Hommage à Lionel Stoléru z"l : Une symphonie juive

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Remise en ligne d'un article publié le 30/11/2010

Voici la plaquette explicative très intéressante du concert donné le 23 novembre 2010, en création mondiale, à la salle Gaveau à Paris. Il s'agit de l'oeuvre de Lionel Stoléru : une symphonie juive.

"Dans ma vie musicale, j’ai toujours été frappé par le fait que la « Grande Musique » ait été issue de l’Eglise (La Passion selon Saint-Jean, le Stabat Mater, les Requiems, les Messes….) et que jamais rien ne soit venu de la Synagogue, dont les mélodies sont pourtant fort belles.

Cette absence de passerelle s’explique peut-être par le fait que les compositeurs juifs ne se sont pas intéressés à la liturgie et que les « cantors » ne se sont pas intéressés à l’orchestration. Comme pour toute règle, il y a des exceptions, juives et non juives : Ravel et son Kaddish, Max Bruch et Schönberg avec leur Kol Nidré, Ernest Bloch avec Chelomo et sa Suite Sacrée mais, par exemple, ni Mendelssohn, ni Meyerbeer, ni Mahler ne se sont sentis attirés par ce répertoire. La belle Symphonie Kaddish de Bernstein, avec récitant et choeurs, prend appui sur les textes, mais sans rapport avec la liturgie des offices. 

Or, quand on connaît les récitatifs des prières majeures du judaïsme, qu’il soit séfarade, ashkénaze, ou d’Europe Centrale, on est frappé par le caractère éminemment symphonique de certaines mélodies. Il serait d’autant plus dommageable de les ignorer que l’oubli guette beaucoup d’entre elles et qu’il y a un devoir de mémoire pour la préservation de cette partie du patrimoine juif : le patrimoine liturgique.

Il se trouve que j’ai un pied sur chaque rive, la rive liturgique avec une longue fréquentation des synagogues séfarade et ashkénaze complétée par des cours de hazanout avec mon cousin, le regretté Rabbin Charles Liché, et la rive symphonique avec mes activités de chef d’orchestre de l’Orchestre Romantique Européen depuis 15 ans. 
J’ai donc entrepris de construire cette passerelle en composant, pour la première fois, je crois, une Symphonie Juive transcrivant pour orchestre, la liturgie synagogale, avec l’espoir que les Juifs y retrouveront leurs racines musicales et que le grand public en découvrira les richesses méconnues. 

Ma « valeur ajoutée » est faible puisque le matériau existait, celui de la liturgie juive. Mon travail a donc consisté à identifier les mélodies pouvant être traduites pour un orchestre symphonique, ce qui n’est pas le cas pour tous les chants, à sélectionner un tout petit nombre d’entre elles pour ne pas faire un catalogue, en retenant les plus importantes des offices de l’année juive, à privilégier les quelques rares mélodies communes aux rites séfarade et ashkenaze, à les regrouper en quatre mouvements ayant chacun un caractère homogène, puis à les transcrire aussi fidèlement que possible pour orchestre symphonique et à composer les enchainements. Qu’il soit clair que je n’y serais sans doute jamais parvenu sans l’aide de Francine Aubin, compositeur et directrice du Conservatoire de Rueil-Malmaison.

La Symphonie Juive, écrite en la majeur, qui en résulte, d’une durée de 40 minutes, est construite sur la structure des symphonies classiques, en quatre mouvements : un premier mouvement donnant le caractère de l’oeuvre, un second mouvement lent, un troisième mouvement en scherzo rapide, et un quatrième mouvement conclusif. Le premier mouvement s’ouvre sur la sonnerie du schofar, qui donne d’emblée l’identité juive, d’autant qu’il est suivi des thèmes des Selihot de Roch Hachana « Vayaavor Adochem al panav vayikra » (séfarade), du « Vechamerou » de Chabbat (ashkénaze) et, à nouveau, des Selihot « Al Heth chéatanou lephanéra » (ashkénaze alsacien). Le second mouvement, lent, illustre la parole de Job : « D. a donné, D. a repris ». Il s’ouvre sur le Kaddish (ashkénaze), suivi de la prière des morts « El molè rahamim » (commune aux deux rites). Lui succède la mélodie du jugement divin de Roch Hachana « Beroch Hachana ».

 Le troisième mouvement, gai et alerte, débute sur le « Leha dodi » d’accueil du Chabbat dans une mélodie où ont été délibérément mélangés un chant ashkénaze bien connu et un vieux chant séfarade du Comtat Venaissin encore chanté dans certaines synagogues méditerranéennes. Le trio habituel à tout scherzo symphonique est un choral de cuivres issu du « Adon olam ». 

 Le quatrième mouvement s’ouvre sur les 7 Bénédictions du mariage, hymne portugais aujourd’hui commun aux deux rites. Lui succède le « Maoz tsour » de Hanouka, dans le même registre heureux. Mais c’est dans un caractère solennel que se prépare la conclusion de la symphonie, avec le Kol Nidré ashkénaze de Roch Hachana, suivi du psaume séfarade de Neïla à la fin de Kippour « El nora halila », dont la répétition lancinante et angoissée amènera l’ultime sonnerie du schofar".

Ce disque sera enregistré en « live » par la maison de disques Saphir, lors du concert de création de la Symphonie Juive, le 23 Novembre 2010, salle Gaveau, avec l’Orchestre Romantique Européen sous la direction de Lionel Stoleru. Le schofar sera sonné par Adolphe Attia, Hazan de la Grande Synagogue de la Victoire. 

Ce concert comprendra en introduction le Choeur des Hébreux de Nabucco de Verdi, chanté par la Chorale Juive de France, sous la direction de Raphaël Cohen. Pour ce gala se sont rassemblées la plupart des organisations juives dont l'Institut Weizman, le Technion, le Musée d'Israël, le Musée de Tel-Aviv, l'Université de Jérusalem, l'Université du Neguev, l'Hôpital Hadassa, le Musée des Juifs de Pologne et la Fondation France-Israël. 

 

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Ministre de Giscard puis de Mitterrand, Lionel Stoléru partage son temps entre la politique et la musique. Fondateur et chef de l’Orchestre romantique européen, il a présenté La Symphonie juive, le 23 novembre, en création mondiale à Gaveau. "Les fausses notes en politique me choquent. En revanche, un musicien n’est jamais à l’abri d’un couac. Même Rubinstein en a commis". Stoléru, qui vient de remettre à Sarkozy un épais rapport sur le déséquilibre Est-Ouest, semble inquiet : "Depuis que la Chine appartient à l’Organisation mondiale du commerce, le chômage, aux États-Unis comme en Europe, est de 10 % et ça n’est pas près de s’arrêter. C’est autrement plus grave que la crise des subprimes". Stoléru fut député pendant vingt ans : « Plus qu’une contrainte, ce fut un esclavage, mais je n’ai pas pour autant changé de convictions, je suis toujours au centre, une position très inconfortable. J’ai soutenu DSK aux primaires en 2006, et quand j’ai su que c’était Ségolène Royal, j’ai rejoint Sarkozy dare-dare". 

Avant de constituer son propre orchestre en 1996, l'Orchestre romantique européen, il a dirigé l'Orchestre d'Ukraine à l'Opéra Comique et à l'Opéra de Kiev en 1993, l'Orchestre de la République Tchèque au Festival Menuhin à Reims, l'Orchestre du Rhin à l'Opéra de Mulhouse, l'Orchestre Pasdeloup à Paris, l'Orchestre Philharmonique roumain à l'Athénée de Bucarest, et l'Académie de l'Ile Saint Louis avec laquelle il a gravé un disque du Concerto pour piano de Schumann et de la Symphonie Tragique de Schubert. 

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Plaquette du concert
Plaquette du concert

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