Vichy ou Londres ? Repentance ? Réflexions parallèles, Arnold Lagémi, Maxime Tandonnet

Publié le par danilette

Voici 2 articles qui se complètent, l'un d'Arnold Lagémi, l'autre de Maxime Tandonnet

J'ai ajouté l'excellent article de Gabriel Levy (3/8/2012)




 

En 1940, la France était-elle à Vichy ou à Londres ? Arnold Lagémi

Les médias français paraissent accorder une importance démesurée, voire infondée,  à  la question relative à la culpabilité ou à l’innocence de la France dans la collaboration avec l’occupant nazi, oubliant le sens des mots et négligeant les réalités que ces mots recouvrent.                                                                                                                                                                         Cette question appliquée à Israël ne manquerait pas de piquant ! Ben Gourion est-il « Israël » plus que Jabotinsky, ou  l’inverse ? Ou la réalité impliquerait-elle les deux ? Les « Juifs religieux » sont-ils plus Juifs que les « Juifs laïcs ? » Le « pays » la « France » sont d’abord des concepts  et les confondre avec les actions, les initiatives, conduit à l’impasse. La France de 1940 à 1945, c’est Vichy, certes,  mais c’est aussi celle qui refusa le compromis et continua la lutte. L’histoire est faite par des hommes.  Les pays n’ont rien à y voir ! En 1940, la France était-elle  à Vichy ou à Londres ?  Au nom de quoi, peut-on soutenir qu’elle n’était pas simultanément  à Londres et à Vichy ? Rendre responsable un pays signifie quoi au juste ?
On  ne peut innocenter ou accuser un pays. Persister  sur cette voie, réduirait la réalité française (de 1940 à 1945) à la seule révolution nationale. Et Pétain serait la seule référence.
De Gaulle, la Résistance, la France Libre ne s’inscrivent-ils pas aussi dans la réalité historique et politique de la France ? A moins que les tenants de la « France coupable »  n’accordent de considération qu’aux « faiseurs d’histoire » et, par conséquent, identifiant le pays à ses seuls dirigeants, considèrent Pétain comme l’unique animateur politique de l’époque, oubliant, celui qui, le 18 Juin 1940, selon le mot fameux de Malraux, « maintint l’honneur de la France, comme un invincible songe. » Elargissons les angles et les amplitudes. Au motif, que la France est une République, doit-on considérer que la monarchie française n’est pas constitutive de la « réalité française ? » Louis XIV n’est-il pas, tout autant la France que Georges Pompidou ou Nicolas Sarkozy ? La France n’est ni coupable ni innocente. Elle procède d’une définition qui ne l’implique pas dans l’histoire. Les concepts ne font pas les évènements. Ils contiennent tout et leur contraire. Quand de Gaulle ou Mitterand refusèrent de condamner la France, (de Gaulle surtout) ils ne se dispensaient pas, pour autant, de condamner à l’infamie les hommes de la Collaboration ! Condamner un pays, reste une approche puérile et dangereuse parce qu’elle écarte les hommes, initiateurs des évènements à l’avantage des concepts qui ne sont que synthèses globalisatrices, repoussant les parties au bénéfice du « tout ».    


Sur la repentance, Maxime Tandonnet

http://maximetandonnet.wordpress.com/2012/07/23/sur-la-repentance/

« Un crime commis en France par la France ». La logique de la repentance, à propos de la rafle du vel d’hiv, vient de franchir une étape supplémentaire. Ce n’est plus « l’Etat français » qui est considéré comme responsable de ce crime mais « la France » considérée globalement, en tant qu’entité historique et que Nation.

Sur le plan historique, l’affirmation est des plus hasardeuses. La France, à la suite de la débâcle militaire, est placée sous la tutelle de l’armée allemande. Les deux tiers du territoire sont occupés. L’Allemagne nationale socialiste exerce sa tutelle sur le régime de Vichy qui ne prend aucune décision stratégique, par exemple la nomination d’un haut fonctionnaire, sans l’aval des autorités d’occupation. La rafle s’inscrit à l’évidence dans la logique de la « solution finale » préconisée par le régime hitlérien.

Considérer la France, dans son ensemble, comme globalement coupable revient par ailleurs à nier d’un trait de plume tout ce qui fait notre fierté nationale : l’histoire des « Français libres », la Résistance et ses 120 000 fusillés et morts en déportation, ses millions de compatriotes qui ont pris fait et cause pour de Gaulle et la Grande-Bretagne, qui ont sauvé des juifs, et qui ont détesté le régime de Vichy et la collaboration. 

Aujourd’hui, abimer encore davantage l’image de la France aux yeux des Français, des jeunes, des étrangers,  peut avoir des conséquences dramatiques en favorisant la haine de soi et des autres, le dégoût, la désespérance, le repli. Comment s’attacher, comment s’intégrer à une nation globalement responsable d’un tel crime et comment vouloir s’y consacrer ? Enfin, je dois avouer que la logique de la repentance m’échappe totalement. Elle revient à considérer le régime de Vichy et ses crimes comme représentatifs de la France.

Le message fondamental du général de Gaulle consistait à dire exactement le contraire : le gouvernement du maréchal Pétain, soumis à l’occupant allemand et engagé dans une politique de trahison à travers la collaboration, est illégitime et ne peut pas prétendre représenter la France. Lui seul, de Gaulle, entouré des Français libres, incarne la France.

La France, l’esprit de la France, est à Londres et non pas à Vichy. En abandonnant ce raisonnement, en l’éliminant de la conscience nationale, les chefs de l’Etat, Jacques Chirac en 1995 puis l’actuel président, donnent clairement raison au régime de Vichy, qui se considérait comme le seul pouvoir légitime et qualifiait de Gaulle et ses fidèles d’usurpateurs. Triste et incompréhensible victoire posthume. Maxime TANDONNET


Lire dans les commentaires : Yves Leclercq dit : 23 juillet 2012 à 15:16

Je suis assez âgé pour avoir vécu cette période avec intensité. Dans leur majorité, où qu’ils soient, les français adultes ont accueilli avec soulagement l’armistice, et très peu ont entendu et suivi l’appel du 18 Juin.
La rafle du Vel d’Hiv a eu lieu en juillet 1942, AVANT le débarquement des anglo-américains en Afrique du Nord, et sa conséquence, l’occupation totale de la France métropolitaine par les allemands, leur mainmise totale sur l’ensemble du territoire et sur le gouvernement de Vichy. Ce gouvernement est donc totalement responsable de la rafle, où les policiers parisiens ont utilisé les fichiers constitués par leurs soins. L’invocation de la pression de l’occupant ne peut être faite, ni pour “excuser” le gouvernement de Vichy, ni pour disculper le “pays réel”, assez largement anti-sémite, et indifférent aux malheurs des étrangers. Ce n’est que plus tard qu’ils ont pris conscience de l’horreur et éprouvé de la honte.
L’histoire a donné raison à De Gaulle (on le prenait pour un fou en Mai 1940), à ses ralliés, aux résistants, et aux Justes. S’ils ont racheté l’honneur de la France, ils ont toujours été en minorité.
Il n’y a pas d’expérience semblable dans notre histoire. Notre pays l’a échappé belle au début du 15 ème siècle.

mise à jour : 3/8

LE DISCOURS DU VEL’D’HIV  Gabriel Levy 

Le discours du président de la République lors de la commémoration de la rafle du Vel’ d’Hiv suscite la désapprobation de certains de nos concitoyens et de nos amis. Nous expliquerons plus loin pourquoi ils se trompent au plan du droit international. Quant à la crainte de céder ainsi à des repentances en cascade de la part de l’Etat, là encore ils se trompent.


En effet, il paraît exclus, sauf pour M. Plantu,de mettre sur un même plan les 130 ans de la colonisation française de l’Algérie à la complicité froide et méthodique de l’assassinat de 13 152 individus, dont 4.115 enfants, qui n’étaient pas des adversaires, réels ou potentiels, de la France, mais des réfugiés ou d’authentiques Français. La colonisation, comme la révolution française est un « bloc » pour citer les mots de Clémenceau, et que cela déplaise ou non, il faut répéter que la France a exercé une « œuvre civilisatrice considérable » (Pierre Goinard, Robert Laffont, pp 419, 1984).

A cet égard, le dessin de Plantu, paru dans le Monde du 24 juillet 2012, est stupide et malfaisant (un Algérien écoutant le discours de M. Hollande appelle sa femme : « viens, on parle de nous »).

M. Henri Guaino, ex-conseiller spécial du président Sarkozy, paraît exceller dans le propos… mal à propos. Ainsi estimait-il, il y a peu, « qu’en les obligeant à justifier leurs frais, les députés ne seraient plus libres ». Aujourd’hui, il estime qu’il a sa France (« ma France était à Londres depuis le 18 juin ») et que « (sa) France n’a rien à voir dans ce qui a été commis au Vel’ d’Hiv ». La scotomisation, ou le déni, est un signe psychanalytique.

Car la France avait depuis mai 1940 un gouvernement élu par la représentation nationale issue des élections de 1936 qui avaient amené le Front Populaire au pouvoir. Qu’importe que 80 députés (socialistes) aient voté contre les pleins pouvoirs accordés au chef du Gouvernement. Il s’agissait bien d’un Etat, disposant, au nom de la France, des attributs d’un Etat : un territoire (Vichy et une partie de la France n’étaient pas encore occupées en juillet 1942) et un exécutif gouvernemental, celui qui a donné les ordres.

M. Guaino a raison, ce n’était pas la France que nous aimons, mais en tant que conseiller spécial d’un chef d’état, il a admis que la réalité d’un pays, c’est-à-dire sa reconnaissance internationale, n’implique pas considération, égard ou sympathie, mais que c’est cet Etat-là qui représente son peuple dans les organisations internationales… ainsi que sur les marches de l’Elysée (Kadhafi) ou à la tribune du 14 juillet 2008 (Assad).

Il a pu exister deux France, nous l’accordons, et celle qui comptait, hélas, au moins jusqu’à la date de la rafle, le plus grand nombre d’adeptes, prudents ou convaincus, n’était ni la sienne ni la nôtre.

Admettons cependant l’indulgence pour les fonctionnaires de l’Etat qui pouvaient craindre pour leur vie la sanction d’une désobéissance éventuelle, mais ne travestissons pas les faits : ce sont des gendarmes français, sous l’uniforme français qui ont exécuté la rafle. Oui, « ces heures noires souillent à jamais notre histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions. La folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'État français ». (Jacques Chirac).

Il faut ajouter aussi dans notre démonstration le cas particulier de l’Algérie bien décrit par deux historiens (Michaël R Marrus et Robert O Paxton, « Vichy et les juifs », Calmann-Lévy, pp 431, 1981). Alors qu’il n’y avait aucun occupant, que l’Algérie était administrée par le pouvoir central de Vichy, la nationalité française fut retirée aux Juifs par les décrets des 22 juillet et 7 octobre 1940 du gouvernement à peine formé. « Aucun soutien apporté à Vichy dans ses initiatives antisémites ne fut plus déterminé que celui qui vint d’Algérie ». Ainsi, les « numérus clausus » furent appliqués plus précocement et avec plus de rigueur qu’en métropole.

Après le débarquement du 8 novembre 1942 qui libérait - en théorie - l’Algérie, le décret Crémieux qui, en 1870, avait fait des juifs des nationaux français, ne fut pas rétabli. Ces derniers attendirent son rétablissement jusqu’au 21 octobre 1943, soit pendant un an sous l’administration d’une « autre France » que celle de Vichy, alors que « à la date du 21 janvier 1943, le territoire algérien n’était plus de fait administré par l’autorité se disant gouvernement de l’Etat français » (réponse ministérielle 2003). Ils attendirent aussi qu’un terme fut mis aux « camps de regroupement », ainsi nommés, de Bedeau et de Bossuet.

Alors, pour admettre l’histoire, il faut lire sur le site de l’assemblée nationale les phrases prononcées par Georges Clémenceau le 21 janvier 1891 dans une situation semblable. A un détracteur, il répond : « J'accepte ceci, et je rejette cela ! Messieurs, que nous le voulions ou non, que cela nous plaise ou que cela nous choque, la Révolution française est un bloc, un bloc dont on ne peut rien distraire parce que la vérité historique ne le permet pas. ». Nous invitons M. Guaino, fin lettré, à lire la suite du long débat sans négliger les rappels à un autre moment dramatique pour la France, la Commune de Paris. Il y a tant de moments dramatiques pour un pays !

dessin de Plantu Le Monde 24/7/2012, stupide et malfaisant...

Publié dans Arnold Lagémi

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