M. Morsi, la démocratie et l’Occident, François Sureau

Publié le par danilette

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Le 3 juillet 2013, Mohamed Morsi, président de la République Égyptienne, a été écarté du pouvoir par les forces armées, qui ont suspendu la constitution, nommé un magistrat président par intérim et promis de nouvelles élections dans un délai rapproché.


La plupart des réactions occidentales ont été marquées par une sorte d’embarras. D’un côté, le programme des Frères musulmans n’ayant rien de démocratique, du moins selon nos critères, la légitimité de la confrérie apparaissait douteuse. Mais d’un autre, M. Morsi tirait son pouvoir d’une élection au suffrage universel direct, la première jamais tenue dans des conditions de compétition réelle entre les candidats.


L’une des seules positions catégoriques a été prise par le ministre allemand des affaires étrangères, Guido Westerwelle. Membre du parti libéral-démocrate, fils d’avocat et de juge, docteur en droit et avocat lui-même, M. Westerwelle est un homme qui connaît le poids des mots. Sa déclaration nous intéressera ici, moins d’ailleurs par ce qu’elle nous apprend de l’Égypte que par ce qu’elle nous révèle de nous-mêmes. M. Westerwelle a donc condamné sans appel la déposition de M. Morsi, qualifiée de « mauvais coup contre la démocratie ». Négligeant l’agacement que peut donner ce style relâché de tract électoral, il faut s’interroger sur le fond même du propos. 


Un simple exemple y aidera, auquel il est bien étonnant que M. Westerwelle n’ait pas pensé. Imaginons qu’en 1934, vingt millions d’Allemands aient pétitionné en raison des atteintes portées à leurs droits fondamentaux par leur chancelier, pourtant régulièrement élu un an auparavant, en ce qui concerne la discrimination, la liberté de conscience ou la liberté d’expression ; et qu’un maréchal l’ait déposé pour remettre temporairement, en attendant de nouvelles élections, le pouvoir à un magistrat. M. Westerwelle eût-il alors considéré l’affaire comme un« mauvais coup porté à la démocratie » ?


Nul ne peut en vérité lui faire cette injure. Cette comparaison ne vise pas à assimiler Morsi à Adolf Hitler, mais seulement à rappeler que la démocratie ne peut être réduite à une procédure, ni même à une élection, et  qu’elle se définit aussi, et peut être  surtout, par la garantie effective des droits qui la fondent. Lorsque ces droits sont méconnus, le régime cesse d’être légitime et la révolte se justifie. Cette idée très classique, que nous devons aux Grecs, est à la fois juste et sage. Si un chef d’Etat élu décide, dans l’intervalle de deux élections, de s’affranchir des contre-pouvoirs, et, rendu libre d’agir selon son caprice et celui de ses affidés, de déporter ou d’exterminer une fraction de sa population, devra-t-on attendre le terme légal de son mandat pour le lui reprocher dans les urnes, et le renvoyer, dans les formes certes, mais une fois ses crimes accomplis ? Lire la suite sur Causeur

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