Thuillier again ! Pierre Lefèbvre

Publié le par danilette

http://www.primo-info.eu/

Thierry Thuillier a une tête sympathique de journaliste baroudeur. Il a effectivement présenté des reportages de quelques endroits chauds de la planète, mais sans y rester vraiment. 

Du style de l’envoyé spécial, en vareuse et chaussures de marche alors qu’il descend juste de l’avion de ligne qu’il a emprunté. 

C’est comme spécialiste de l’international qu’il s’est fait connaître. 

Thierry Thuillier est passé par TF1, où il traitait de politique étrangère de 1990 à 1993 puis de politique intérieure jusqu'en 1994. 

À cette date, il part dans le public, pendant quatorze ans à France 2. C’est là qu’il donnera la pleine mesure de son talent. Le magazine « Un œil sur la planète » est un peu son bébé. 

Et c’est là que Primo a fait sa connaissance, dans une émission consacrée à Israël. 

Le sieur Thuiller a commis, en direct, un de ces faux témoignages qui devrait être montré en exemple dans les bonnes écoles de journalisme. 

Du moins, celles qui restent.

C’était en 2004. Primo a dénoncé plusieurs fois cette imposture (voir les liens des articles ci-dessous).

Au printemps 2008, lassé des jeux de pouvoirs sur la chaîne au sein de laquelle il devait se contenter d’émissions secondaires, il accepte la proposition d’I Télé comme directeur de la rédaction. 

Mais le privé n’est pas toujours plus lucratif que le service public.

Ce n'est pas Jean-Luc Delarue ni quelques autres producteurs-animateurs qui ont construit leurs réputations et leurs fortunes éhontées au sein de la télévision publique qui affirmeront le contraire.

Ce n’est donc pas sans un certain étonnement, voire une méfiance certaine, que la rédaction de Primo a appris sa nomination au sein du groupe France Télévision, comme directeur des rédactions de France 2, France 3, France Ô en août 2010.

Plusieurs parmi nous se sont dit qu’il y allait avoir de nouveau des dérapages. Cela ne pouvait pas rater. 

Reportages bidonnés, fausses émissions d’« immersions » de son copain d’école à Sciences Po, un certain David Pujadas. 

Hier soir, 4 octobre 2011, la désinformation patente, accompagnée d’un manque absolu de rigueur journalistique...

Le sujet ? Israël et la Palestine. L'émission porteuse ? « Un œil sur la planète ». Hasard ! 

Le mot « colon » prononcé tous les 5 mots, comme une invocation aux esprits. Comme si Israël pouvait être autre chose ! 

La propagande, disait Jacques Ellul, c’est recréer chaque jour les conditions de l’assentiment. 

Un œil sur la planète est un parfait exemple de cet outil insidieux que des personnages idéologisés et sans aucun scrupule professionnel peuvent fournir au bon peuple. 

Le malheur, c’est que Thuillier, s’il n’a pas directement produit cette émission, a certainement autorisé sa diffusion. 

Il est directeur de la rédaction d'au moins trois chaines de télévision. Cela fait beaucoup pour un seul homme.

Probable scénario

Les équipes de France 2 aux manettes pour la réalisation de cette émission vont crier à la censure en prenant connaissance des réactions qui ne manqueront pas d’advenir. 

Elles se diront que les « ultrasionistes », appelés plus communément les juifs, ne supportent pas un point de vue différent du leur. 

Elles crieront à qui veut bien les entendre que ces pressions sont intolérables et que la liberté du journaliste est sacrée. 

Elles feront pourtant l’apologie de leur travail, citant les mille exemples qui émaillent cette émission. 

Mais justement, les détails ne sont pas des pixels qui forment, une fois rassemblés, une seule image donnant à voir la vérité. 

Dans ce cas précis, et c’est bien le génie de la propagande, ces mille détails restent des détails dans l’esprit du public qui a l’impression trompeuse de ne voir qu’une seule et juste réalité. 

Le malheur, et ce qui doit tous nous interroger, c’est que la propagande se nourrit de l’information, que l’information est le terreau de la propagande. 

Ce qui permet de discerner l’information de la propagande est que l’objet de l’information change, évolue, se complexifie. 

Ici, la situation israélo-palestinienne est présentée comme inchangée depuis 1948. L’information se soumet au dogme, elle devient propagande. 

Pour que les médias fassent honnêtement leur travail , ils devraient également, et à juste proportion, rendre compte de l’évolution des sociétés et des sujets qu’ils prétendent analyser. 

Un œil sur la planète présente une situation figée depuis 60 ans. Les Israéliens n’ont pas varié. Ils sont toujours les abominables colons venus prendre la terre des pauvres palestiniens qui n’ont jamais pu se défendre. 

Jamais cette émission n’a su rendre compte des incroyables évolutions qui ont cours dans les deux sociétés. Prétendu pacifisme chez les palestiniens, outrance violente chez les Israéliens, voici la doxologie en vogue chez nos beaux esprits.

Ce document uniquement à charge n‘est pas de l’information mais une propagande éhontée, et qui a en plus l’impudeur de ne pas se cacher. 

Thierry Thuillier, grand et saint patron de l’information sur le service public, persévère dans cette ignominie qui consiste à perdre tout repère intellectuel chaque fois qu’il est question d’Israël. 

Et il le fait avec la meilleure bonne conscience. Avec lui, les moyens de l’audiovisuel public, les syndicats, les équipes techniques, les correspondants. 

Contre lui, les Israéliens qui ne se reconnaissent absolument pas dans ces caricatures et qui finissent par se demander s’ils vivent dans le même monde. 

Avec lui, les idéologues à la petite semaine qui jouissent, qui poussent des petits cris post-éjaculatoires à chaque fois que le mot « colon » est prononcé. 

Mais on peut toujours se dire que Thuillier aurait pu faire pire. 

Il aurait pu inviter Pascal Boniface et Tarik Ramadan pour le débat, en attendant Loanna et Franck Ribery, tous deux spécialistes incontestés de la politique internationale. 

Pierre Lefebvre
© Primo, 05-10-2011


Sur Primo

Israël, sujet tabou ? 27 février 2004

Les mystifications télévisuelles de Thierry Thuillier 28 février 2004

Lettre à Arlette Chabot 31 mars 2004

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