Rafle du Vel d'Hiv : les dernières lettres de Marie Jelen

Publié le par danilette

Sources : www.charlie-bravo.net et http://d-d.natanson

A Paris, le 16 juillet 1942, lors de la "Rafle du Vel d'Hiv", Estera Jelen et sa fille Marie, âgée de 10 ans, sont arrêtées par la police française. D'origine polonaise et domiciliées 58, Rue de Meaux, dans le 19ème Arrondissement, elles sont emmenées rue Nélaton et regroupées, avec plus de 8'000 autres personnes juives, sur les gradins du Vélodrome d'Hiver.

Icek, le père de Marie, jadis tailleur dont la boutique fut fermée en raison du statut des Juifs leur interdisant de détenir leur propre commerce, échappe à la rafle car il se trouve dans les Ardennes, où il travaille comme ouvrier agricole. Le 19 juillet, Estera et Marie font partie d'un contingent de détenus envoyé dans le Loiret, plus précisément au camp de Pithiviers (d'autres iront dans celui de Beaune-la-Rolande).

Douze jours plus tard, Estera, comme tant d'autres parents, est séparée de force, et dans l'horreur que l'on peut imaginer, de son enfant et embarquée dans le convoi no. 13, à destination d'Auschwitz. Marie reste seule. Elle ne reverra plus jamais ses parents. A l'arrivée en Pologne, les 1048 déportés, tous des adultes, sont immatriculés (et tatoués à l'encre bleue du camp d'Auschwitz), ce qui signifie qu'ils vont pouvoir travailler. Le reste sera immédiatement gazé. On ignore quand et comment Estera va mourir (de fatigue, de faim, de maladie, abattue ou sélectionnée pour une mise à mort dans une chambre à gaz), mais tel sera son destin…

 

Dans le camp de Pithiviers, Marie, comme beaucoup d'autres enfants, tombe malade. Elle est d'abord atteinte par la scarlatine, puis par la varicelle. Faible et intransportable, elle échappe ainsi aux deux autres transports qui vont quitter, le 3 et le 8 août (convois no. 14 et 16), Pithiviers pour Auschwitz. Malheureusement, elle ne pourra échapper à celui du 21 septembre, convoi no. 35, le dernier partant directement des camps du Loiret.

Le train met deux jours pour arriver en Haute-Silésie. Plus de 150 hommes sont débarqués à Kosel (sous-camp d'Auschwitz) pour y travailler et, à Auschwitz même, 65 hommes et 144 femmes subissent le même sort. Le reste du convoi, dont fait partie Marie (il y avait à bord, 163 enfants et adolescents de moins de 18 ans) est immédiatement gazé.

La maman de Marie était-elle encore en vie ce 23 septembre 1942? A-t-elle vu son sa petite fille arriver et être dirigée vers les chambres à gaz? Nul ne le sait.

Pas même leur mari et père. Ce dernier, en 1943, quitte les Ardennes pour la Dordogne, via Paris, où il se met à la recherche de sa femme et de sa fille, bien entendu sans succès. Plus tard, il se remariera et aura un fils.

C'est celui-ci qui, à la mort de son père, trouvera dans son portefeuille les lettres qu'il avait reçues de Marie, alors qu'il travaillait à Frenois, dans les Ardennes. Sept lettres émouvantes d'une petite fille à son papa, la première envoyée du Vel d'Hiv, toutes les autres du camp de Pithiviers…

 

Marie JelenLa petite Marie Jelen, qui se préparait à fêter son 11ème anniversaire (Elle était née le 20 octobre 1931) est morte gazée à Auschwitz, le 23 septembre 1942.

Voici la lettre que la petite Marie Jelen adresse le 18 septembre 1942 du camp de Pithiviers à son père :

La dernière lettre de Marie Jelen Mon cher papa


Il y a très longtemps que je n'ai t'aie pas écris parce que j'attendais la permission d'écrire des lettres. tu va pouvoir m'envoyer une réponse dans l'autre enveloppe. je voudrais si tu peux que tu m'envoie ma photos celle de maman et la tienne. il y a très longtemps que je ne t'ai pas vu. j'espère que je te reverrais bientôt. essaie de me faire sortir ainsi je serais avec toi, ici je perds toutes mes forces. J'ai beaucoup maigris, je suis encore malade, j'ai attrapé une autre maladie, la varicelle, il y a des gens qui disent qu'on va libérér les enfants qui ont moins de 16 ans. j'espère que j'aurai la réponse le plus tôt possible. Sois en bonne santé, surtout ne tombe pas malade comme moi je fais. ne t'ennuie pas comme moi car je pleure souvent en pensant à toi. 

Ta petite fille qui t'aime et qui t'embrasse bien fort

   

Un portrait de Marie, reconstitué d'après la photo très abîmée figurant en tête de page

dernière mise à jour 00:55

Publié dans Shoa

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article