Témoignage du Dr Tawfik Hamid, ancien membre (repenti) d'une organisation terroriste

Publié le par danilette

http://www.debriefing.org/31249.html

Traduction française, par Menahem Macina, de la vidéo ci-dessous

– Sous votre nom figurera le sous-titre, « ancien terroriste », et aujourd'hui, « militant de la réforme de l'islam ». Est-ce exact ?  

 

 

– Je préfère la seconde alternative […] Cependant, c'est exact, j'ai fait partie d'un groupe extrémiste, oui. Mais je n'ai jamais commis de forfait. J'ai arrêté avant d'en venir là. Théoriquement on m'a lavé le cerveau, mais j'ai refusé de poursuivre ce processus et d'aller jusqu'à un niveau supérieur de violence.


– Alors, racontez-nous cela. Parlez nous de votre passé…


– Mon passé est simple. Je suis né au Caire, en Egypte, en 1961, dans une famille très laïque. J'ai développé une motivation pour la religion et pour Dieu, et du fait que cette motivation était très grande, je suis devenu membre d'un groupe musulman. J'ai fait partie de la Djema‘a islamique à la Faculté de médecine, où j'ai rencontré à plusieurs reprises le Dr Aiman al-Zawiri, le numéro deux de la direction d'Al-Qaeda. C'était, à l'époque, un grand dirigeant pour beaucoup de groupes musulmans. Il était issu de cette même Faculté de médecine, et venait donc parfois prier avec nous et nous donner des conférences. C'est ainsi que le chef adjoint d'Al-Qaeda, fut mon mentor personnel. Mon rêve était de servir Dieu, rien de plus. Et ce rêve et ce désir ont été utilisés pour créer, d'une certaine manière, une pensée djihadiste, ou une mentalité qui accepte cette sorte de violence. J'ai voulu aller en Afghanistan et y prendre part [au combat], je voulais commettre des crimes au nom de Dieu.  Mais, Dieu merci, dans les moments critiques, ma conscience  s'est éveillée et j'ai refusé de continuer.


– Qu'est-ce qui vous a poussé à vouloir prendre part à des attentats ?


– Il est fondamentalement certain que c'est ce genre d'éducation religieuse qui a changé ma manière de penser. Ce n'est pas la pauvreté, je suis issu d'une famille aisée. Ce n'est pas le manque d'instruction, j'étais chirurgien orthopédiste, ma mère était enseignante de français. Donc ce n'est pas le manque d'éducation ni quelque chose de semblable. C'était principalement l'éducation religieuse, du genre de celle qui nous apprend à utiliser la violence contre les non-musulmans, ou contre les musulmans qui ne se conforment pas à l'ensemble de nos valeurs.


– Qui était l'ennemi ? L'Occident. Les non-musulmans ? Les juifs ?


– L'Occident, mais spécialement les valeurs des droits de l'homme et de la femme, étaient pour nous l'ennemi principal.. C'est étrange, mais c'était le premier ennemi. Les droits des femmes. C'est pourquoi regardez ce que font les groupes radicaux quand ils ont la domination : la première chose qu'ils font, c'est d'opprimer les femmes. La première chose avant n'importe quelle autre ! Ils défendent aux femmes de sortir, et leur font porter le Hidjab [voile intégral]. Ils oppriment les femmes. Aussi, l'ennemi numéro un n'est pas l'adversaire politique, ce sont les droits des femmes. C'est cela que nous haïssions le plus. L'Occident représentait pour nous le rempart des droits des femmes et c'est pourquoi nous le haïssions.


– Racontez-nous l'événement qui vous a fait dire : « Ce n'est pas ici que je veux être ».


– Après être devenu radical jusqu'à un certain point, j'ai été invité à prendre part à un forfait consistant à enlever un policier et à l'assassiner en l'enterrant vivant dans une tombe. Toute cette idée de creuser une tombe pour un homme encore vivant, à côté de la mosquée, et de l'enterrer vivant, dépassait toute ma compréhension. C'était trop pour ma conscience humaine d'accepter cela. Je comprenais que quelque chose n'allait pas. Et dès lors, j'ai commencé à faire machine arrière, à penser et à développer une autre idéologie, une autre culture pour contrebalancer ce conditionnement extrémiste dans l'étude de l'islam. J'ai commencé à parler dans des mosquées et avec mes camarades. Je n'étais pas connu dans ma Faculté de médecine comme quelqu'un qui a des idées différentes à l'intérieur de l'islam.


– Et comment ont-ils réagi ?


– Au début, la Djema‘a islamiste a tenté de parler de mes idées, afin de me ramener à eux. Mais j'ai refusé, et mes raisonnements et mon analyse de la religion étaient relativement plus forts que les leurs. Mes interprétations étaient relativement plus logiques, et ils ne pouvaient pas venir à bout de moi sur le plan idéologique. Alors, ils ont commencé à me menacer, mais j'ai appris à vivre avec ça, j'ai été menacé à plusieurs reprises, mais j'ai appris à vivre avec. Et je suis toujours vivant ici.


– Et maintenant vous êtes ici en Israël, un pays qui est confronté à une dure terreur depuis cent ans, quel est votre message aux Israéliens et aux Juifs ?


– Mon message à leur intention est le suivant : Vous êtes un grand peuple et dans les temps les plus difficiles de l'histoire des peuples, comme ceux durant lesquels les nazis ont fait périr des juifs dans des fours, vous avez réussi à vous en sortir et à créer un Etat magnifique qui respecte les droits de l'homme. Aussi, ne laissez pas votre pays céder à la barbarie. Combattez pour lui en utilisez toutes les moyens techniques possibles – militaires, éducatifs, idéologiques, psychologiques – pour résister au terrorisme ; et croyez que les gens qui ont édifié cette grande nation sont de grands hommes et qu'ils continueront et qu'ils feront de notre monde un endroit meilleur. Alors, croyez que vous pouvez changer l'avenir.


– Il y a une grande controverse en Israël : faut-il céder pour obtenir le calme, ou lutter avec détermination ?...


– Ne faites jamais de concessions aux extrémistes. Plus vous céderez, plus ils vous attaqueront. Par exemple, quand les radicaux ont attaqué les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie, en 1998, la réaction a été faible. Cela a été perçu comme une concession ou comme de la faiblesse. Et cela a encouragé les extrémistes d'Al-Qa‘eda à attaquer de nouveau les Etats-Unis en 2001, 3 ans après. Et lors de la controverse autour les caricatures de Mahomet [dans les pays scandinaves], les extrémistes n'ont pas manifesté durant quatre mois, et ce n'est que quand le magazine se fut excusé qu'ils ont commencé à manifester. Donc, les concessions sont sans valeur à leurs yeux, ils n'y voient qu'un feu vert et une invitation à vous attaquer encore. D'où le conseil que je vous donne : ne faites jamais de concessions !


– Avez-vous peur ?


– Non.


– Pourquoi pas ? Vous avez dit qu'on avait proféré à votre encontre des menaces de mort.


– Parce que j'ai confiance en lui, le Seigneur, et non en moi ou en ma force. Aussi, je crois que je fais quelque chose de bien, et que je mourrai un jour, et si les radicaux  réussissent à m'assassiner, ils ne feront pas taire ma voix : des milliers de Taoufik Hamidim se lèveront pour leur tenir tête. C'est pourquoi je ne suis pas inquiet


– Au niveau historique, quand vous jetez un regard rétrospectif vers Abraham, Ismaël, et l'histoire des juifs et des musulmans, que voyez-vous ?


– Il est passionnant d'apprendre de l'histoire. Je vois que les relations entre les juifs et les musulmans peuvent connaître un changement extraordinaire, si les enseignants musulmans changent la manière dont ils enseignent. Si bien que la responsabilité nous incombe à nous les musulmans, et non à vous. Je crois que vous avez fait du mieux que vous avez pu, et maintenant c'est à notre tour de faire quelque chose. Nous attendons toujours que les concessions viennent des juifs seuls, et le monde aussi pense de même. Mais maintenant c'est à nous de faire quelques concessions, sinon le problème n'aura pas de solution.

 

© Tawfik Hamid

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