Les Sunnites et les Chiites peuvent construire la Syrie ensemble, Farid Ghadry

Publié le par danilette

http://ghadry.com/2012/02/01/sunnis-and-shia-can-build-syria-together

Sunnis and Shia Can Build Syria Together, Farid Ghadry* (voir la présentation de l'auteur ci-dessous)

sitti_zaynab_shrine Le sanctuaire chiite Sitti Zaynab, à Damas


Nous avons tous une identité. Aux États-Unis, par exemple, nous sommes tous américains d'abord. Mais malheureusement, au Moyen-Orient, l'identité religieuse précède l'identité nationale, ce qui explique pourquoi nous avons le Hamas, le Hezbollah, l'armée du Mahdi, etc.

Cette région est un dangereux baril de poudre parce que les frontières nationales ont été dessinées par l'ancien Empire Britannique qui a divisé pour régner, en morcelant religions et tribus dans le but de pouvoir s'ériger en arbitre des conflits et intervenir (le pire exemple que je connaisse est un petit bout de territoire complètement enclavé, situé dans le sud-est des Émirats Arabe Unis, qui appartient à Oman). Il est vrai que l'histoire entre les Sunnites et les Chiites s'est forgée dans l'hostilité, mais cela prendrait fin si une personne se considérait d'abord comme le ressortissant (e) d'un pays avant de s'identifier selon son appartenance religieuse ou autre. Les Syriens doivent protéger leurs identités religieuses en laissant leur identité nationale prévaloir et diriger la nation.

Cela m'amène à la question des Sunnites et des Chiites en Syrie.

Pendant mes études à l'école Champville au Liban, j'ai eu cinq ou six meilleurs amis. L'un d'entre eux était Nabil Makki, un Chiite du Sud Liban (j'ai appris qu'il était Chiite seulement de nombreuses années plus tard et je suis sûr que c'est la même chose pour lui). Je n'ai pas entendu parler de Nabil depuis longtemps et j'espère qu'il va bien. Mon autre meilleur ami était Ghazi Wazne. J'ai vu Ghazi aux États-Unis il y a près de 30 ans et je l'ai vu à nouveau à la télévision libanaise, il y a 10 ans, dans un débat sur la démocratie et la coexistence.

Tous deux étaient les étudiants les plus intelligents de l'école. Mes souvenirs de cette époque et de la proche amitié qui nous liait me donnent le sentiment que nous pouvons partager notre histoire et coexister ensemble avec le même sens des responsabilités qu'alors. Mon espoir est d'accomplir le même exploit en Syrie.

La Syrie est l'un des rares pays, si proche de Jérusalem, où la religion a prospéré pendant longtemps à différentes époques. Ma ville natale d'Alep, par exemple, possédait de nombreuses synagogues et une communauté juive dynamique qui a immigré en Israël il y a longtemps en raison de l'oppression et de la haine. Damas est le foyer du sanctuaire chiite Sitti Zaynab et abrite en même temps une population majoritairement sunnite qui est fière du passé Omeyyade. 

Avec ces faits et ces symboles religieux, il n'est pas impossible de concevoir une atmosphère de paix. Le problème a toujours été le manque de volonté de s'unir pour aboutir à cet objectif. 

Le Baasisme était censée délivré une identité nationaliste qui remplacerait l'identité religieuse. Mais parce que les principes du parti étaient fondés sur le nationalisme nazi, cela a entraîné une détérioration lamentable de notre pays. Ce dont la Syrie a besoin, ce n'est pas d'un autre parti politique mais plutôt d'un leadership engagé à donner une éducation scolaire libre, sans lien politique de soumission (comme le parti Baath) et sans lien religieux (comme les Frères Musulmans).

Au Liban dans les années 70 (avant le Hezbollah et les mollahs iraniens) il existait une coexistence pacifique entre la forte population chrétienne, les Druzes, les Sunnites et les Chiites et les Syriens devraient s'inspirer de cette exception. Le Liban a involontairement négligé les besoins des régions les plus pauvres du Sud où vivaient les Chiites. Cette erreur impardonnable ne doit pas se répéter en Syrie. Si les Chiites sont partenaires à part entière dans la construction de la Syrie avec les mêmes possibilités que les autres, ils s'identifieront en premier avec leur pays comme n'importe quel autre groupe dans les mêmes circonstances. Il en va de même pour chaque secte religieuse y compris les Sunnites majoritaires. 

Beaucoup sont sceptiques sur ces idées utopiques et à juste titre. L'enjeu est monumental et fait naître des attentes irréalistes. Mais pas si nous commençons à faire le ménage dans les deux pays les plus extrémistes de la région, en commençant par les mollahs d'Iran. Le succès du Hezbollah est surtout dû à une négligence que les mollahs d'Iran ont su exploiter. Quand les mollahs seront remplacés et que l'Iran deviendra un pays libre et démocratique, avec une nouvelle génération de politiciens qui travailleront avec tous les secteurs religieux, en assurant une égalité sociale et économique, la raison d'être d'organisations comme le Hezbollah cessera d'exister. 

Notre utopie dépend de nous et de ce que nous allons faire, mais pas seulement. Elle dépend aussi en partie, de la volonté d'éradiquer l'extrémisme religieux dans la région, de la part de la communauté internationale. Nous avons la volonté de remplir notre devoir, mais est-ce que les autres vont nous aider à atteindre l'objectif d'une région débarrassée de tout extrémisme, pas seulement d'Al Qaïda ? 

Nous ne pouvons pas mettre de côté les intérêts économiques des géants comme la Chine mais trouver les bons ingrédients pour éradiquer l'extrémisme religieux devrait être le but poursuivi avec empressement par nos diplomates, au lieu de concentrer tous leurs efforts sur des accords de paix entre deux pays dont l'un d'entre eux est une source d'extrémisme religieux. Farid Ghadry

Adapté par Danilette

 


*A propos de Farid Ghadry, présentation sur son blog

En moyenne, un Arabe lit 4 pages par an pendant qu'un Américain lit 11 livres.

En ma qualité d'observateur de la Syrie et de la politique générale du Moyen-Orient, et avide d'apprendre, j'ai été assez chanceux de me rendre compte que le choc des civilisations qui se déroule devant nos yeux peut-être comblé en trouvant des points communs entre les hommes. Ce qui fait qu'une société est en accord ou en désaccord avec la conduite et la politique d'une autre société, repose uniquement sur notre perception de comment les êtres humains interagissent ou devraient interagir pour ou contre l'intérêt commun.

Ce blog, qui comprend des articles, des interviews, des éditoriaux et des articles des médias traite surtout des politiques de la région et plus particulièrement de la Syrie, mon cher pays d'origine. Il est destiné à promouvoir la démocratie, la liberté et les droits humains dans une région qui a un grand besoin de guérison et d'harmonie.

Bien que je crois que face à la violence extrême, on ne peut agir que par la violence, une anomalie dans le contexte de l'objectif ultime de démocratie pour la Syrie, je crois aussi que la perception de la stabilité d'une paix à court terme, alimente faussement notre sentiment de sécurité. Les états qui soutiennent le terrorisme sont aussi ceux sur lequel nous nous appuyons pour « la stabilité ». Ce n'est pas une formule diplomatique qui pourra assurer un avenir meilleur pour le Moyen-Orient.

La démocratie aujourd'hui accompagne des extrémistes et les dirigeants oppressifs facilitent leur naissance. Il n'y a pas de réponses faciles aux problèmes que notre région, avec la plus grande concentration au monde de dictateurs, connaît aujourd'hui. Comment pouvons-nous apporter les changements nécessaires pour coexister paisiblement comme les Européens ont appris à le faire ?

Personnellement, je crois que la région devra passer par un événement cataclysmique qui entraînera des changements : l'avènement de protestants musulmans et la chute des familles régnantes qui seront remplacées par des politiciens responsables. Les arabes et les musulmans doivent trouver un moyen de stimuler leur propre Renaissance, celle qui est fondée sur les livres et la connaissance et non pas sur la richesse du pétrole. La région possèdent tous les ingrédients nécessaires (corruption, misère, terrorisme et violence, dictateur fou, retard économique etc.) qui peuvent déclencher cette étincelle et cela pourrait arriver bientôt. [ces propos ont été écrits plusieurs années avant le "Printemps arabe"]

C'est la seule façon d'avancer pour changer le Moyen-Orient et nous aider à inaugurer une nouvelle ère de coopération pour notre propre bien. Plus longtemps nous resterons ignorants et plus nous resterons stériles alors que des pays comme Israël, la France, les États-Unis et tant d'autres fleurissent en innovation et progrès pour l'humanité.

Vous trouverez dans ce blog mes idées personnelles qui ne représentent pas nécessairement la solution. Loin de là. Je n'ai pas suffisamment de connaissances profondes de l'Islam ou de l'histoire des civilisations pour prétendre être une voie d'autorité. Je me base sur mes observations, sur la raison, et sur ma connaissance de la mentalité arabe et de la culture musulmane pour tirer des conclusions et trouver des concepts qui nous sauveront tous de l'extinction. Farid Khadry.


Voir aussi sa biographie en anglais : http://ghadry.com/bio/

Extraits : "À l'âge de 13 ans, tout à fait par hasard, j'ai visité Dachau dans la banlieue de Munich et j'ai découvert l'histoire de l'holocauste après avoir appris à haïr les juifs. Voir les fours de Dachau a été une expérience qui a bouleversé ma vie.

À l'âge de 17 ans, j'ai été arrêté par les services de renseignements syriens à Zabadani, près de Damas et emprisonné pour désobéissance civile. Jusqu'à aujourd'hui, je suis toujours sous l'effet de ces poursuites dues à cet incident en 1971.

À l'âge de 34 ans, la police religieuse saoudienne (Motawa'a) m'a poursuivi publiquement avec une canne parce que je refusais d'assister à la prière du soir à la grande mosquée de Riyad en Arabie Saoudite.

Ces expériences et l'oppression qui sévit dans les pays arabes m'ont incité à m'impliquer davantage pour changer le Moyen-Orient."

Publié dans Syrie

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