Silence du monde sur les massacres de Musulmans, Paul Marshall *

Publié le par danilette.over-blog.com

Sur le Boston Globe, article paru le 13/10/2003

www.boston.com/news/globe/editorial_opinion/oped/articles/2003/10/13/world_silence_over_slain_muslims/

La feuille de route est mise en pièces au grand tourment de Washington et du monde entier. Les pourparlers de paix de Machakos qui visent à mettre un terme à la guerre civile du Soudan sont aussi dans une impasse, ils concernent une guerre civile qui a provoqué 2 millions de morts depuis 15 ans, pourtant la réponse de Washington et du reste du monde est le silence. Ce qui perpétue un schéma dans lequel le conflit israélo-palestinien, avec un total de victimes bien inférieur à celui des dix conflits actuels les plus meurtriers, bénéficie d’une bien plus grande attention internationale que tous les autres réunis.

 

 Un officiel de haut rang de l’Autorité palestinienne en délégation à Washington a loué l’idée d’une intervention américaine au Libéria, mais il a ajouté que cette question était mineure par rapport à la question palestinienne. Il se peut qu’il ait raison, mais cela n’est pas aussi évident qu’il le dit. Après tout, bien plus de Libériens que de Palestiniens ont été tués depuis 10 ans, outre que des millions de personnes ont perdu la vie au Congo.

 

Si nous considérons le nombre de tués dans le seul monde musulman, la disproportion de l’attention est stupéfiante. Saddam Hussein est probablement le plus grand meurtrier de musulmans dans l’histoire, mais il a été perçu comme un héros dans une grande partie du monde. Le front islamique national du Soudan a surtout tué des chrétiens et des animistes, mais également des centaines de milliers de musulmans, parmi les ethnies Beja, Fur, Massaleit, Tama et Nuba. Ses milices ont également réduit en esclavage de nombreux musulmans.

 

En Algérie, les groupes armés islamistes [GIA] ont tué plus de cent mille musulmans en dix ans. En Tchétchénie, cent mille personnes ont été tuées, ce qui correspond à un dixième de la population, et près de la moitié de celle-ci a été déplacée. En Afghanistan, les Talibans et leurs alliés d’Al-Qaida ont tué des milliers de Chiites. En Mauritanie, des dizaines de milliers de musulmans ont été asservis. Quelques milliers de plus ont été tués dans le conflit du Cachemire et dans les guerres civiles du Libéria, de la Côte d’Ivoire et de la Sierra Léone. Quelques dizaines de milliers d’autres ont été tués au Nigeria et en Indonésie. Au début des années 90, la junte de Birmanie a chassé du pays plus de 250.000 personnes appartenant à l’ethnie musulmane Rohingya. En Inde, l’année dernière, quelque deux mille musulmans ont été massacrés à Gujarât, certains ayant été éviscérés et brûlés vifs tandis que la police assistait au massacre, ou s’y joignait.

 

Pourtant, ces évènements sont passés sous silence, même dans la majeure partie du monde musulman. Et pendant ce temps, les responsables de beaucoup de ces atrocités siègent aux Nations unies et condamnent ce qui se passe en Cisjordanie.

 

Evidemment, l’importance d’un conflit ne se résume pas à des critères humanitaires. Le conflit israélo-palestinien est à la une de nos journaux parce qu’il concerne des forces armées importantes, des pays producteurs de pétrole et le spectre des armes nucléaires. Pour les Juifs et beaucoup d’autres, la clé de compréhension est le fait qu’il y ait un seul Etat juif dans le monde, le seul dans lequel ils pourront se sentir en sécurité s’ils le contrôlent. Pour une minorité d’évangélistes, ce conflit est central, car il illustre les prophéties bibliques et porte les signes de l’apocalypse.

 

Il est facile de discerner la manipulation cynique de ce conflit par des Etats autoritaires spécialement dans le monde arabe. Ces régimes l’utilisent comme un exutoire sûr des frustrations politiques de leurs populations, ce qui permet à leurs dirigeants de détourner l’attention de leurs propres politiques de répression. Les islamistes sont scandalisés, parce qu’ils croient que, quand un pays a été dominé par l’islam, ils ne peuvent jamais y renoncer. C’est pour cela qu’Oussama ben Laden affirme que l’Espagne doit redevenir musulmane. Israël est un exemple bien plus récent d’infidèles qui gouvernent une région autrefois musulmane, et il suscite une horreur plus grande.

 

Mais pourquoi ce conflit draine-t-il tant d’activistes qui en font le problème déterminant du Moyen-Orient et même des politiques mondiales ? Pourquoi cette pléthore de conférences, comités, manifestations, boycotts et campagnes de désinvestissement atteint-elle une telle ampleur qu’elle éclipse toute autre action de protestation contre des souffrances dont l’échelle est pourtant plus importante ?

 

Peut-être l’antisémitisme constitue-t-il une réponse partielle, ou encore l’antiaméricanisme. Mais quelle qu’en soit la raison, son souci essentiel ne peut pas être pour les droits de l’homme, car, bien qu’il y ait bien trop de souffrances dans ce conflit, la situation est bien pire ailleurs.

 

Le fait de placer le problème israélo-palestinien au-dessus de tous les autres a plusieurs effets délétères. Entre autres, celui de radicaliser la vitupération contre Israël. Il fait également naître, parmi les Palestiniens, des espoirs qui ont peu de chances de se réaliser. Enfin, il contribue au silence et à la dérobade face à l’oppression d’autres populations musulmanes, ainsi que d’autres peuples dans le monde entier. Résultat net : tant Israël que le monde musulman souffrent davantage.

 

Traduction française de DEG

© Copyright 2003 Globe Newspaper Company, pour l’original anglais et upjf. org pour la traduction française

* Paul Marshall est membre permanent de la Maison de la Liberté, Centre pour la Liberté Religieuse 

* Note de la traductrice : Selon l’ICT, le bilan des victimes, au 18 octobre 2003,
s’établit à : 2436 Palestiniens et 864 Israéliens tués.
Voir : www.ict.org.il/casualties_project/stats_page.cfm

Mis en ligne le 29 octobre 2003 sur le site www.upjf.org

Publié dans Terrorisme - Djihad

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