Sur Mohamed Deif et les éliminations ciblées, Vanity Fair 2003

Publié le par danilette

Je poste un extrait d'un très long article paru en janvier 2003 sur Vanity Fair, que j'avais traduit à l'époque, *Israël's payback principle, Margolick, David // Vanity Fair;Jan2003, Issue 509, p40, j'ai coupé l'article qui est extrêmement long.



Le 26 septembre dernier [2002] en fin de matinée, Mohamed Deif [Mohamed Diab al-Masri signifiant l'Egyptien], le chef de l’aile armée du Hamas, le cerveau de nombreux attentats suicides, fusillades, enlèvements, assassinats, et autres actes de terreur qui ont tué des dizaines d’Israéliens au cours des dix dernières années, et l’homme le plus recherché du pays, était finalement dans la ligne de mire. Aucun autre terroriste palestinien n’a échappé aux Israéliens aussi longtemps, il a échappé quatre fois à une tentative d'élimination et à chaque fois il a réussi à s’échapper en s’enfonçant si bien dans la clandestinité que toutes les photos existantes de lui étaient inexploitables. Six ans auparavant, Deif était considéré comme suffisamment important pour que les Israéliens demandent à Arafat de le leur livrer ; « Mohamed qui » ? aurait répliqué Arafat, comme s’il n’avait jamais entendu parler de lui. [...]


Le 26 septembre, grâce sans aucun doute aux renseignements fournis par leur réseau complexe de collaborateurs palestiniens, les Israéliens savaient exactement où se trouvait Deif : assis du coté droit du siège arrière d’une Mercedes jaune, roulant dans le quartier encombré de Cheik Radwan. Non seulement ils l’avaient localisé et avaient marqué son véhicule au repérage laser, ils avaient également un hélicoptère Apache tournant au-dessus de lui à une si haute altitude que Deif ne s’en doutait pas. Aux alentours de midi, un tir de deux missiles anti-tank atteint la voiture qui fut transformée sur-le-champ en une épave tordue et fumante. La nouvelle fut immédiatement transmise au Cabinet israélien, qui attendait dans les anciens locaux de David Ben Gourion à Tel-Aviv. Le Premier ministre Sharon, qui avait approuvé l’opération, réserva son avis, mais le Ministre des Affaires Etrangères Shimon Peres était plus optimiste, « il est déjà mort » dit-il.


Les deux autres passagers de la voiture, les gardes du corps de Deif, eux l’étaient. Quelque 43 passants, y compris 15 écoliers, étaient blessés. Et Deif ? Un film pris immédiatement après,  par une équipe de télévision d’Abou Dhabi, révèle un homme en sang, brûlé mais encore vivant, que l’on retire du véhicule. En moins de quelques heures, les services secrets israéliens apprendront que Deif bien que brûlé et ayant perdu un œil a encore une fois survécu. Il ne fallut pas longtemps à Israël pour se préparer en vue des inévitables représailles. [...]


Pour Israël,  « les éliminations ciblées » sont aussi anciennes que le Talmud qui dit « si quelqu’un s’approche pour te tuer, tue-le d’abord » L’histoire de cet état de 54 ans est émaillée d’actions de ce genre, avec parfois des trésors d’ingéniosité à la James Bond et des actions d’éclat.


Les Israéliens ont toujours été tranquillement fiers de celles-ci et en même temps se demandent s’ils désirent ou s’ils doivent faire de telles actions. Après tout, Israël n’a effectivement pas de peine capitale et n’a exécuté qu’un seul homme : Adolf Eichman, le bureaucrate allemand qui a entassé les Juifs dans des wagons à bestiaux pour les envoyer dans les camps de la mort. [...]


En 1955 le philosophe israélien Yishayahu Leibowitz s’est plaint dans une lettre à Ben Gourion, le Premier ministre israélien, du sort de Palestiniens innocents tués dans des opérations israéliennes. « J’ai reçu votre lettre et je ne suis pas d’accord avec vous » répondit Ben Gourion. « Si je devais mettre en balance tous les idéaux humains d’un coté et la sécurité d’Israël de l’autre, je choisirais la sécurité d’Israël, car s’il est important qu’il y ait un monde rempli de paix, de fraternité, de justice et d’honnêteté, il est encore plus important que nous en fassions partie ». [...] 


Les Israéliens disent qu’ils se concentrent sur les kamikazes eux-mêmes et ceux qui leur préparent les bombes ou leurs commanditaires mais que les arrestations sont toujours préférables. Les prisonniers, surtout les jeunes kamikazes potentiels, craquent facilement et deviennent une source majeure d’informations. Les arrestations, au contraire des meurtres, sont réversibles. Et les arrestations ne produisent pas de shahids (martyrs).


Techniquement, certaines de ces opérations sont éblouissantes, mettant en jeu des objets piégés cachés en pleine vue et dont la mise à feu est télécommandée. Quelque unes impliquent des unités d’élite dans lesquelles des Israéliens se déguisent en arabes, « ils savent comment les Arabes prient à la mosquée, comment ils boivent leurs cafés, comment ils se grattent les testicules », dit un Israélien qui pendant des années a suivi les questions de sécurité. Beaucoup font appel à des technologies sophistiquées comme les drones et les ballons de surveillance de haute altitude équipés de télescopes. [...]

 

Elles peuvent impliquer jusqu’à 200 personnes mais même des opérations qui semblent simples sont étonnamment complexes. « Il faut un hélicoptère dans les airs, il faut au moins deux sources pour vérifier que la cible est bien dans la voiture ; il faut évaluer les dommages collatéraux ; il faut suivre la trace du véhicule qui se déplace ; il faut choisir la position, il faut être sûr que la personne ciblée n’a pas quitté la voiture entre temps, ce qui arrive souvent ; il faut assurer que les agents sur le terrain n’auront pas de problèmes » explique Ehud Ya’ari, qui couvre les affaires arabes pour la 2ème chaîne israélienne et pour le Jérusalem Report.  « chacune d’elles est une mini guerre avec une salle de contrôle. » [...]

 

Dans cette campagne, l’implication du Shin Bet, la version israélienne du FBI, qui fournit à l’armée la plupart de ses informations est au moins aussi importante que celle de l'armée. Equipés de dispositifs d’écoute, les agents et les informateurs qui ont infiltré chaque couche de la société palestinienne (la plus dangereuse cellule du Hamas à Naplouse travaillait sous couvert d’un magasin de vêtements appartenant à un Palestinien employé par le Shin Bet) ont dévoilé une liste importante de cibles, certaines dans la clandestinité depuis des années, d’autres qui étaient supposées être dans les prisons palestiniennes. La plupart du temps, le Shin Bet sait à l’avance quel poseur de bombes est sur le point d’agir, à quel date et quelle est l’origine de la bombe. L’organisation a déjoué des quantités d’attentats, y compris sept durant une période de 10 jours pour le mois d’octobre seulement. Plus de 3000 activistes palestiniens ont été emprisonnés durant ces deux dernières années, y compris 160 kamikazes capturés avant qu’ils n’activent leurs détonateurs. (Israël ne laisse plus désormais de journalistes parler à aucun d’entre eux. Selon Daniel Seaman, le directeur du bureau de presse du gouvernement israélien : "certains d’entre eux avaient dans les interviews fait passer des messages codés. D’autres paraissaient trop héroïques et pouvaient faire des émules. D'autres encore sont experts en manipulation perverse". Selon Seaman, Alfred Hitchcock avait raison : il ne montrait jamais de violence, laissant les spectateurs imaginer quelque chose de bien pire. Je préfère que les gens s’en fassent une image de monstres plutôt que de jeunes défendant une cause » dit Seaman.


Pour un œil américain, le Shin Bet (connu en Israël aussi comme le  Shabak) est extrêmement inhabituel : une agence de renseignements qui fonctionne réellement et, ce qui est encore plus remarquable, ne s’en vante pas, même en privé. [...]


Les assassinats ciblés, dit Ehud Yaari, sont le seul outil vraiment efficace car ils donnent aux terroristes le sentiment de se sentir surveillés, examinés, exposés, déconcertés, sous-expérimentés et vulnérables. Avec les couvre-feu et les démolitions de maisons appartenant aux familles des kamikazes, ces opérations font que des terroristes potentiels reconsidèrent leurs plans. Ce n’est pas parce qu’ils ne veulent pas nous tuer ou qu’ils cessent de nous haïr mais ils y réfléchissent à deux fois ». Même Abdel-Aziz Rantisi, le porte-parole du Hamas reconnaît que le fait de décimer les hauts responsables rendent les choses beaucoup plus difficiles pour les « combattants » du Hamas, du moins jusqu’à ce qu’ils se réorganisent. [...] 


La plupart des américains ne furent pas directement touchés par les évènements du 11 septembre, en dépit du terrible carnage de ce jour-là. Mais le terrorisme affecte chaque Israélien chaque jour. Des Israéliens évitent les autobus ou ne les utilisent pas pour leurs enfants ou roulent en restant à bonne distance de ceux-ci. Ils font leurs courses dans des centres commerciaux parce que la sécurité y est plus grande ou les évitent parce qu’ils ne sont pas sûrs. Ils ne mangent que dans des restaurants avec des vigiles de sécurité (un « service de sécurité » est désormais ajouté à chaque facture comme  contribution à leur salaire) ou bien ils commandent des plats à emporter –et c’est une nouveauté désagréable pour ce pays compulsivement social.


Israël est un petit pays avec moins de juifs que Hitler n’en a tués en Europe. Et quand une tragédie éclate, ce pays où tout le monde connaît tout le monde peut sembler aussi claustrophobe que dans les petites communautés où autrefois vivaient les Juifs d’Europe avant d'être exterminés.  Peu importe le rang ou les privilèges, tout le monde connaît quelqu’un qui a été tué ou estropié. Tout le monde est touché par la plus indicible des tragédies.


Nathan Cherny, un oncologiste que j’ai rencontré à Jérusalem, m’a cité sa propre liste de victimes : Malka Roth, 15ans, la fille d’un de ses amis, tuée à la pizzeria Sbarro. Avi Boaz, 71 ans, le mari d’une de ses patientes, assassiné par les Brigades des Martyrs Al-Aqsa une semaine à peine après le décès de sa femme d’un cancer. Shmuel Gillis, un collègue hématologiste de 42 ans et père de 5 enfants, abattu alors qu’il conduisait pour rentrer à la maison. Eran Picard, le fils de 18 ans d’un autre collègue, tué dans son école à Gaza . Shiri Negari, la sœur âgée de 21 ans de l’un de ses étudiants en médecine, tuée dans l’explosion d’un autobus. Iman Kabha, le camarade de chambre arabe israélien d’un autre de ses étudiants, est mort dans le même autobus. Gal Eisenman, la fillette de 5 ans d’un ami docteur, tuée dans un attentat à la bombe à un arrêt d’autobus à Jérusalem. Puis il y a Jonathan, un patient de Cherny âgé de 19 ans, souffrant d’un stade avancé de cancer. Il n’a pas été tué, mais s’étant trouvé trop près du kamikaze dans l’attentat du centre commercial Ben Yehuda, il s’est retrouvé avec une main pulvérisée et un boulon d’acier dans le scrotum.


Personne n'est protégé ni même le Docteur Cherny qui avait l’habitude de recevoir  des patients palestiniens sans honoraire, de leur donner des médicaments gratuitement et –avant que cela ne devienne trop dangereux- de faire des visites à domicile chez eux en Cisjordanie [Judée Samarie]. Il risque autant qu’un autre d’être pulvérisé par une bombe. Les dangers sont « partout, pernicieux et intolérables » dit-il ; il approuve complètement qu’on tue ceux qui en sont responsables, car « le danger est vraiment réel et malfaisant ». [...] 


Le sionisme promettait aux Juifs, qui ont vécu en danger pendant des siècles, une terre de normalité. Le fondateur du sionisme politique, Théodore Herzl, formulait sa vision célèbre d’une terre non seulement de génies juifs mais aussi de policiers juifs et même de prostituées juives, où les Juifs pourraient vivre comme tout le monde. Pendant les grisantes années 90 des accords de paix d’Oslo, cet objectif semblait être à portée de main. Et avec la paix est venue la prospérité : une culture de loisirs et d’abondance a remplacé graduellement les années de socialisme spartiate.


Désormais, la « normalité » en Israël ne peut survivre que par des moyens extraordinairement anormaux. J’étais là en octobre quand le Général Uri Bar Lev de la police israélienne, dans un exposé à ses collègues, passait en revue l’arsenal de soldats, tireurs d’élite, soldats du génie, policiers, personnels d’hôpital, chiens, détecteurs de métaux, barrages routiers, hélicoptères, matériel pour neutraliser les bombes, bicyclettes, motos, et bus qui lui semblait nécessaire pour protéger d’un attentat, 25 000 scouts se rassemblant dans le square Rabin à Tel-Aviv. [...] 


Désormais Israël contredit Herzl : Comme les récents épisodes terroristes ailleurs dans le monde (Bali et à Moscou) l’ont mis en évidence, ce qui passe pour « normal » en Israël est rapidement en train de devenir normal partout ailleurs. Début novembre, au Yémen, quand un avion prédateur américain élimina un responsable d’Al-Qaïda et cinq  personnes avec lui, les Américains, malgré toutes leurs condamnations antérieures des assassinats ciblés et leurs efforts pour s’en démarquer,  ont appliqué cette même méthode. 


A l’époque du Mandat britannique, un Arabe palestinien avait violé et tué une Juive d’un Kibboutz, puis il avait revendiqué son acte comme un acte patriotique. Des membres du Palmach, le groupe armé de défense pré-étatique, le poursuivirent et le tuèrent. Après la création de l’état en 1948, les opérations continuèrent. Auréolés par le mythe, confus et embellis par les années, les détails de celles-ci sont souvent vagues. Dans une des opérations qui a le plus frappé les esprits, une bombe explosa lorsque l’attaché militaire égyptien ouvrit une biographie du Maréchal allemand Gerd Von Rundstedt. Similairement, dans le début des années 1960, le Mossad –qui au contraire du Shin Bet, s’occupe de renseignements en dehors d’Israël et des territoires occupés- a envoyé des lettres piégées aux scientifiques allemands qui travaillaient sur le programme de roquettes égyptien. Au moins cinq personnes furent tuées.


Encore plus célèbre, sur les ordres de Golda Meir, alors Premier ministre, Israël rechercha systématiquement et tua tous les terroristes responsables du massacre des Jeux Olympiques de Munich en 1972, excepté un ou deux, dans lequel les membres du mouvement d’Arafat, Septembre Noir, assassinèrent 11 athlètes israéliens. [...] 


Quand Arafat et Yitzhak Rabin se sont serré la main sur la pelouse de la Maison Blanche en 1993, la nécessité de l'assassinat politique a sans doute disparu. Egalement aussi, la capacité des renseignements d’Israël dans les territoires occupés ; son réseau d’informateurs a été décimé. Mais comme le terrorisme a persisté et que l’Autorité palestinienne a refusé de poursuivre ceux que les Israéliens rendaient responsables, le Shin Bet a commencé à reconstruire son système d’informateurs.


Dans le domaine des renseignements, ce que le Shin Bet a accompli depuis, est stupéfiant. « Pour les victimes de la terreur et pour la population en général, les attentats suicides semblent imprévisibles », dit Amir Oren, le correspondant des affaires militaires pour Ha’aretz. « Ils semblent surgir du néant ; n’importe qui –le jardinier qui vient juste de vous sourire, le type qui monte dans l’autobus, la fille qui vient juste d’entrer au restaurant- peuvent se révéler être des terroristes. Cela ressemble une catastrophe naturelle difficilement contrôlable. Mais pour les professionnels, qui ont accompli la tache exécrable d’apprendre qui est qui, et quoi est quoi, dans le moindre village de Cisjordanie, dans chaque immeuble des camps de réfugiés de Gaza, quels sont les liens de famille entre les différentes personnes, qui a fréquenté une école religieuse et avec qui, cela ne ressemble pas à une masse de Palestiniens anonymes du tout. »


 

A l’automne 2000, le Premier ministre Ehud Barak –qui jeune membre d’un commando en 1973 se déguisa en femme pour une mission mouvementée à Beyrouth qui tua trois des terroristes du massacre des Jeux Olympiques- a réactivé la politique d’assassinats ciblés. Malgré toutes leurs imperfections, conclut-il, ils étaient le moyen le plus clair, le plus sûr, le plus efficace de s’occuper des terroristes suicides. « C’est quelque chose que chaque gouvernement de bon sens ferait », m'a-t-il déclaré dans un entretien à New York, « il existe deux mauvaises options, l’une c’est de frapper ce type avec ses propres armes, spécialement dans une optique à long terme ou l'autre qui est d'attendre et contempler sa population exploser ». [...]  


Le bureau de l’officier responsable de la presse, le Brigadier Général Ruth Yaron, se trouve dans un bâtiment couleur kaki juste à l’extérieur de la Kirya, le quartier général du Ministère de la Défense à Tel Aviv. Il date du mandat britannique et cela se voit. L’endroit personnifie le peu d’importance que l’armée israélienne a accordé traditionnellement aux relations publiques. Fonctionnel il est vrai mais mal entretenu, avec une vieille chaise jetée sans cérémonie près de la porte d’entrée. Avant, l’armée pensait qu’elle avait d’autres choses à faire que de se vendre au reste du monde, en particulier puisque le monde n’était pas particulièrement réceptif. En haut des escaliers, accrochées n’importe comment à côté d’un arbre en plastique, se trouvent les photos des prédécesseurs de Yaron. Il y a là des personnages basanés et romantiques de l’Exodus ; d’autres ressemblent à des professeurs de l’Université de Chicago. Tous sont des hommes.


Yaron, 45 ans, qui est née en Algérie et est arrivée en Israël à l’âge de 4 ans, est la première femme, la première diplomate et la première civile nommée à ce poste. S’exprimant bien, elle a l’air d’une femme d’affaires et symbolise la reconnaissance tardive par l’armée de l’importance de l’opinion publique après les accusations injustes, portées contre Israël, d’un massacre de Palestiniens à Jénine.

 

Faire accepter l’élimination ciblée, concède-t-elle, n’est pas facile. « Les explications sont complexes, impossibles à faire passer dans un bref extrait d’interview. Les journalistes de télévision reviendront toujours aux pauvres Palestiniens et aux méchants Israéliens. Mais ce qu’ils ne disent pas c’est qu’un "pauvre palestinien" kamikaze peut tuer beaucoup de "méchants israéliens" ».

 

Les Israéliens ne laisseront aucun journaliste être présent au cours d’une opération. A la place, Yaron me met en relation avec Gira Eiland, un général israélien impliqué dans la supervision des éliminations ciblées. Il m’explique que plusieurs conditions doivent être requises. Premièrement, la personne doit être suffisamment importante. Cela veut dire le poseur de bombes ou quelqu’un qui facilite son action ou bien le recruteur ou celui qui fabrique les bombes. Deuxièmement, il faut que l’arrestation soit impossible. Troisièmement, l’élimination doit neutraliser une menace spécifique, en d’autres mots ne pas être le châtiment d’actes passés. Quatrièmement, les Israéliens doivent être surs qu’ils frappent la bonne cible. Jusqu’à présent, insiste-t-il cela a toujours été le cas. (le Groupe Palestinian Human Rights Monitoring, prétend qu’en juillet 2001 les Israéliens ont tué Moustafa Yassin au lieu de Muhammad Yassin et en octobre Mohamed Abayat au lieu de Nasser Abayat. Israël n’a reconnu aucun des deux.) Cinquièmement, dit-il, le risque de toucher des civils doit être bas. Malgré toute la mauvaise presse faite à Israël, au moins 80 pour cent des objectifs n’impliquaient pas de civils du tout. Et sixièmement, c’est la question du timing. Ce qui veut dire qu’une opération ne sera pas poursuivie si cela doit outrager les Américains ou faire la une sur CNN ou sur la BBC. Le général, une personne au ton délibérément posé, a perdu son calme seulement quand je lui ai demandé si certaines éliminations ont en fait provoqué de nouvelles attaques. « Il n’y a pas de rapport entre les deux », répond-il catégoriquement, « ils essaieront de lancer autant d’opérations qu’ils peuvent, quoi que l’on fasse ». [...] 

 

De nombreuses organisations étrangères (Amnesty International, Human Rights Watch, la Croix Rouge Internationale) fulminent contre la politique d’assassinats ciblés. Les Israéliens sont largement défiants. « Notre histoire nous montre que nous sommes toujours jugés avec un standard différent, plus élevé, que nous avons à répondre à des questions jamais posées à d’autres nationalités », dit le Brigadier Général Yaron. Israël dit-elle, est en train de vivre une nouvelle guerre d’indépendance et n’utilise pas un dixième de la puissance en sa possession. « D’autres démocraties ne se posent même pas les questions d’éthique que nous nous posons », dit-elle.


Les critiques et pressions pour plus de modération, me dit un autre général israélien, se sont un peu calmé depuis le 11 septembre et la guerre américaine en Afghanistan. « Nous commençons à avoir plus de marge de manœuvre, dit-il. Ils ont compris qu’il n’y a pas de façon complètement propre de combattre le terrorisme, que c’est une guerre sale, que nous avons à utiliser ces instruments. Nous avons pu prendre plus de risques car nous étions moins inquiétés par l’opinion publique ». 

 

Presque chaque jour apporte son lot de nouvelles arrestations, nouveaux incidents, nouvelles tragédies, nouvelles alertes, 57 alertes en une seule matinée au mois de novembre ! La liste des hommes les plus recherché d’Israël continue à se renouveler : les activistes du Hamas se renouvellent tellement rapidement en Cisjordanie, dit Amos Harel du Ha’aretz que même le Hamas ne peut pas suivre. Alors que les groupes sont écrasés, le danger n’est pas tant détruit que dispersé, en particulier depuis que l’apprentissage de fabrication de bombe est disponible facilement sur Internet et dans des manuels qu’on trouve dans chaque village et dans chaque camp de réfugiés. Chaque fois que les Israéliens relâchent leur pression sur Jénine, Naplouse ou Ramallah, il en sort un émissaire meurtrier. Rien, ni même les prochaines élections israéliennes ne semblent pouvoir changer quelque chose rapidement.


Un responsable israélien m'a dit : « quand chaque jour, vous lisez les rapports des renseignements,  il faut être très fort pour ne pas perdre la raison ».


*Mise à jour le 28/9/14 : merci à l'excellent site http://jcdurbant.wordpress.com/ de m''avoir communiqué la source,  l'article original de Vanity Fair

Publié dans Israël

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