Sionisme et Justice Sociale Brigitte ULLMO BLIAH

Publié le par danilette

Sionisme et Justice Sociale

Brigitte ULLMO BLIAH* Mardi, 15 Février 2011

tsedekIci même, les familles pauvres se cachent près des frigos vides. Quel intérêt y a-t-il à parler du sionisme ?

Le sionisme et l'économie ont disparu des discours : l'antisionisme, qui aurait dû, de manière négative, remettre le sujet sur la scène publique, a eu l'habileté de l'étouffer, tout simplement. Quant à l'économie, elle ne constitue plus un sujet de discussion depuis que le système ultra libéral fait l'unanimité.

Cette double absence a une signification qui se situe dans le rapport entre ces deux domaines. En effet l'antisionisme et l'économie ultra libérale ont pour objectif commun l'affaiblissement de l'Etat, le premier par la destruction de sa raison d'être, la seconde par la réduction systématique de son champ d'action.

Tous deux ont participé à la dissolution de la solidarité sociale, la première par la destruction du lien social que représente un idéal commun, la seconde par le désengagement de l'Etat en matière de protection sociale.

Ce n'est pas un hasard si antisionisme et libéralisme travaillent de concert : l'un et l'autre visent à une société atomisée en individus dont les droits ne trouvent leur limite que dans les droits de l'autre. Dans ce système, tous les individus sont égaux et pareils, tous ne pensent qu'à maximiser leurs profits dans un monde qui n'est qu'un vaste marché où tout s'achète et tout se vend. Ce marché n'a ni frontières ni histoire.

Le sionisme n'a pas disparu parce qu'il serait ''ringard''- comme le soutient Monsieur Lagémi-. On l'élimine parce qu'il renvoie à ''Sion'', lieu géographique témoin de l'histoire, et symbole du Peuple juif.

Contrairement au discours officiel de l'antisionisme, son objet n'est pas de dénoncer certains évènements au nom de la morale, mais de supprimer ce qui représente un anachronisme dans le monde du grand marché.

Le sionisme doit absolument être préservé : il contient le mot ''Sion'', et à Sion, il faut rester attaché. Mais il y a plus encore : Toute l'histoire du Peuple juif consiste à redonner vie et nouveauté à de l'ancien , ainsi du texte biblique infiniment renouvelé, ainsi du renouveau de la langue hébraïque.

C'est pourquoi il faut réinventer le sionisme, tout en lui restant fidèle. Une telle démarche aurait le mérite de susciter une réflexion approfondie et systématique sur le mode de vie de notre Etat.

Or il se trouve que les questions économiques sont au centre de notre société : elles constituent l'essentiel des préoccupations des politiques, comme des individus. Et cependant, une réflexion sur la production et de la répartition des richesses est absente des discours.

On parle d'augmentation, puis de diminution des prix, mais tout ceci se situe dans le cadre de ce qu'un ministre a défini comme la ''sensibilité sociale''.C'est à dire de charité. Or ce mot est absent de la réflexion juive sur les questions économiques, qui parle de justice sociale, laquelle constitue un impératif, et non une délicatesse.

On voit bien que sur la question de la répartition des richesses, la tradition juive a son mot à dire. C'est la raison pour laquelle une des pistes essentielles du renouveau sioniste est une approche de la société israélienne à partir des sources juives, afin de susciter de nouvelles interrogations, et des projets nouveaux.

Créer une société modèle, une société plus juste, c'était déjà le sionisme de Théodore Herzl !

*Brigitte ULLMO BLIAH est Avocat à Jérusalem

Publié dans Israël

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article