Réponse de l'Abbé Arbez au dernier article d'Arnold Lagémi

Publié le par danilette

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En guise d’écho amical à la lecture juive de l’étude de l’abbé Arbez ", d’Arnold Lagémi :

Prenons comme préalable à tout échange de vues l'acceptation respectueuse de nos différences respectives dans l'expression de foi. « La foi de Jésus nous unit, la foi en Jésus nous sépare », disait Shalom Ben Chorin. Je suis conscient du fait que pour les Juifs, mais de manière parfois diversifiée, Jésus est un Juif qui n'est qu'un homme.

Il n'y a donc pas de sous-entendu polémique à ce sujet envers les Juifs dans mon article, écrit essentiellement pour conscientiser des chrétiens et les sortir de l'amnésie antijudaïque.

Mais il existe aussi des Juifs qui, comme aux USA (déclaration Dabru Emet de 175 rabbins et théologiens juifs) sans croire à la « divinité de Jésus » reconnaissent en lui une grande figure du judaïsme, et pourquoi pas un écho significatif de la sagesse juive en laquelle D.ieu s'est maintes fois exprimé.

En ce qui concerne le terme « accomplir ». Il est souvent mal compris, y compris par les chrétiens. Jésus accomplit la Loi de Moïse par son témoignage. Il ne vient ni la périmer, ni la surpasser. Il en donne une réalisation à sa manière, selon son enseignement, de façon non exclusiviste, et je pense sincèrement que c'est une voie qui ne veut rien enlever à la voie du judaïsme rabbinique de l'an 90. L'antagonisme qui s'en est suivi est historiquement plus conjoncturel que structurel.

L'annonce de l'évangile qui se veut « universelle » provient de Juifs disciples de ce Jésus, ils n'ont pas exprimé de prétentions sur le monde à la manière des conquistadors, mais ont plutôt pris le relais de ces annonces bibliques où il est écrit que les valeurs du judaïsme feront du bien à tous les hommes puisqu'elles sont libératrices des idolâtries et qu'elles concernent tout l'humain. Il n'y a aucune annexion à y déceler.

Cela dit, je comprends la logique des rabbis réunis en exil à Jamnia en 90, pour définir les critères du judaïsme par rapport aux « minim » les dissidents de diverses obédiences. Le Shemone Esre témoigne de cette préoccupation envers des gens qui brouillent les cartes de l'époque, qui en fait sont tous des Juifs en désaccord entre eux à cette étape, mais dans un contexte terrible avec les pressions romaines, facteurs de divisions entre fils d'Israël.

Je ne critique pas le choix des rabbins d'avoir fait ce qu'ils estimaient devoir faire en fonction des difficultés considérables qu'ils affrontaient. L'Eglise reconnaît d'ailleurs la légitimité de la Tradition du judaïsme vivant et encourage même les catholiques à découvrir avec respect ce que les Juifs expriment de leur propre spiritualité.

Dans un organisme vivant, il y a toujours des éléments gardiens pour résister aux anticorps et assurer la cohérence, et des éléments dynamiques plus centrifuges qui cherchent à développer vers l'extérieur. C'est l'homéostasie des deux qui assure la marche en avant de l'ensemble. Les circonstances historiques complexes du 1er siècle ont voulu que cela aboutisse plus tard à un schisme. Puis à des oppositions cruelles par la suite.

Pour ce qui est de Jérusalem, il n'y a pas de prises de position « officielles » d'Eglise qui veuillent retirer à Israël quoi que ce soit. Le document romain qui fait foi sur le sujet laisse la définition d'un statut ouvert, entre les mains des négociateurs concernés.

Les autres prises de position anti-israéliennes genre Michel Sabbah ou autres hiérarques locaux ne sont pas le reflet de l'Eglise officielle, en tout cas pas du Magistère à Rome.

Comme je l'ai écrit personnellement dans la compilation « Raison garder » éditée par Shmuel Trigano, je suis - vu l'évolution des deux Palestines (Hamasland et Fatahland) et la pression islamiste grandissante dans la région - pour que Jérusalem reste sous autorité israélienne, ce qui garantira à tous le libre accès aux Lieux saints respectifs. Quant à son identité recouvrée, Jérusalem est capitale d'Israël, c'est historique, biblique, spirituel et politique !

En conclusion, je ne pense sincèrement pas qu'il y ait une once de prosélytisme dans mon texte « « Le salut vient des Juifs ! ». Ou alors je suis comme M. Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, et c'est à désespérer de tout dialogue si un catholique ne peut qu'être subrepticement, congénitalement, prosélyte envers les frères aînés ! (Quel manque d'esprit de famille !)

Avec mes cordiales salutations aux lecteurs(trices) de cette petite méditation en dialogue,

Abbé Alain René Arbez, Genève.

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Publié dans Monde chrétien

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