Pour une révolution culturelle, Brigitte ULLMO BLIAH

Publié le par danilette

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Vendredi, 09 Septembre 2011

revolution_culturelleJ'ai déjà écrit bien avant ces évènements que contrairement aux idées reçues, la politique israélienne n'est pas une réussite parce qu'on n'évalue pas une politique économique avec les seuls chiffres de la croissance, mais la manière dont vit la population.

Il faut ajouter qu'une autre politique économique est possible tout en restant dans le cadre du libéralisme. La politique économique menée dans la ligne de l'ultra- libéralisme est en réalité anti libérale, puisqu'elle favorise les ententes et les monopoles à l'encontre de la théorie de la libre concurrence.

Il est temps de se libérer de la frayeur qu'a inspiré à l'époque le communisme : pourquoi ne pas comprendre que la réflexion en matière de science économique doit se poursuivre, et qu'il est possible de préconiser des changements et plus de justice sociale sans reprendre des schémas anciens, mais au contraire en imaginant de nouvelles perspectives.

Il est intéressant de souligner à quel point le communisme et la chute de l'URSS ont contribué à figer la réflexion, comme si les politiques économiques menées constituaient l'idéal de l'humanité, comme si les graves inégalités sociales constituaient une condition de la croissance, cette dernière étant considérée comme un bien absolu. On voit bien que l'appréciation de la politique économique était sortie du domaine de la logique et du bon sens.

Il était admis en Israël que la croissance économique était dûe à une admirable gestion de l'économie. Là encore il s'agit d'une simple affirmation : il est tout aussi vrai- sinon plus de soutenir que les résultats de l'économie israélienne sont dûs à la qualité de la population active.

Or il est clair que les graves inégalités sociales qui commencent à l'école ont pour effet de remettre en question l'excellence de la population ; en effet si aujourd'hui seuls les enfants bénéficiant de cours privés obtiennent des bons résultats scolaires, cela signifie que l'Etat se prive d'une partie importante de ses ressources humaines, donc que l'avenir économique du pays est menacé.

Il est temps de qualifier de manière juste les sorties d'argent : en matière d'éducation il ne s'agit pas de dépense, mais d'investissement. De même pour la recherche. Ceci n'est qu'un exemple.

Mais il serait dommage de passer à côté des évènements de cet été sans en souligner la véritable dimension. La revendication de justice sociale représente un évènement culturel important. En effet la justice sociale est une notion qui ne fait pas partie du dictionnaire post-moderne. Les évènements de l'été seraient ils l'amorce d'un dépassement de l'ère post moderne ?

La question doit être posée; en effet, il faut rappeler que la politique néo libérale qui prétend que le bien être de tous résulte des décisions rationnelles prises par des individus libres, est indissociablement liée au post modernisme qui se caractérise lui aussi par l'importance donnée à l'individu.

Dans les deux cas la notion de société n'existe pas. Cette dernière n'est que la somme des individus. Cette conception se manifeste au plan politique où les représentants du peuple ne défendent plus un ''intérêt général'' mais représentent les groupes de pression qui les ont élus. La notion d'intérêt général a complètement disparu.

Le post sionisme est une forme de post modernisme, et lui aussi est indissociablement lié à la politique néo libérale en économie. En effet le post sionisme lutte à l'intérieur du pays contre le sionisme qui constitue l'identité nationale du pays. Il s'agit d'un combat visant à dépouiller la collectivité de toute signification qui transcende les individus.

Une illustration de ce phénomène peut être trouvée dans la politique de la Cour Suprême : Alors que l'Etat d'Israël est défini par la loi comme Juif et Démocratique, la Cour défend presque exclusivement le caractère démocratique du pays, et en cela, elle se situe dans la ligne post-sioniste.

Mais la Cour a aussi toujours refusé de considérer que les droits sociaux et économiques font partie des droits de l'homme : ainsi le droit à l'homosexualité est un droit fondamentale de l'être humain, mais le droit à un minimum vital ne l'est pas.

La Cour Suprême n'hésite pas à censurer le pouvoir législatif, et à intervenir dans les décisions du pouvoir exécutif, sauf dans les questions économiques et sociales.

Il et donc nécessaire d'interpréter les évènements de l'été dans le contexte plus général de la civilisation contemporaine :le cri de Tsedek Hevrati est une exigence qui devrait conduire le public israélien à prendre conscience du fait qu'il était jusqu'à présent entièrement influencé par le post modernisme et le capitalisme sauvage .

Il est temps de se libérer non seulement d'une politique économique mauvaise, mais aussi d'un cadre de pensée général.

En effet, il existe des exemples de croissance économique réalisée dans le respect des équilibres sociaux, sans inégalité excessive. Cela est lié aux habitudes culturelles et de civilisation. Par exemple en Corée du Sud.

Il faut comprendre que pour modifier les modalités de croissance, il faut modifier les repères culturels. Israël a un patrimoine culturel qui lui est propre. S'il est capable de remettre en question la sous culture américaine qui le conditionne, le passage à une économie plus juste sera plus facile.

*Brigitte ULLMO-BLIAH est avocate à Jérusalem et Docteur es Sciences économiques.

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Publié dans Israël

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