La terrible épreuve du Rav Yehouda Ben Ychaï

Publié le par danilette

L'éditorial de Daniel Haïk sur le site :

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Par dizaines, par centaines, ils pénètrent en silence, au domicile du rav Ben Ichaï et de son épouse Taly, rue Koré Hadorot à Jérusalem. Là, dans ce salon, théâtre de tant de joies familiales, aujourd'hui submergé par la peine de toute une famille, de toute une communauté et tout un peuple. Ils sont venus pour tenter de s'identifier au drame, à la fois pour consoler et se consoler. Parmi eux, de nombreux olim que le rav Yéhouda Ben Ichaï a accompagnés dans les peines et dans les joies en 22 ans de service à la tête de la communauté francophone d'Émouna. Comme Rivka Kohav dont le mari a été assassiné dans Jérusalem et qui s'est remariée, ou encore Claude Lévy dont la mère avait été fauchée à bord de l'autobus 14, il y a sept ans. Ou encore beaucoup d'autres francophones pour qui le rav a toujours été source de réconfort et de consolation. Cette fois, c'est à eux de venir soutenir le rav et son épouse dans leur terrible épreuve. Dans ce salon, la petite Tamar, 12 ans rescapée du massacre, se laisse tendrement enlacer par sa grand-mère. Le neveu des Ben Ichaï, le lieutenant-colonel Golan Wach lit un texte poignant qu'il a rédigé sur les disparus. Dans une chambre attenante, les enfants du rav Yéhouda et de Taly discutent avec leurs amis ou leurs conjoints. Mais d'emblée c'est le rav qui capte le regard : recroquevillé dans sa chaise, presque à même le sol, il pleure. Et en le voyant ainsi, les larmes jaillissent et ruissellent sur les joues.

Que dire à un homme qui vient de perdre sa fille aînée, son gendre et trois de ses petits enfants dans des circonstances aussi horribles ? Dignement, courageusement, le rav Ben Ichaï prend les devants : « Il n'y a rien à dire… Vaïdom Aaron ». Aaron s'est tu en apprenant la mort tragique de ses deux fils Nadav et Avihou... Un silence plein, un silence de douleur, de deuil, mais aussi un silence de émouna, d'acceptation et de résignation face au terrible décret divin, aussi brutal soit-il. À travers ses larmes, accablé par la tristesse, dans les journées les plus sombres de sa vie, le rav Ben Ichaï parvient malgré tout à transmettre ce message de foi inébranlable. « Dis-leur en France », me lance-t-il d'une voix douce et je comprends que c'est ce message de émouna dans l'épreuve qu'il faut diffuser.

Le Rabbi de Kotzk disait dans l'un de ses plus célèbres enseignements qu'il n'y a pas de chose plus entière qu'un cœur brisé. Car seul un cœur brisé renferme la capacité absolue indispensable pour atteindre la plénitude de la émouna. 
Jamais cet enseignement n'est apparu aussi fort qu'en ces journées de deuil qui précèdent celles de Pourim. Jamais ce message n'est apparu aussi puissant qu'en regardant cet homme brisé, mais entier, cet homme qui dans sa douleur reste capable de répondre à la haine par l'amour, au Mal par le Bien et à la mort par la Vie. Et jamais il ne se sera concrétisé avec autant de grandeur d'âme qu'à travers la décision du rav Ben Ichaï et de son épouse Taly d'adopter les trois orphelins rescapés du massacre. 
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