Romney trébuche sur la politique étrangère par Daniel Pipes

Publié le par danilette

http://fr.danielpipes.org/blog/2012/10/romney-politique-etrangere

Version originale anglaise:Romney Stumbles on Foreign Policy
Adaptation française: Anne-Marie Delcambre de Champvert

Le dernier débat présidentiel s'est axé, de façon disproportionnée, sur le Moyen-Orient. Quatre des six sections furent consacrées au Moyen-Orient, seulement deux à d'autres sujets (un sur le rôle des USA dans le monde, l'autre sur la Chine). L'Egypte a été mentionnée 11 fois; la Libye, 12 fois; l'Irak, 22 fois; le Pakistan, 25 fois; la Syrie, 28 fois; l'Afghanistan, 30 fois; Israël, 34 fois ; et l'Iran 47 fois. En revanche, la crise européenne ne fit l'objet d'aucune mention, pas plus que ne furent mentionnées l'Inde, l'Allemagne, le Canada, le Mexique, le Venezuela, le Brésil ou l'Australie.

Barack Obama a toujours été faible dans le passé sur la question du Moyen-Orient, mais on ne pouvait pas le savoir en écoutant le débat, où Mitt Romney n'a pas tari d'éloges sur les réalisations d'Obama («C'est merveilleux que la Libye semble faire des progrès»), il a été d'accord avec Obama plus qu'il n'a été en désaccord avec lui, et il a rarement souligné ses défauts. On peut supposer que Romney a adopté cette approche pleine de douceur pour établir son amabilité, sa compétence et son aptitude à servir en tant que commandant en chef.

Expressions du troisième débat des candidats à la présidentielle, axé sur la politique au Moyen-Orient.

Lorsqu'on l'interrogea sur l'Egypte, Romney a dévié vers la nécessité d'une économie américaine vigoureuse. Lorsqu'on l'interrogea sur le rôle des Américains dans le monde, il a vanté les réalisations des élèves de 4e année dans le Massachusetts pendant son gouvernorat. Peut-être son insistance à revenir sur l'économie lui gagnera les indécis difficiles à atteindre, mais il a laissé le spectateur que je suis, frustré.

Le thème de la Libye fut la grande surprise de Romney et son occasion manquée. A une question vraiment facile posée à propos des erreurs commises à la suite de l'attaque de Benghazi le 11 septembre 2012, il a parlé de meilleure éducation, d'égalité des sexes et d'autres objectifs louables - mais il a ignoré la possibilité d'établir que l'administration d'Obama n'était pas seulement incompétente mais engagée dans le truquage. Le plus atroce, Romney a félicité Obama pour s'être débarrassé d'Oussama ben Laden, sans faire remarquer que cela fut un bienfait limité, car Al-Qaïda avait encore la capacité d'attaquer et de tuer des Américains à Benghazi.

En termes de politique, Obama a fait des déclarations sur l'Iran dignes d'être mentionnées: «Tant que je suis président des Etats-Unis l'Iran n'obtiendra pas d'armes nucléaires .... Un Iran nucléaire est une menace pour notre sécurité nationale, et c'est une menace pour la sécurité nationale d'Israël .... Nous allons prendre toutes les options nécessaires pour s'assurer que [les Iraniens] n'ont pas l'arme nucléaire». Curieusement, Romney a répondu avec un programme détaillé d'actions (comme inculper Ahmadinejad en vertu de la convention sur le génocide), mais il n'a pas fait de semblables déclarations d'intention.

Comme ces sénateurs qui votent à gauche pendant six ans, puis qui ensuite font campagne comme modérés pendant la saison électorale, Obama s'est présenté dans ce dernier débat et dans l'autre comme profondément différent du président qu'il a été. Quelqu'un qui ne connaît pas bien son idéologie et son passé ne saurait comprendre tout le dégoût qu'il a pour des Etats-Unis puissants. Il est apparu comme un nationaliste, faisant des déclarations patriotiques vigoureuses(«J'ai dit que si j'avais eu ben Laden en ligne de mire, j'aurais tiré ce coup de feu »), s'exprimant avec une douce éloquence, et se montrant à l'aise et maître de lui. La question est, combien de personnes vont se laisser berner par cette performance?

Mise à jour du 23 octobre 2012:Après avoir été critiqué par certains pour ma réponse au deuxième débat , il pourrait s'avérer utile d'expliquer ce que j'entends faire ou ne pas faire dans ces analyses.

  • Bien que favorable à Romney, je ne milite pas pour sa campagne. J'écris pour exprimer ce que je pense sincèrement et je présume que c'est ce que les lecteurs attendent de moi.
  • Mon opinion se concentre sur la dimension Moyen-Orient du débat, plutôt que sur son impact possible sur la course à la présidentielle. Peut-être que ce débat a arrêté l'élan de Romney, peut-être que ce ne sera pas le cas. Mais ce n'est pas mon sujet.

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