Sur le viol, la culture de la honte et les interviews radio, Mordechai Kedar

Publié le par danilette

Voici la réponse que je vous avais promise dans l'article La chasse aux sorcières contre le professeur Kedar a commencé en vous informant du harcèlement subi par le professeur Kedar : "J'apporte mon soutien au professeur Kedar et bravo à Angelo Pezzana pour cette mise au point, je vais traduire plus tard la réponse reçue ce matin du principal intéressé, Mordechai Kedar. Suite à un article de mauvaise foi du journal Haaretz, une rumeur, telle que vous pouvez la trouver en tapant sur google s'est propagée, ex : 'Un universitaire israélien préconise de violer les mères et soeurs des combattants palestiniens'."

Réponse traduite en italien sur le site : www.informazionecorretta.com

Je n'ai pas pris le temps de traduire cette réponse et je mets donc en ligne l'article publié sur dreuz.info


Source dreuz. info : sur le viol et la culture de la honte dans le monde musulman, traduit par M. Thomas W.

 

Avant de commencer à écrire, je veux préciser que, moi, Docteur Mordechai Kedar, du Département d'arabe de l'université Bar-Ilan, je suis un féministe convaincu, un fait qui sera attesté par tous mes étudiants arabes et juifs, jeunes gens et jeunes filles, qui participent au séminaire Questions du genre dans le monde islamique, et pour moi c’est plus important que le sujet qui nous occupe.

Il doit être clair que je suis absolument opposé à toute forme de violence envers les femmes, et assurément aux violences à connotations sexuelles. Un viol est un viol, c’est une transgression morale, légale et inhumaine qui est interdite dans toutes les situations et dans tout type de différend, qu’il soit national, religieux, ethnique, économique, familial, personnel – tout cas de figure. Mon avis personnel est qu’un violeur doit être castré par moyens chimiques ou autres de manière à protéger le public.

Je n’ai certainement jamais appelé, et je n’appellerai jamais, ni ne recommanderai à aucune nation – et sûrement pas à mon Israël bien-aimé – de faire usage du viol pour régler un problème, touchant la sécurité ou un autre domaine. Tout Etat dans le monde doit adhérer aux règles du Droit et de l’éthique conformes aux accords internationaux reconnus et au Droit international.

Cela peut paraître bizarre pour moi de le dire, et évident pour qui me connaît, allons donc au nœud de l’affaire de façon à ce que le lecteur comprenne la raison des paragraphes précédents.

Le Proche Orient est le théâtre où évoluent de nombreuses cultures différentes dont beaucoup conservent à un certain point les traditions et les us et coutumes qui les ont caractérisées tout au long de leur histoire. A la différence de nous autres, la plupart des peuples qui vivent au Proche- et Moyen-Orient – même en tenant compte des réfugiés syriens, irakiens et palestiniens – n’ont pas subi ce genre de migrations qui détruit une culture ancienne et, dans de nombreux cas, les cadres traditionnels qui les ont accompagnés tout au long de leur histoire –tribus et familles élargies (hamoulot), sont toujours en vigueur et parfaitement vivaces de nos jours.

L’une des pierres angulaires de la vie tribale est la “culture de la honte ». Je recommande au lecteur à ce propos d’être attentif à ce qu’écrivent là-dessus les chercheurs arabes et non arabes, aussi bien qu’à ce que l’homme de la rue, au Proche ou Moyen-Orient, peut dire sur la « thaqafat al-qib » (la culture de la honte), ainsi qu’à la façon dont elle affecte tous les cercles de la vie de l’individu, de la famille, de la famille élargie (hamoula) et de l’État.

Le principe régulateur de cette culture est qu’un homme doit s’abstenir de tout acte qui puisse le déshonorer ou déshonorer sa famille, directement ou indirectement. Il doit s’en tenir à des actes qui ne conduisent pas sa famille à avoir honte de lui.

La pire des hontes qu’un homme puisse éprouver est celle causée par la conduite réputée immorale sexuellement de sa femme ou de sa fille et ce genre de conduite expose celles-ci à des châtiments. Dans de nombreux cas, la punition est la mort, désignée par euphémisme comme « meurtre vengeant la profanation de l’honneur de la famille » ou « crime d’honneur ». Une femme violée jette le déshonneur sur la famille, même si la violence exercée contre elle est indiscutable. Elle devient une « marchandise consommée » puisqu’elle a perdu sa virginité, sa famille fera tout pour garder le secret sur ce viol et éviter l’opprobre. Voir ici.

La loi des pays arabes interdit le viol mais bien souvent les gens n’agissent pas selon les lois d’Etat et préfèrent s’en tenir aux normes de leur propre milieu social quand il s’agit de distinguer le licite et l’interdit.

Un viol fait l’objet de moins d’annonces qu’un meurtre car dans le cas d’un meurtre il y a un cadavre, ou une femme disparaît, ce qui finit par se savoir. A la différence des meurtres, les viols, s’ils ne sont pas suivis d’une grossesse, peuvent être dissimulés pour éviter la honte et sont donc moins connus surtout s’ils ne conduisent pas à une mort par vengeance. On peut se référer à Nawal El Sadawi dont plusieurs livres sont consacrés au thème de la femme dans le monde arabe, notamment « La Face cachée » .

Au Proche et Moyen-Orient, le viol est une arme de guerre et perçue comme l’expression la plus forte de la destruction infligée à l’ennemi. On a beaucoup écrit sur les viols de masse au Darfour, au Soudan occidental, commis en tant que moyen d’humilier et de chasser des populations entières. Il y a eu beaucoup de cas de viols dans la guerre civile syrienne qui a éclaté en 2011, dont les auteurs ont été principalement des tenants du gouvernement au pouvoir qui violaient des femmes et des jeunes filles du camp de l’opposition pour se venger des opposants et les dissuader de continuer le combat (cf Huffington Post, avril 2013).

En 1990 au Koweit, des femmes et des fillettes ont été violées par des soldats irakiens lorsque ce petit pays a été envahi (cf NY Times, décembre 1990).

La Libye de Kaddhafi a utilisé le viol a une large échelle si bien que de nombreuses jeunes filles tombées enceintes ont été assassinées par leurs propres familles pour protéger le clan du déshonneur (cf BBC, juin 2011).

Les forces de sécurité de Moubarak en Egypte ont humilié les jeunes femmes qui manifestaient dans la rue contre le régime en les soumettant à des vexations sexuelles et à des « contrôles de virginité » (cf Al Jazeera, mars 2012).

On peut affirmer qu’à travers tout le monde arabe, les violences sexuelles et les viols font partie intégrante des nombreux conflits qui font voler en éclats le monde arabe. Le viol pendant les conflits est une arme de guerre qui a des effets psychologiques terribles sur la victime et sur sa famille, son objectif est de les soumettre mentalement, de semer l’effroi dans leurs cœurs et de les paralyser militairement. Comme le dit le proverbe arabe, « mieux vaut la mort que la honte », autrement dit je préférerai (faire) mourir plutôt que de me trouver humilié, car le déshonneur dans cette culture est pire que la mort.

Quant à l’interview que j’ai donnée, j’ai été questionné sur les moyens de dissuader un candidat à l’attentat-suicide. Ma réponse laconique et rapide a été celle, tout à fait standard, que l’on donne au Proche-Orient en pareil cas, à savoir que seule la menace de violer la femme ou la mère du terroriste est susceptible de l’empêcher de commettre l’attentat. Il va de soi que je n’ai jamais même laissé suggérer qu’Israël puisse ou doive avoir recours à un tel abus en ce sens. Citer l’usage du viol n’était qu’un exemple pour souligner à quel point il est difficile de traiter avec une telle culture, bien entendu Israël ne commettrait ou ferait commettre des actes immoraux et illégaux de ce type, comme je l’ai dit plus haut.

Si toutefois quelqu’un estimait possible de conclure, à partir de ce que j’ai dit, que je compte Israël parmi les peuples qui se comportent de cette façon, je ne pourrais qu’assumer mes responsabilités et me reprocher moi-même de n’avoir pas été assez clair.

Malheureusement il y a des gens pour exploiter ce que j’ai dit et me vilipender, au Centre Begin-Sadate pour les Etudes stratégiques et à l’Université Bar-Ilan.

Je veux croire que quiconque se livre à cet exercice est motivé par la bonne foi, un surplus de morale et un souci sincère du règne du Droit et de l’image de l’Etat d’Israël, et non par, Dieu nous en garde, une divergence politique ou culturelle avec moi ou l’une quelconque des institutions auxquelles j’appartiens.

© Mordechai Kedar

Publié dans Mordechai Kedar

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