On se prépare au Big Bang, Mordechai Kedar

Publié le par danilette

kedar_0.jpg
credit photo cjnews

 

Selon des sources étrangères, Israël a attaqué cette semaine des cibles du Hezbollah dans la zone frontalière entre la Syrie et le Liban. L’hypothèse la plus largement répandue est que la cible était un convoi de camions transportant des missiles Scud de Syrie au Liban. Ces missiles ont une plus grande portée et peuvent transporter une ogive plus lourde.

 

Cette opération arrive comme la confirmation de ce qu'Israël a déclaré publiquement à plusieurs reprises, à savoir qu'il ne permettra pas à l'organisation terroriste libanaise de mettre la main sur des armes de destruction massive ou sur des armes pouvant bouleverser l’équilibre stratégique, c'est à dire des missiles plus lourds, plus précis ou avec une portée plus grande.

 

Le Porte-parole du Hezbollah a affirmé que l'attaque avait touché le territoire syrien . Il est possible que ça soit vrai comme il est possible que ça soit faux : si l'attaque s’est produite en dehors du Liban, le Hezbollah est moins tenu de répondre. L’organisation qui se présente comme le bouclier, le défenseur du Liban contre l'agression sioniste se doit de répondre s’il est avéré que l’attaque a eu lieu au Liban.

 

Le Hezbollah a une autre raison de dire que l'attaque s’est produite en Syrie : pour pousser l’armée syrienne à réagir contrairement au précédent, quand Bachar El Assad avait déclaré simplement que « la Syrie répondrait en temps utile et lieu approprié ». De toute façon, l'armée syrienne est suffisamment occupée à lutter pour sa survie qu'elle n'a pas l'intention d'entrer en conflit avec Israël en ce moment critique.

 

Un des porte-parole du Hezbollah a fait une déclaration similaire [à celle d'Assad] dans ce contexte où l'organisation affiche un profil bas comme on a pu le constater avec la discrète commémoration de la mort d'Imad Moughnieh, sans les grandes manifestations du passé par crainte d'une attaque visant les participants.

 

L'objectif de la contrebande d'armes

 

La contrebande d'armes stratégiques vers le Liban relève de deux causes : la première est liée à l'Iran, l'Arabie saoudite et Israël, et la seconde est liée à Al-Qaïda et aux Jihadistes salafistes, acteurs du Big Bang, la grande conflagration régionale à laquelle se prépare le Hezbollah.

 

Selon le point de vue iranien qui guide le Hezbollah, le « Big Bang » saoudien se produira lorsque la coalition entre Israël et l'Arabie Saoudite décidera d'agir seule contre l'Iran, après l’effondrement du régime des sanctions, quand l'Iran aura le champ libre pour avancer dans son programme nucléaire militaire. Israël et l'Arabie Saoudite estiment déjà que les États-Unis et l'Europe les ont trahis et se préparent à attaquer l'Iran, toujours selon l'interprétation de Téhéran .

 

Un des moyens utilisés par l'Iran contre Israël et l'Arabie Saoudite est de placer des missiles à longue portée aux mains du Hezbollah afin qu’il les utilise contre l'Arabie Saoudite et Israël, dans cet ordre. Au cours des trois années qui viennent de s'écouler sur le champ de bataille syrien, l'Iran s'est rendu compte que son ennemi le plus grand et le plus dangereux n'est pas Israël mais l'Arabie Saoudite. C'est la raison pour laquelle le Hezbollah a besoin de nouveaux missiles avec une portée plus longue que les dizaines de milliers de missiles qui sont actuellement en sa possession. L'attaque israélienne sur les missiles cette semaine visait à protéger l'Arabie Saoudite autant qu'Israël.

La deuxième cause du transfert des missiles de Syrie au Liban c'est pour empêcher, en cas de chute du régime d'Assad, qu'ils ne tombent aux mains des organisations jihadistes salafistes sunnites telles qu'Al Qaïda, l'État islamique en Irak et au Levant [EIIL] et le Front Al Nostra. Ces organisations pourraient faire l'usage de missiles à longue portée contre le Hezbollah au Liban et contre ses alliés en Irak et peut-être même en Iran. Alors pour protéger ses alliés, le Hezbollah essaye de transférer ces missiles de longue portée à l'intérieur du territoire libanais.

Il est important de mentionner que de larges quantités d'armes chimiques se trouvent encore en Syrie et que le Hezbollah essaye peut-être de les transférer au Liban pour les mêmes raisons mentionnées ci-dessus. Il faut se rendre compte  qu'Israël n'a pas réussi à bloquer hermétiquement le transfert de ces armes stratégiques, missiles de longue portée et de grande précision ou armes chimiques, à l'intérieur du Liban et aujourd'hui le Hezbollah possède une certaine quantité de ces armes prêtes à être utilisées à tout moment.

Ceux qui visitent ces jours-ci le Golan et s'approchent de la zone de Kuneitra peuvent entendre les échos des combats qui ont lieu en territoire syrien. Le bruit des tirs de mortiers, de l'artillerie, des tanks, de la DCA et probablement des missiles anti-tanks qu'on entend exploser sans arrêt, dont certains qui s'abattent sur le Golan. Cette musique est le chant du cygne d'un régime sanguinaire massacrant ses citoyens, un régime sans avenir poussé par une logique suicidaire.

L'Arabie Saoudite contribue à attiser les flammes en fournissant aux Jihadistes des missiles antiaériens portés sur l'épaule, de fabrication chinoise, pour qu'ils puissent lutter avec des moyens plus efficaces contre les terribles hélicoptères d'Assad qui bombardent les Jihadistes et les citoyens syriens. La Russie est très inquiète mais Poutine est davantage préoccupé par l'Ukraine.

À cause des difficultés actuelles du régime turc, la Jordanie est en train de devenir la base principale des opérations contre le régime syrien. Une attaque syrienne contre la Jordanie, opérée par le Hezbollah n'est pas à exclure, par exemple contre un symbole du gouvernement en Jordanie même ou à l'étranger contre une ambassade ou un avion jordanien.

Les dirigeants de l'Iran et ceux du Hezbollah connaissent bien le territoire syrien et se préparent pour la prochaine étape de la bataille, le Big-Bang, quand une guerre régionale éclatera entre d'un côté la coalition formée par Israël, l'Arabie Saoudite, la Jordanie et le Qatar et de l'autre l'Iran et ses satellites. L'attaque israélienne de cette semaine avait pour objectif d'assurer à la coalition une position plus avantageuse en vue de ce scénario. Mais dans le dos du Hezbollah, un gros problème est en train de voir le jour avec les organisations salafistes jihadistes libanaises qui désirent propager à l'intérieur du Liban la guerre qui fait rage en Syrie. Même les noms des organisations sont identiques à ceux des groupes qui sévissent en Syrie. Le jour où les combats cesseront en Syrie, que ça soit la victoire d'Assad ou sa chute, les combats commenceront à l'intérieur du Liban pour se venger ou en tirer avantage.

 

Quelques mots sur le terrorisme

 

Le terrorisme est dangereux parce qu'il s'agit d'une guerre déséquilibrée entre deux camps :

- D'un côté un État et une société régies par une loi nationale et des règles internationales qui respectent les droits de l'homme, des minorités et des femmes, qui essayent de faire la distinction entre les combattant et les civils innocents et qui essaient de cibler seulement les combattants même s'ils se cachent derrière des enfants innocents. Même le langage utilisé par les Etats dans la guerre contre le terrorisme est limité par les règles du politiquement correct.

- De l'autre côté se trouvent des gens qui agissent sans règles : ils ne reconnaissent pas les lois internationales, ni les traités internationaux, ni les droits de l'homme qui ne valent rien à leurs yeux Ils ne portent pas d'uniforme, ils ne sont pas limités par des règles et ne respectent pas les droits des minorités, des femmes et des enfants. Ils s'expriment sans tenir compte du politiquement correct, utilisent un langage injurieux en parlant de leurs ennemis pour justifier leurs attaques contre eux.

C'est la raison profonde pour laquelle les États et les sociétés modernes aujourd'hui rencontrent des difficultés pour faire face au terrorisme, qui n'est pas régi selon les mêmes règles qu'eux. Cela donne un grand avantage au camp du terrorisme qui lutte sans aucun frein contre les sociétés occidentales qui elles s'imposent des restrictions dans ce combat.

Pourtant les terroristes rencontrent des problèmes quand ils sont face à des ennemis qui sont eux-mêmes des terroristes car alors ils perdent leurs avantages relatifs et il s'ensuit une guerre sanguinaire entre eux.

C'est la situation aujourd'hui entre le Hezbollah et ses ennemis sunnites, les Salafistes jihadistes : les deux côtés se conduisent en terroristes, sans limite et sans restriction, sans loi ni jugement, et même Celui qui trône dans les cieux et que chaque partie prétend représenter ne se mêle pas de cette guerre sanglante.

La situation est la même pour plusieurs organisations jihadistes en Syrie : Al Qaïda est en conflit avec l'organisation l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) et le Front Al-Nosra menace l'État islamique d'une guerre ouverte après l'élimination il y a une semaine d'un de ses chefs, Abou Khaled Al Souri, à Alep.

C'est en quelque sorte la tragédie de l'islam radical : chaque fois qu'un groupe extrémiste réussi à contrôler un territoire et en faire une base d'action, un groupe plus extrémiste encore se met à le combattre avec évidemment les mêmes méthodes terroristes. Après la victoire du deuxième groupe, un troisième groupe plus extrémiste encore entre en scène et fait au deuxième ce que celui-ci avait fait au premier et ainsi de suite.

C'est le résultat de l'action des Saoudiens en Syrie, aussi est-ce étonnant si Obama a décidé d'abandonner la famille royale saoudienne en la jetant "sous les roues du bus" iranien ?

 

Le conflit syrien déborde chez nous en Israël

 

Un grand débat a lieu en Israël et dans le Golan pour savoir s'il faut soutenir Bachar El Assad ou bien appeler à sa chute. Quelques Jihadistes sont déjà passés d'Israël en Syrie pour prendre part au combat des Sunnites contre Bachar El Assad, certains sont même déjà arrivés au paradis des martyrs.

Le débat public en Israël entre les supporters de Bachar et ses opposants s'expriment aussi par des graffitis sur les murs. Le bâtiment du commandement syrien à Kuneitra est un bâtiment vide que les visiteurs peuvent visiter quand ils veulent. Sur un des murs on peut lire cette phrase en arabe avec la traduction écrite en noir : « je suis syrien et mon pays est arabe, mon peuple est le héros de la liberté, Bachar tombera » une autre personne a rajouté en rouge « jamais », Bachar ne tombera jamais.

Tant que ce conflit s'exprime par des graffitis sur les murs, ce n'est pas trop grave. Mais les services de sécurité israéliens doivent absolument empêcher que ce débat dégénère en conflit violent, ce qui pourrait arriver. Car si Bachar tombe, des actes de violence peuvent éclater en Galilée ou dans le Golan entre ceux qui célébreraient cette victoire et ceux qui en prendraient le deuil.

 

Traduit de l'hébreu par Danilette

Afficher IMG_20140220_152718.jpg dans le diaporama 

Mise à jour avec quelques corrections à 11:50

Publié dans Mordechai Kedar

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article