Quel sens donner à l'ébullition soudaine du monde arabe? par Léon Rozenbaum

Publié le par danilette

Source : http://www.sourceisrael.com/read.php?id=216  

L’entrée en ébullition soudaine du monde arabe a surpris tout le monde en Occident comme d’ailleurs en Israël. Pourtant, depuis des décennies, les caractéristiques des régimes arabes sont inchangées et semblent immuables. Tout le monde parait avoir pris son parti du fait que les Etats arabes et islamiques sont des Etats forts, oligarchiques, aux libertés publiques limitées ou inexistantes. Au mieux, une façade institutionnelle parlementaire permet dans certains cas limités un semblant de vie politique. Le népotisme et la corruption y investissent tout le champ de la société civile et l’armée constitue une branche essentielle du pouvoir. 
En arrière-fond, l’Islam et les islamistes, plus ou moins fêtés ou brimés selon les pays et selon les époques, se profilent comme menace potentielle pour déstabiliser l'un quelconque de ces régimes. Cela a toujours donné aux régimes arabes et islamiques un caractère "volcanique" c'est-à-dire capable d'éruptions soudaines après un long silence apparent, laissant au travail les forces souterraines qui leur donnent une forte dose d'imprévisibilité.

Depuis très longtemps les Etats démocratiques d'Occident voient dans ces pays des débouchés pour leur production industrielle et des fournisseurs de matières premières et d’énergie, sans grand souci de l’état des libertés de leurs citoyens.

L’une des recettes éprouvées des démocraties occidentales pour s’assurer des parts de marché dans les pays arabes a consisté à abandonner progressivement tout sentiment de solidarité démocratique et à lâcher l’Etat d’Israël, dont tout le monde sait parfaitement qu'il constitue la seule démocratie authentique en Asie mineure, puis de condamner de plus en plus systématiquement tous les actes et toutes les abstentions de notre pays. De là, on est passé à l’adoption pure et simple du narratif arabe concernant l’Histoire ancienne et récente au Proche-Orient au mépris de toute vérité historique, puis à la négation des droits nationaux souverains du Peuple Juif dans sa patrie trimillénaire au profit d’une « légitimité » de substitution, ravalant soi-disant Israël au rang de « parenthèse ». Enfin, il serait devenu « moral » de s ’ « indigner » contre les produits israéliens en vente en Europe dans les supermarchés et ailleurs en les vandalisant. Cette pratique renoue avec une tradition purement antisémite que les « Hitlerjugend », les SS et leurs complices ont largement appliquée dans les années 30 du vingtième siècle à l’égard des boutiques et des marchandises juives avant de passer à l'élimination physique d'un tiers de notre peuple. Cela n'étant qu'un "remake" de pratiques immémoriales, de temps à autre, en pays chrétien, poussées au paroxysme. Tout ceci ne constitue que l'un des aspects de la chute morale actuelle de l'Occident. 

Or la révolte tunisienne, puis le mouvement en Egypte, en Jordanie, en Syrie, au Yémen et au Liban, semblent contenir, peut-être, quelques éléments nouveaux : l’utilisation d’Internet et des téléphones portables, les slogans montrant une aspiration irrépressible aux libertés, l’exigence d’en finir avec la gabegie, tout cela semble indiquer que nous pourrions nous trouver en présence d’aspects nouveaux et encourageants de l’évolution du monde arabe.
Qui ne souhaiterait pour cette part importante de l'humanité l'établissement de régimes ouverts, respectueux des libertés publiques, accueillants pour les idées nouvelles, et pour les étrangers, acceptant l'égalité de la femme et qui ne verraient pas dans les non-musulmans des sous-hommes tout juste dignes de brimades et d'impôts discriminatoires et infamants? Qui ne souhaiterait pour ces millions d'hommes une économie décente et créatrice, une santé publique, une alphabétisation, une créativité scientifique et artistique digne du vingt et unième siècle? Qui ne souhaiterait la fin des innommables mutilations pénales, des égorgements et pendaisons publiques, des lapidations de femmes soi-disant adultères? Qui ne souhaiterait que les Arabes et l'Islam aient enfin par rapport à l'altérité, l'autre, l'étranger, le différent, un sentiment qui ne soit ni la peur, ni la haine, ni la jalousie?

Le réalisme et la simple observation honnête des faits imposent toutefois d’immenses précautions. M. Netanyahou a fort justement fait remarquer qu'un mouvement populaire spontané a toutes les chances d'être récupéré par des forces politiques réellement organisées. Les exemples historiques abondent: de la Révolution libérale de Kerenski dans la Russie tsariste en 1917, confisquée pour 73 ans par les Bolchéviques remarquablement organisés, au renversement populaire du Shah d'Iran qui fut détourné à leur profit par les Ayatollahs il y a déjà une trentaine d'années, pour constituer un régime parmi les plus durs et les plus agressifs. Rien ne garantit qu'un renversement du régime de M. MOUBARAK n'entraine en dernière analyse une prise de pouvoir par les "Frères Musulmans", principale force politique d'opposition organisée, pour plonger l'Egypte et toute la région dans un maelstrom rétrograde de violence renouvelée. 
Il est plus que légitime de la part d'Israël de craindre que le traité de paix israélo-égyptien qui, bien que ne fonctionnant pas de façon idéale, a permis depuis trente ans des relations diplomatiques presque normales entre les deux Etats et a grandement contribué à la stabilité, ne soit menacé par un pouvoir nouveau bien plus radical sur les rives du Nil où vivent 85 millions d'habitants dont beaucoup sont mal nourris et peuvent être facilement fanatisés. 
Le monde arabe est-il en train de tourner le dos à l'Islam fanatique ou bien est-ce juste le contraire? Rappelons que l'Islam a pour programme déclaré d'étendre l'obéissance au D.ieu unique sur toute la terre selon sa propre interprétation. Or celle-ci entend que l'idée de la liberté de l'Homme est sacrilège. Depuis ses origines, l'Islam confond l'obéissance religieuse et l'autorité de l'Etat. Il y a donc antinomie fondamentale entre Islam et démocratie. Celle-ci pourra peut-être un jour être dépassée au prix d'un sérieux "aggiornamento" de l'Islam lui-même. Sauf quelques exceptions de quelques individus aussitôt menacés de mort, c'est plutôt la tendance inverse, à l'enfermement têtu dans des principes obsolètes et à l'activisme missionnaire, d'ailleurs couronné de succès, que l'on distingue. 
Il est très surprenant de constater l'incompréhension radicale de la presse occidentale et d'ailleurs du chef de la principale puissance de l'Occident, le président des USA Barak Obama, par rapport à cette problématique. Au total, Obama méprise ses alliés et ménage ses ennemis qui se rient de lui, affaiblissant ainsi son pays et l'Occident tout entier.
Mais comme toujours, c'est très vite vers l'Etat d'Israël que convergent les critiques et les accusations. Ceux qui parmi nous n'ont pas perdu la mémoire connaissent bien le syndrome popularisé par Goebbels :"Die Juden sind unser Unglück" (les Juifs sont notre malheur)! 
Le paradoxe de la situation actuelle semble bien être d'encourager tant le monde arabe que l'Occident a bien comprendre qu'ils doivent définitivement changer de direction: ni les Juifs ni l'Etat juif souverain ne leur serviront plus jamais, sans qu'il leur en coûte, de bouc émissaire. La puissance spatiale possédant des potentialités nucléaires et autres que nous sommes, sera en mesure de faire face seule à toutes les menaces radicales. La puissance aujourd'hui ne se mesure pas uniquement au chiffre de la population ni à l'étendue du territoire, qui restent cependant des facteurs importants. 
Les Etats arabes du premier cercle autour d'Israël, sauf le Hezbollah et le Hamas semblent bien avoir compris cette nouvelle donne. Il est grand temps que l'Occident révise enfin sa politique arabe, cesse de rêver à la démocratisation immédiate d'Etats structurellement attardés, ne lâche pas ses véritables alliés en leur sein, et surtout ne croie plus qu'il suffise de faire payer Israël en coups bas et en territoire, pour s'attirer de juteux contrats et les bonnes grâces des Arabes dont beaucoup sont bien plus fins et réalistes que ce que les dirigeants occidentaux semblent l'imaginer. 

*Me Léon ROZENBAUM est avocat à Jérusalem et Président d'Honneur de l'UNIFAN (Association de Immigrants de France et d'Afrique du Nord)

Publié dans Léon Rozenbaum

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