Politique étrangère fondée sur des clichés Par CAROLINE B. GLICK

Publié le par danilette

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Adaptation française de Sentinelle 5771 ©

La représentante au Congrès des USA Ileana Ros-Lehtinen, présidente de la Commission des Affaires Etrangères du Congrès, a déclenché une tempête politique cette semaine. Mardi, Ros-Lehtinen a introduit le projet de loi sur la Transparence, la Responsabilité et la Réforme des Nations Unies. S’il est adopté comme loi, il introduirait des restrictions rigoureuses pour le financement des USA au budget de l’ONU.

 

Actuellement, les USA financent 22 % du budget général de l’ONU. Ce budget est adopté par l’Assemblée Générale sans être supervisé par les USA. La part de 22 % du budget provenant des USA n’est pas volontaire, ce qui signifie que les USA ne peuvent exercer aucune influence sur la manière dont les fonds de ses contribuables sont dépensés.

 

Si le projet de loi Ros-Lehtinen est adopté, l’ONU aura deux ans pour mettre en pratique des réformes budgétaires qui pourraient rendre volontaire au moins 80 % du financement de son budget. Si l’ONU ne fait pas les réformes requises, le gouvernement des USA se verra enjoint de retenir 50 % des allocations non volontaires de son budget à l’ONU.

 

Au-delà de cette exigence ambitieuse pour une réforme budgétaire de l’ONU, le projet de loi comprend plusieurs actions spécifiques dirigées contre les institutions de l’ONU qui font progresser les projets politiques anti-Américains et anti-Israël.


Le projet de loi Ros-Lehtinen retirerait le financement du Comité des Droits de l’Homme de l’ONU jusqu’à l’abrogation de sa résolution anti-Israël permanente, et l’interdiction aux pays qui soutiennent le terrorisme et font l’objet de sanctions du conseil de Sécurité de l’ONU d’y participer en tant que membres. Il interdirait aussi aux USA d’être de membre du Haut Comité pour les Réfugiés de l’ONU jusqu ‘à ce que ces réforme soient mises en pratique.

 

La loi Ros-Lehtinen retire tout financement aux activités de l’ONU liées au rapport diffamatoire Goldstone, et au processus antisémite de “Durban”. Elle réduit largement le financement des USA à l’UNWRA [organisme d’aide permanente de l’ONU aux ‘Réfugiés palestiniens’], infiltrée de membres d’organisations terroristes, et le met sous condition. Les installations de l’UNWRA sont couramment utilisées pour planifier, exécuter, inciter au terrorisme contre Israël et endoctriner des Palestiniens à chercher la destruction d’Israël.

 

La loi prête une attention particulière au plan de l’Autorité Palestinienne d’obtenir un vote du Conseil de Sécurité et de l’Assemblée Générale de l’ONU en faveur d’un Etat palestinien à la fin de ce mois. La loi supprimera le financement des USA à toute agence ou organisme de l’ONU qui élèvera la mission palestinienne à l’ONU de quelque manière à la suite du vote de l’Assemblée Générale en faveur d’une telle élévation de sa représentation.


La loi Ros-Lehtinen, qui dispose de 57 parrains, fournit des explications détaillées sur la façon dont les agences de l’ONU visées nuisent aux intérêts des USA. Elle note que la participation des USA depuis 2009 au Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU [UNHRC] n’a eu aucun impact sur le projet politique anti-Israël et anti-Américain de l’UNHRC. Les USA ont été incapables de modérer en aucune manière les actions et résolutions de l’UNHRC, y compris ses décisions de former la commission Goldstone et d’adopter les conclusions du rapport Goldstone, et son soutien permanent à l’organisation des conférences antisémites de ‘Durban’ dans lesquelles Israël est attaqué et diffamé comme Etat illégitime et raciste.

 

La loi note que, en dépit des efforts des USA pour étendre sa supervision sur les méthodes d’embauche de l’UNWRA, celle-ci continue d’embaucher des membres d’organisations terroristes. La loi apporte une longue liste d’employés de l’UNWRA qui ont perpétré des attaques terroristes.


Ignorant l’évaluation fondée sur des faits des échecs de l’ONU, l’administration Obama a rejeté le projet de loi Ros-Lehtinen. S’adressant à la revue ‘Politico’, une source du gouvernement a éreinté la loi, en déclarant : « Ce projet de loi est démodé, fatigué et franchement peu réceptif au rôle positif joué par l’ONU ».


La porte-parole du département d’Etat Victoria Nuland a attaqué le projet de loi : « Il sapera sérieusement notre position internationale et affaiblira dangereusement l’ONU comme instrument faisant avancer les objectifs de la sécurité nationale des USA ».

 

Depuis sa prise de fonction, Barack Obama a pris des mesures concertées pour placer l’ONU au sommet de son projet de politique étrangère. A travers ses dires et ses actes, Obama a montré qu’il croit que les USA doivent minimiser l’amplitude dans laquelle ils opèrent indépendamment de l’ONU sur la scène mondiale.

 

Obama et ses conseillers donnent quatre arguments pour soutenir leur vision de l’ONU pour remplacer effectivement les USA en tant que dirigeant de la planète. D’abord, ils disent que les USA ne peuvent pas agir unilatéralement sur la scène mondiale.

 

Deuxièmement, ils insinuent que des opérations entreprises hors de la couverture de l’ONU sont en quelque sorte illégitimes.


Pour soutenir cette affirmation, ils laissent entendre que la raison pour laquelle les USA se sont enlisés en Irak depuis l’invasion en 2003 était qu’ils n’ont pas reçu de mandat spécifique du Conseil de Sécurité pour l’envahir. A l’opposé, ils soulignent que l’opération actuelle en Libye sanctionnée par le conseil de Sécurité, et la Guerre du golfe en 1991 sanctionnée par le Conseil de Sécurité ont été couronnées de succès. Et ils attribuent le succès de ces missions à leur conduite sous l’égide de l’ONU.


Le troisième argument, qui se situe clairement dans la déclaration de Nuland, est que pour avoir une crédibilité dans les affaires internationales, les USA ne doivent pas jeter leur poids à l’ONU. S’ils objectent trop vigoureusement à la façon dont les choses sont faites, ou placent leur soutien à l’ONU sous condition d’actions de l’ONU, alors tous les autres membres de l’ONU seront humiliés et refuseront de coopérer avec les USA.

 

Le dernier argument qu’ils défendent est reflété dans la déclaration d’une source anonyme de l’administration livrée à ‘Politico’. Tout simplement à leurs yeux, essayer de tenir pour responsable l’ONU de ses actes est démodé. Dans le monde d’aujourd’hui, la responsabilité est vieux jeu. Et celui qui ne comprend pas cela est tout bonnement « hors jeu, démodé, fatigué ».

 

Tous ces arguments sont faux. Dans le premier exemple, il est tout simplement faux que les USA soient incapables d’agir unilatéralement. En dehors de l’Arabie saoudite en 1991 et du Koweït en 2003, les USA n’ont pas eu besoin de partenaires en Irak. Parmi tous les participants non Américains dans les campagnes militaires des USA en Irak et en Afghanistan, seule la Grande Bretagne a eu un impact sur le combat. Et franchement, les USA se seraient assuré de la coopération de l’Arabie saoudite, du Koweït et des Britanniques sans jamais impliquer l’ONU.

 

De fait, aussi bien sous les administrations Démocrate et Républicaine, les USA ont fréquemment agi avec succès en dehors du cadre de l’ONU. En 1999, l’administration Clinton n’a pas pu obtenir l’accord du Conseil de Sécurité de l’ONU pour combattre au Kosovo, et donc elle a ignoré l’ONU et a combattu aux côtés de ses alliés de l’OTAN.

 

Les USA disposent de 21 armées alliées aux côtés de leurs forces en Irak, malgré le fait que l’opération ait été conduite hors de la couverture du Conseil de Sécurité de l’ONU.

 

L’initiative de Sécurité contre la Prolifération [PSI, en anglais] lancée par les USA en 2003, est sans doute l’effort multilatéral le plus réussi des USA pour prévenir la prolifération des armes de destruction massives. En opérant totalement en dehors du cadre de l’ONU, cette PSI compte 98 membres.

 

Comme dans les deux opérations majeures réalisées de mémoire récente par une force issue des résolutions du conseil de Sécurité de l’ONU, le jury demeure hors jeu dans les deux cas. Du fait des restrictions du conseil de Sécurité sur la mission de la Guerre du Golfe persique en 1991, les USA ont permis à Saddam Hussein de rester au pouvoir après le retrait de ses forces d’invasion du Koweït.

 

Dans les 12 années séparant cette Guerre et la Guerre d’Irak en 2003, Saddam a tué des centaines de milliers d’Irakiens qui – sous la pression des USA – essayaient de le renverser. Il a exploité les sanctions du Conseil de Sécurité pour affamer son peuple dans des objectifs de propagande alors que lui et ses complices s’enrichissaient grâce aux contrats corrompus dénommés « pétrole contre nourriture » de l’ONU.

Si Saddam avait été renversé en 1991, son remplacement par un régime pro-occidental à la suite aurait pu être mis en place plus doucement à un coût beaucoup moindre pour les USA et le Peuple irakien.

 

De même pour la Libye, des rapports de Tripoli indiquent que les critiques de la mission de l’ONU avaient raison. En renversant Mouammar Khaddafi, les USA ont apparemment autorisé une situation dans laquelle tout régime qui suivra sera probablement dominé par des forces politiques et militaires alignées sur al Qaïda et alliées avec l’Iran.

 

L’affirmation selon laquelle les USA perdront en influence dans les affaires internationales s’ils sont perçus comme autoritaires par leurs homologues, les Etats nations à l’ONU, est pareillement dénuée de fondement. La dure vérité est que personne ne se plie à l’ONU simplement parce que c’est l’ONU. Les Etats sont raisonnablement et durablement opportunistes dans leur coopération avec l’ONU. Ils soutiennent l’ONU quand il soutient leurs intérêts et ils ignorent l’ONU quand il s’oppose à leurs intérêts.


Les Etats ne s’opposent pas aux USA à l’ONU parce qu’ils les jugent autoritaires. Ils s’opposent aux USA à l’ONU parce qu’ils croient que cela sert leurs intérêts nationaux de s’opposer aux USA et à ses intérêts.

 

C’est à cause d’intérêts qui se confrontent, non pas au comportement des représentants des USA, que l’administration Obama échoue à exercer la moindre influence sur le projet politique de l’UNHRC, en dépit de son engagement à chercher la « négociation ».


Des intérêts nationaux qui se confrontent sont la raison qui expliquent l’échec de l’administration Obama à s’assurer le soutien du conseil de Sécurité de l’ONU pour tout ce qui touche à des mesures efficaces contre le programme d’armements nucléaires de l’Iran.


Le dernier argument de l’administration des USA – savoir qu’il est démodé d’exiger que l’ONU cesse de faire avancer la cause des ennemis des USA – n’est pas seulement affligeant et insultant. Il démontre aussi la culture qui motive le gouvernement américain à s’accrocher à son projet politique centré sur l’ONU malgré son échec évident et répété.

 

Comme la réfutation facile de tous les arguments de l’administration le démontre clairement, le projet politique n’est pas un produit de la pensée rationnelle. C’est le produit d’un mode de pensée endémique dans les universités d’où Obama et ses conseillers sont issus. Ce mode de pensée est piloté par des clichés jamais remis en question et qui sont servis comme un raisonnement sophistiqué. Cela comprend des perles conventionnelles comme « la gouvernance mondiale », la « révolution Twitter », « le multilatéralisme » et « l’interdépendance ».

 

Ces clichés sont devenus des articles de foi imperméables aux faits et à la réalité. Par conséquent, ceux qui y adhèrent ne reconnaîtront jamais leur échec à se livrer à leurs prémisses utopiques. Au lieu de cela, ils s’attaquent à tout ceux qui soulignent leur échec comme des vieilles lunes « démodées », et « fatiguées », manquant trop de sophistication pour comprendre le monde.

 

Nous observons cette attitude à l’oeuvre dans les aspects de la politique étrangère d’Obama. Par exemple, Obama est arrivé à son poste avec l’idée que la raison pour laquelle tous les efforts jusqu’à ce jour pour parvenir avec succès à un accord de paix entre Israël et les Palestiniens avait échoué, c’était parce que les Palestiniens ne faisaient pas confiance aux USA pour « délivrer » Israël. Pour remédier à ce problème perçu, Obama a constamment cherché à « mettre la pleine lumière » entre les USA et Israël. Cette politique a échoué de façon abyssale, comme le montre la tentative actuelle de l’AP à l’ONU. Pourtant l’administration continue de s’y accrocher, parce que reconnaître son échec impliquerait de renoncer à un cliché.

De même, la politique du gouvernement américain de chercher un compromis avec l’Iran a porté la mollacratie au seuil de l’arsenal nucléaire ; elle l’a encouragé à réprimer violemment les protestataires pour la démocratie pro-Américains ; à étendre son influence en Irak et en Afghanistan ; à s’emparer du Liban ; et à faire des avancées en Egypte, en Libye et au-delà. Pourtant, malgré tout cela, l’administration américaine refuse d’admettre que sa stratégie politique est mauvaise et d’en adopter une plus efficace, parce que ce faisant, cela impliquerait de reconnaître que « chercher à négocier » n’est pas la panacée promise.

On s’attend à ce que la loi Ros-Lehtinen soit bloquée par le Sénat contrôlé par les Démocrates, avant qu’Obama n’ait l’opportunité d’y opposer son veto. C’est grand dommage parce que la loi ferait progresser les intérêts des USA et la cause de la liberté. C’est grand dommage parce que cela montre que le débat sur la politique étrangère aux USA est désormais une bataille entre ceux qui croient aux faits et ceux qui font confiance aux clichés.

 

 

caroline@carolineglick.com  

Publié dans Onu - Ong

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