« Printemps arabe, hiver islamiste » ? Alexandre del Valle

Publié le par danilette

Les leçons de la victoire des islamistes d'Ennahda aux élections du 23 octobre dernier en Tunisie

La formule est-elle pertinente? Tout dépend ce que l’on entend par islamiste. Si l’on définit par là les mouvements terroristes ou totalitaires se réclamant de l’islamisme radical salafiste (dans le monde sunnite) ou de la révolution islamique iranienne (chiite), « l’hiver islamiste » n’est pas nécessairement l’expression appropriée, en tout cas pour la Tunisie, où les anti-islamistes veillent au grain (car le parti Ennahda, qui vient de remporter les premières élections libres tunisiennnes, le 23 octobre dernier, devra composer avec eux).



L’expression peut paraître également inappropriée en Egypte, où une alliance a déjà été scellée entre les Frères musulmans, qui ont là aussi le vent en poupe, et l’Armée, qui accompagne ce mouvement d'islamisation et l'encadre en même temps.



Et a fortiori au Maroc, où l’intelligent roi Mohamed VI a pour l’instant réussi à préserver sa légitimité et son trône face aux révolutionnaires inspirés de l’exemple tunisien, puis à contenir la poussée islamiste radicale en s’appuyant sur les « islamo-conservateurs » soufis, puis ne cédant pas à la tentation périlleuse de réprimer les islamistes du parti de la Justice et du Développement.


 

 

Mais si l'on entend par "hiver islamiste" tout simplement la progression de l'islam politique, la réislamisation des programmes, des discours, des lois, etc, elle désigne une réalité incontournable dans tout le monde musulman: la réponse à une "demande d'islam" généralisée des masses et des nouvelles élites post-coloniales exclues trop longtemps du pouvoir par les dictateurs soi-disant "anti-islamistes".



En ce sens, "l'hiver islamiste" désigne le second moment des révolutions arabes, celui par lequel le dilemme longtemps insoluble: "la peste de la dictature militaire face au choléra islamiste" a été résolu en faveur du "moins pire" des deux phénomènes: la solution islamique, jugée plus légitime, plus "indigène", plus juste, plus sociale, moins corrompue, et, à l'exemple du "modèle turc", plus "démocratique".

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