Les Palestiniens de SodaStream espèrent que leur bulle n'éclatera pas, Elhanan Miller

Publié le par danilette

Mishor Adumim, rive occidentale du Jourdain. L'usine Soda Stream située juste en regard de la route qui va de Jérusalem à la mer Morte était en effervescence dimanche avec des journalistes venus du monde entier cherchant à savoir ce qui se passait.

Une visite de l'usine a été organisée pour les correspondants étrangers à la veille du Super Bowl et de la diffusion du flash publicitaire avec Scarlett Johansson. Le PDG de l'usine, le charismatique Daniel Birnbaum, né aux États-Unis, nous a déclaré fièrement que Soda Stream avait racheté en 1996 une usine de munitions de l'armée pour en faire une usine de boissons gazeuses soucieuse d'éliminer la pollution des bouteilles en plastique. 

À l'entrée de l'usine, se trouve une statue avec les paroles immortelles du prophète Isaïe : "De leurs glaives ils forgeront des socs de charrue et de leurs lances des serpettes; un peuple ne tirera plus l'épée contre un autre peuple, et on n'apprendra plus l'art des combats." (chap II verset 4)

 

A statue at the entrance to the SodaStream factory conveys the pacifist vision of the prophet Isaiah (photo credit: Elhanan Miller/TOI)
Photo : une statue à l'entrée de l'usine soda stream transmet la vision pacifiste du prophète Isaïe

 

Soda Stream a connu une croissance exponentielle depuis que Birnbaum a été embauché par la société qui a racheté la compagnie en 2007. Sous la direction précédente, Soda Stream fabriquait 20 à 30 000 machines par mois, désormais c'est le nombre produit chaque jour.

A Palestinian worker speaks with his Jewish employee at the SodaStream factory in the Mishor Adumim industrial park, February 2, 2014 (Photo credit: Nati Shohat/Flash90)
Photo : un travailleur palestinien s'entretient avec son employé juif, usine de Soda Stream, 2 février 2014 (crédit photo : Nati Shohat/Flash 90)

 

 

Aujourd'hui, l'usine de Mishmor Adumim, la plus grande des 8 usines en Israël et des 22 dans le monde, emploie 1300 personnes parmi lesquelles : 950 Arabes (450 Arabes israéliens et 500 Arabes palestiniens) et 350 juifs israéliens. Les ouvriers ont confirmé que les salaires et les avantages sociaux sont les mêmes pour tous les travailleurs dans des emplois comparables quelque soit l'origine ethnique ou la citoyenneté. L'usine fournit des permis de travail israéliens pour ses employés palestiniens ainsi que le transport en bus depuis leur domicile.

 

Les partisans de la campagne BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions) postulent que toute entreprise israélienne située au-delà de la frontière d'armistice de 1949, connue comme la ligne verte, est par définition une entreprise d'exploitation en plus d'être illégale en vertu du droit international. Ils ont fustigé Scarlett Johansson mais elle s'est défendue en déclarant : « Soda Stream est une entreprise qui n'est pas seulement engagée dans la protection de l'environnement mais cherche à construire un pont vers la paix entre Israéliens et Palestiniens ». Elle a démissionné de son poste d'Ambassadrice de l'ONG Oxfam qui avait vivement critiqué son rôle.

 

Birnbaum, le PDG est très conscient du problème. Il parle de coexistence judéo-arabe alors qu'il se tient à côté d'une jeune femme arabe voilée travaillant sur la chaîne de montage en face d'une femme plus âgée portant un foulard noir qui a émigré en Israël de l'ex URSS en 1993.

 

Les équipes de caméramen et reporters se déplacent vers une autre jeune femme palestinienne proche, en train d'assembler des robinets en plastique sur un grand plateau de métal. Il s'agit de Nahida Fares, vingt-huit ans, institutrice diplômée de l'université A-Najjah de Naplouse. Elle a commencé à travailler pour des entreprises israéliennes il y a deux ans alors qu'elle ne trouvait aucun travail dans son domaine à Ramallah où elle habite avec son mari et un jeune enfant.

 

« On ne trouve pas de travail en Cisjordanie », nous déclare Fares, et quand on en trouve les salaires ne dépassent pas 1500 – 2000 Shékels (315 – 420 €) par mois, elle en gagne désormais le triple.

De nombreuses femmes instruites, comme Fares, ont été forcées de chercher du travail à la suite du déclenchement de la seconde intifada en 2000, qui a provoqué l'effondrement de l'économie palestinienne, explique-t-elle.

Palestinians and Israelis work at the SodaStream factory in the Mishor Adumim industrial park, February 2, 2014. (Photo credit: Nati Shohat/Flash90)
Photo : Palestiniens et Israéliens travaillant à l'usine de soda stream dans le parc industriel de Mishor Adumim, 2 février 2014 (crédit photo : Nati Shohat/Flash 90)

 

Le mari de Fares, Lieutenant dans les prestigieuses Forces de sécurité palestiniennes, gagne 2000 Shékels (420 €) par mois après dix ans d'ancienneté.

 

Compte tenu des niveaux relativement faibles de violence politique ces dernières années, le coordinateur israélien des activités du gouvernement dans les territoires ( COGAT) à augmenter le nombre de permis de travail accordés aux Palestiniens de quelque 37 % entre 2010 et 2012. Mais il faut que les hommes soient âgés de plus de 24 ans, qu'ils soient mariés avec un enfant pour pouvoir travailler en Israël. Des critiques font remarquer que les syndicats israéliens ne protègent pas les travailleurs palestiniens. [Et en France ?]

Les conditions pour travailler dans une localité juive de Judée Samarie (Cisjordanie) sont moins restrictives, un Palestinien doit seulement être âgé de plus de dix-huit ans et ne pas avoir un dossier de sécurité négatif. Il doit s'adresser à l'administration civile, au département du COGAT chargée des questions civiles palestiniennes, alors que pour travailler en Israël, les Palestiniens doivent s'adresser au bureau de l'immigration. Un porte-parole du COGAT a répondu par écrit au journal The Times of Israël, que 24 000 permis sont donnés aux Palestiniens chaque mois. Plus du double de permis a été donné pour travailler en Israël en janvier, principalement dans le secteur de la construction.

Palestinian employees at work on the SodaStream assembly line, February 2, 2014 (photo credit: Elhanan Miller/TOI)
Photo : des Palestiniens sur la chaîne de montage de soda stream, 2 février 2014 (crédit photo : Elhanan Miller / TOI)

 

Fares, par exemple, a commencé à travailler dans une laverie automatique dans la zone industrielle de Mishor Adumim, mais a quitté cet emploi où elle n'était pas bien traitée. À Soda Stream elle travaille sur une rotation d'horaires de 7h à 19h avec entre 15 et 30 minutes de pause toutes les deux heures. « La nourriture de la cafétéria est très bonne » dit-elle en me montrant la valve qu'elle est en train d'assembler, « la pièce la plus importante du distributeur de soda ».

 

Une autre employée, Saïda, 28 ans, a commencé à étudier l'hébreu dans sa ville natale de Jéricho mais vient seulement de commencer à l'utiliser à l'usine où c'est la première fois qu'elle est en contact avec des Israéliens juifs. Les juifs et les Arabes se mélangent librement ici, observe-t-elle.

Scarlett Johansson with Sodastream's Daniel Birnbaum (photo credit: Mike Coppola/Getty Images for SodaStream/via JTA)
Photo : Scarlett Johnson avec Daniel Birnbaum (crédit photo :  Mike Coppola /Getty Images pour SodaStream / via JTA)

 

Tout en refusant de discuter des implications politiques, son emploi à Mishor Adumim est illégal selon la loi palestinienne, Saïda a déclaré qu'elle et ses collègues se demandaient pourquoi Soda Stream avait été épinglé par les médias. On lui a dit que c'était à cause de Scarlett Johansson...

Adapté par http://danilette.over-blog.com/

de l'article du Times of Israël

 


 

 

 

  

 

 

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