Une faille impardonnable dans la rhétorique de Laurent Fabius, Jean-Pierre Bensimon

Publié le par danilette

Il serait facile de s'indigner de la rhétorique utilisée par Laurent Fabius quand il est intervenu le  28 novembre dans le débat ouvert  à  l'Assemblée nationale au sujet de la reconnaissance de l'État de Palestine par la France.


Il y a de quoi s'indigner de l'équivalence qu'il ose établir entre "les extrémistes et les fanatiques... de chaque coté." Comme si les attentats contre les civils, les boucliers humains, le racisme institutionnalisé, l'incitation à la violence, les honneurs accordés par les plus hautes autorités aux terroristes, ... étaient imaginables dans la démocratie sans concessions d'Israël et compatibles avec la culture de son peuple qui honore le travail, l'effort, la créativité, l'innovation, la curiosité envers l'Autre... Ou, comme s'ils pouvaient être attribués à un peuple que ses ennemis djihadistes méprisent parce qu'il "aime la vie" alors qu'eux, moins "politiquement conformes" que le ministre, se vantent de préférer la mort.

Il y a de quoi s'indigner de son empathie à sens unique pour les "habitants de Gaza" frappés "très cruellement" cet été par "une tragédie insupportable." Comme si  la tragédie n'avait pas été initiée du cœur même de Gaza (Israël a déclenché sa campagne après la 230ème roquette lancée contre son territoire). Comme si les 4500 roquettes tirées au petit bonheur  depuis Gaza -sur les civils israéliens forcement,- soit 4500 crimes de guerre-, n'étaient pas une tragédie. Comme si le Hamas n'avait pas voulu cette guerre cruelle et refusé près de 10 cessez-le-feu.

Il serait aussi facile de rire de la rhétorique du ministre. 

On peut rire de sa soudaine impatience: "nous partageons ... un sentiment d'urgence", "l'urgente nécessité ...d'aboutir à un règlement", "le temps est compté"... Que n'est-il pas aussi pressé de s'occuper d'échéances autrement urgentes pour la France. La réduction des déficits publics abyssaux, la plaie du chômage de longue durée,  la réforme de l'État obèse, le respect des engagements européens, la réforme du marché du travail, le rétablissement de la sécurité, le naufrage du système public d'éducation. C'est presque une culture, on se hâte lentement au sommet de l'État français. Mais voila que le temps devient brusquement une obsession quand on orchestre une campagne de pressions contre Israël.
On peut rire aussi de sa menace. Après l'échec éventuel d'une négociation de deux ans, la sanction sera... " la reconnaissance de l'État de Palestine". Nous ne nous poserons pas la question des causes de cet échec, nous ne nous demanderons pas à qui l'imputer, ce sera reconnaissance, un point c'est tout, comme les raviolis le jeudi dans la famille Le Quesnoy! Arlequin avait un sabre mais il était en bois. Fabius aussi on peut le craindre.

Mais allons à l'essentiel, à l'erreur conceptuelle fondamentale de Fabius et de la pensée conforme, sans nous demander s'il s'agit de fausse naïveté ou d'incompétence avérée.

Citions Laurent Fabius: " Notre conviction est que le règlement définitif du conflit et l’avènement d’une paix durable au Proche-Orient ne pourront être obtenus que par la coexistence de deux États souverains et indépendants." 

Reformulons le plus fidèlement possible sa démonstration: la paix, entendons-nous, sera la conséquence de l'existence simultanée de deux États souverains, l'Israélien et le Palestinien. C'est pour cela qu'il faut un État palestinien. 

La proposition est totalement fausse, pour ne pas dire inepte. Les deux États voisins pourraient bien se faire la guerre. Tout n'est pas irénique entre voisins parce que l'on est voisins. La France n'a-t-elle pas l'expérience de la guerre entre voisins? Et l'hypothèse n'est pas imaginaire. Israël a évacué la Liban Sud : en conséquence, il a vu naître un front de guerre insoluble à ce jour avec le Hezbollah. Israël a évacué Gaza : en conséquence, un autre front de guerre insoluble à ce jour avec le Hamas est apparu. Israël a évacué le Sinaï: le risque est élevé d'un front de guerre supplémentaire, dont l'échéance est conditionnée par la stabilité du pouvoir en place au Caire.

En réalité, pour rétablir l'ordre logique des événements, c'est l'existence de la paix qui permettrait peut-être l'édification d'un État palestinien et la coexistence. Et pour comprendre ce qui fait obstacle à la paix depuis si longtemps, il faut chercher d'où viennent les refus. M. Fabius fait référence à la résolutions 181 de l'ONU qui proposait la création de deux États, l'un juif l'autre arabe, avant octobre 1948. Mais pourquoi l'État arabe n'est-il pas né? Parce que les Arabes ont refusé qu'un État juif puisse exister, être là. Ils ont alors déclenché une guerre, avec une coalition de 6 États, pour le détruire. Ils avaient déjà refusé la proposition de l'Anglais Peel en 1937, et ensuite ils refuseront les propositions "basées sur les lignes de 1967 et la re-division de Jérusalem" en septembre 2000, en janvier 2001, et en septembre 2008.

Il n'y a pas de paix parce que les Arabes (et en tête les "modérés" comme Mahmoud Abbas) ne veulent à aucun prix reconnaître la légitimité d'une souveraineté juive entre la Méditerranée et le Jourdain. Certains, plus malins que les autres, veulent bien reconnaître l'existence d'Israël, comme un fait observable, comme un fait d'expérience, mais comme un fait réversible. La volonté de paix, c'est ne pas voir la création d'un État palestinien comme une étape dans une guerre séculaire contre le sionisme, étape qui sera suivie par beaucoup d'autres. C'est donc reconnaître non seulement qu'Israël existe factuellement, mais qu'il est légitime à exister et qu'il est là pour toujours.

C'est cette reconnaissance d'une souveraineté juive légitime qui est la clé de la paix. C'est justement elle que Mahmoud Abbas, le modéré préféré de l'Occident, a refusé bec et ongles, au cours du dernier cycle de négociations. Et c'est cela que Benjamin Netanyahou demandait avec ténacité et qu'il n'a pas obtenu.

Tant que les Arabes palestiniens ne demanderont un État que pour acter un recul d'Israël et pour préparer une nouvelle étape de leur combat séculaire, il n'y aura pas de paix.

Si l'Occident, et la France représentée dans l'arène internationale par M. Fabius, ont vraiment le désir d'une paix sérieuse, c'est ce point qu'ils devraient exposer aux opinions publiques et qu'ils devraient s'attacher à résoudre.

Ils donneraient la preuve de cette volonté en agissant immédiatement pour désarmer le Hamas, et en demandant à Mahmoud Abbas de se prononcer clairement au nom de tous les Arabes palestiniens sur la légitimité de la souveraineté de l'État juif entre le Jourdain et la Méditerranée. Le processus de paix pourra alors commencer.

par Jean-Pierre Bensimon, le 29 novembre 2014

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