 février, il a parlé à la Knesset de notre volonté d’être reconnus comme un groupe distinct de la minorité arabe ; ils ont hurlé qu’il pouvait aller dire les mêmes choses à Nazareth et “on verra ce qu’ils te feront”.

Leur position est que le gouvernement israélien vous manipule pour diviser la communauté arabe.
Mais de quelle manipulation parle-t-on? Quand Netanyahu rencontre nos dirigeants, il ne le fait pas par intérêt, et encore moins pour faire de la propagande : en a-t-on jamais entendu parler [dans les médias] ? Nous avons une bonne relation avec les institutions parce que nous sommes fidèles à l’Etat, mais nous avons aussi nos propres requêtes et nous mettons en avant nos intérêts. Par-dessus tout, nous avons un objectif commun : vivre en paix.

Alors, quel intérêt les Arabes ont-ils à s’opposer à l’intégration des chrétiens?
Le monde occidental est chrétien, et les Palestiniens et les Arabes ont tout intérêt à mettre les chrétiens de leur côté, pour convaincre le monde qu’Israël fait du tort aux Arabes et aux chrétiens. Mais ce n’est pas vrai. Ils ne parlent jamais du massacre des chrétiens aujourd’hui et de ceux qu’ils ont perpétrés au cours de l’histoire. Ils ne parlent jamais non plus du massacre des Juifs, comme celui de Hébron en 1929. Mon voisin est un Juif irakien ; ils étaient prospères, mais un jour ils ont été expulsés après avoir subi une série de violences. Au Liban, le premier grand massacre de chrétiens par des musulmans a été perpétré dans la deuxième moitié du 9e siècle. De cela les parlementaires arabes en Israël ne parlent pas. Ils ne parlent pas davantage des violences antichrétiennes dans tout le Proche-Orient, qui se vide de sa population chrétienne.

Ils ne sont pas ouverts aux critiques internes?
Que font les parlementaires arabes? Ils dénoncent la pauvreté des villages arabes, mais ils ne disent pas que la population n’y paie pas les impôts, ni que les fonds publics aboutissent dans les mains des grandes familles et ne sont pas investis dans les services et les infrastructures. A Turan, un village mixte chrétien et musulman, le gouvernement a nommé un maire juif : à présent, il y a des écoles, des infrastructures, des rues, des services. Et songez qu’au début, ils lui avaient même tiré dessur ! Ce que l’on entend, c’est que le gouvernement est raciste et confie la gestion de villages arabes à des maires juifs, mais on explique pas toute la réalité.

Quel message adressez-vous au monde occidentale et aux Églises chrétiennes?
Les chrétiens sont ici depuis 2000 ans ; Jésus est né, a grandi et a vécu ici. Nous vivons en Israël dans la paix et la prospérité ; les chrétiens ne partent pas d’ici, ils ne s’échappent pas, ils ne s’enfuient pas. Tout autour de nous, les chrétiens s’enfuient et souffrent discrimination et violences. En France, il y a 90.000 maronites qui ont fui le Liban, et ce n’est pas par hasard. Les musulmans veulent que les chrétiens s’en aillent du Proche-Orient. Je voudrais que l’Europe et le monde comprennent que ce qui se passe ici arrivera en Europe. Les européens, en particulier devraient réfléchir à ce qui provoque la souffrance des chrétiens au Proche-Orient. Là, ils [les musulmans] détruisent les églises et ils veulent construire des mosquées en Europe, et c’est ce qui se passe. Les Églises ont de nombreuses propriétés ici en Israël, comme dans tout le Proche-Orient. Plutôt que d’investir pour le bénéfice des Arabes, ils devraient investir pour que les chrétiens restent [au Proche-Orient]. Il n’y a presque plus de chrétiens à Bethléem, peu restent à Jérusalem, et à Nazareth, ils sont en constante diminution. On pourrait construire plus d’écoles, aider les chrétiens a préserver leur culture, financer de jeunes couples chrétiens pour le logement, pour la famille, pour les frais de scolarité des enfants. Et je voudrais ajouter que les Européens sont hypocrites : ils accablent Israël de tout et l’accusent de racisme. Mais ce n’est pas vrai. Lorsque des missiles venus du Liban pleuvaient sur le Nord d’Israël, mon fils a attrapé des cheveux blancs et la peur lui a causé d’importants problèmes psychosomatiques. Mais cela ne les intéresse-t-il pas ? Ici, nous vivons tous bien, juifs, chrétiens, musulmans, druses. Vous voulez nous aider ? Faites en sorte que les chrétiens puissent continuer à vivre ici, car le risque existe qu’il n’y ait un jour plus de chrétiens au Proche-Orient, sauf en Israël.

 Source : http://un-idiot-attentif.blogspot.fr/

 

Publié dans Monde chrétien

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Yann Roulet 23/04/2014 14:11


Bonjour, superbe article. 
Je l'ai transmis sur ma page facebook en lien avec Israël.
http://www.facebook.com/lovisrael ;-)

 

danilette 23/04/2014 14:41



Merci, je ne connaissais pas cette page FB, je vais aller voir !