Toulouse : quand l'idéologie mine le débat, Gilles William Goldnadel

Publié le par danilette

LE FIGARO - jeudi 22 mars 2012
Débats & opinions
Toulouse : quand l'idéologie mine le débat
Gilles William Goldnadel

L'avocat dénonce les interprétations hâtives qui ont été faites après la tuerie à l'école Ozar-Hatorah. 

Nous savons désormais par qui et pourquoi trois jeunes militaires français et quatre membres de la communauté juive de Toulouse dont trois enfants, ont été froidement assassinés.

Depuis la tuerie dans l'école Ozar ha torah, l'auteur de ces lignes a tenté d'attirer l'attention des médias sur le devoir impérieux d'être prudent.

D'autres, plutôt que d'attendre le résultat de l'enquête policière, plutôt que de participer au deuil admirable de la nation toute entière, ont déclaré savoir. Les premiers, au nom d'une organisation prétendument antiraciste mais assurément liée au plus grand parti de la gauche, n'ont pas hésité à incriminer l'extrême droite. Les seconds, qui un tribun populiste pourtant peu économe de ses effets, qui un leader prônant en principe le juste milieu, ont spéculé sans preuves sur le climat d'une campagne électorale parait-il pousse au crime.

Les deux certitudes alléguées n'étaient exemptes ni de préoccupations idéologiques ni d'arrière-pensées électorales.

Pourtant il existait une réalité, incontestable, et assise non sur un parti pris idéologique ou la spéculation intellectuelle mais sur l'expérience historique.

La première était factuelle. Depuis 30 ans, depuis que le sang juif a recommencé à couler en France, celui-ci a été répandu non en raison des menées de l'extrême droite mais en raison d'une haine antijuive fanatique venue du Moyen-Orient ou d'Afrique.

Dans le même temps, et avec le même aplomb, certains avaient, déjà, égaré l'opinion publique en la lançant sur la piste de fantomatiques organisations néonazies. Elles avaient réussi, après l'attentat contre la synagogue de la rue Copernic comme après celui de la rue des rosiers à faire descendre dans les rues de Paris des foules immenses en leur faisant conspuer des spectres imaginaires.

Lorsque, bien après, fut connut l'identité des assassins, il était trop tard pour en tirer une leçon politique.

Et s'agissant de l'assassinat précédé de torture du jeune Ilan Halimi, d'aucuns auront longtemps glosé, ergoté, ratiociné sur le caractère antisémite du crime d'un Youssouf Fofana qui l'a depuis revendiqué fièrement.

Je connais bien les ressorts de ce parti pris idéologique qui sait s'affranchir de toute réalité. Impossibilité de penser le raciste hors du cadre réconfortant de l'occidental détestable et, au rebours, de l'avouer en la personne d'un être forcément sa victime.

Son corollaire, magnifié par la période électorale, entendait interdire au peuple français d'évoquer des thématiques touchant à la défense de son identité ou de sa souveraineté.

Si au lendemain du massacre dans l'école juive, l'auteur de ces lignes avait voulu rappeler combien la détestation obsessive et disproportionnée d'Israël pouvait déchainer d'aveugles ignominies, la même idéologie, avec la superbe dont elle a le secret, lui aurait imposé le silence.

Puissent les récents développements nous faire mesurer la puissance d'un terrorisme intellectuel qui, sans l'efficacité de la police, aurait failli fausser le cours démocratique d'une élection et instrumentaliser une nouvelle fois mensongèrement la douleur des hommes.

 

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