Visions contradictoires du "Plus jamais ça" par Caroline B. Glick

Publié le par danilette

 

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par Caroline B. Glick, Jerusalem Post
Adaptation française de Sentinelle 5771 ©

jeudi 5 mai 2011

 
Vers la fin, l’Holocauste fit rage jusqu’à ce que les Alliés gagnent la guerre. Il ne devait pas en être ainsi. Si on avait laissé les Juifs quitter l’Europe, l’Holocauste aurait pu être prévenu. Mais le seul endroit qui voulait bien de nous n’était pas autorisé à nous prendre. Les nations du monde entier fermèrent leurs portes. Seuls les Juifs de la Terre d’Israël voulaient des Juifs d’Europe. Mais les Britanniques empêchaient leur arrivée.

La Ligue des Nations confia à la Grande Bretagne un Mandat sur la Palestine pour faciliter l’immigration juive vers le foyer national juif de façon à faire avancer la cause de la souveraineté juive. Mais des obligations légales ne pouvaient entrer en concurrence avec la conviction britannique que ses intérêts personnels reposaient sur les Arabes. Aussi depuis 1939, les Britanniques fermèrent les portes de la terre d’Israël au Peuple juif. Ce faisant, ils scellèrent effectivement le destin de six millions de Juifs.

Aussi bien les USA et la Grande Bretagne étaient conscients de ce que les nazis préparaient depuis le début, mais ils refusèrent de prendre la moindre mesure efficace pour sauver les Juifs. Ils refusèrent de bombarder des voies ferrées conduisant à Auschwitz, ou les fours crématoires des camps de la mort. Ils refusèrent de bombarder Auschwitz alors que les pilotes alliés étaient envoyés en mission de bombardement à quelques km de là. De même, ils refusèrent de bombarder l’un des nombreux camps de la mort parsemant le paysage de l’Europe occupée par les nazis.

Il y a avait deux raisons principales pour lesquelles les Alliés se comportèrent ainsi. Tout d’abord, ils ne débordaient pas d’affection pour les Juifs. Ce n’est pas que les Américains ou les Britanniques soutenaient leur annihilation, mais ils n’en n’étaient pas suffisamment contrariés pour faire quoi que ce soit pour l’arrêter.

L’antisémitisme n’est pas la principale raison pour laquelle les Alliés ne firent rien. La principale raison était, que cela vous plaise ou pas, que les Alliés ne pouvaient pas décider pourquoi ils devraient s’en occuper. Morts ou vivants, les Juifs ne faisaient pas partie de leurs plans de guerre.

Pour la Grande Bretagne, l’objectif de la guerre était de survivre.

Pour les Américains il était de défendre la cause de la liberté et d’ouvrir la voie pour l’émergence de l’Amérique comme dirigeant du monde libre. La survie des Juifs n’était pas considérée importante pour atteindre ces objectifs, aussi les Alliés attendirent pendant que les ghettos étaient liquidés et les chambres à gaz commençaient d’opérer à pleine capacité.

Après la guerre, la communauté juive mondiale adopta « Plus jamais ça » comme cri de ralliement. Mais « Plus jamais ça » n’est rien qu’un slogan. Il incomba aux dirigeants du Peuple juif de concevoir les moyens de prévenir une récurrence de l’Holocauste.

Ces dirigeants arrivèrent avec deux stratégies différentes pour protéger les Juifs d’un génocide, et leurs partisans formèrent des camps séparés. Alors que les premières années, les positions séparées semblèrent se compléter mutuellement, depuis les années 1970, le fossé entre elles s’est constamment agrandi. De fait, nombre de ces divisions de la communauté juive mondiale aujourd’hui prennent leur source dans cette division politique de l’après Holocauste.

La première stratégie était fondée sur la loi internationale et les droits de l’homme. Ses champions mettaient en avant que la raison pour laquelle les Alliés n’avaient pas sauvé les Juifs, c’était parce que les lois enjoignant aux alliés de nous secourir d’un côté, et interdisant aux nazis de nous tuer d’un autre côté, étaient insuffisamment fortes. S’ils pouvaient promulguer un nouveau régime mondial de loi humanitaire international, ils pensaient pouvoir obliger les gouvernements à s’élever au-dessus de leurs haines et des chaînes de l’étroitesse d’esprit de leurs intérêts nationaux pour sauver des enfants du massacre. Non seulement leur vision devait protéger les Juifs, mais elle protègerait tout un chacun.

Les Juifs qui soutinrent la stratégie des droits de l’homme pour empêcher un autre Holocauste furent les architectes des Nations Unies, de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, des Conventions de Genève de1949 et de la Convention sur le Génocide. Ils furent les fondateurs du régime des droits de l’homme qui prévaut tant aujourd’hui dans le discours occidental sur la guerre et la paix.

Malheureusement, les institutions que ces Juifs idéalistes ont conçues ont été corrompues par les forces politiques qu’ils espéraient vaincre.

Par suite, le régime international des droits de l’homme qu’ils ont créé a totalement échoué dans l’accomplissement de ce qu’ils espéraient. A la place, le régime qu’ils ont créé pour protéger les Juifs est aujourd’hui une arme essentielle dans la guerre menée contre eux.

Les Juifs ne sont pas les seules victimes de l’échec du modèle de la politique des droits de l’homme. Cambodgiens, Rwandais, Darfouris et d’autres peuvent aussi témoigner de son effondrement. 

Il existe deux raisons qui expliquent l’échec du paradigme des droits de l’homme. La première, c’est qu’il n’est pas parvenu à reconnaître l’adaptabilité de la haine antijuive. L’antisémitisme est l’une des haines les plus difficiles à identifier parce qu’elle se modernise constamment pour s’adapter aux courants politiques et sociaux de l’époque. Depuis que l’antisémitisme de style nazi s’est démodé avec la défaite de l’Allemagne, les visionnaires des droits de l’homme ont cru que les gens seraient gênés de mettre la haine en avant.

A la place, guidés par les soviétiques, ceux qui haïssent les Juifs ont modernisé leur langage. Ils ont cessé de parler du contrôle juif sur les affaires du monde et ont commencé de parler du contrôle sioniste sur les affaires mondiales.

A l’opposé des Européens, les Arabes qui haïssent les Juifs ne ressentent pas l’obligation sociale de cacher leur antipathie contre les Juifs dans leurs propres sociétés. Mais en reconnaissant où l’Occident se tient sur cette question, ils ont ajouté la forme socialement acceptable de l’antisémitisme d’après-guerre – l’antisionisme – à leur répertoire. Par exemple, avec ses allégations de conspirations juives et franc-maçonnes pour prendre le contrôle du monde, et ses citations des ‘Protocoles des Sages de Sion’, la Charte du Hamas inclut aussi un paragraphe consacré à l’apartheid, au génocide, à l’impérialisme et aux atteintes aux droits de l’homme sionistes.

Quand les sympathisants occidentaux des Palestiniens dans les media, les affaires étrangères, l’université, etc, rapportent des accusations palestiniennes contre Israël, ils leur accordent crédit avec enthousiasme, tenant pour acquis des faits qui sont manifestement de fausses allégations de porte-parole palestiniens sur les atteintes aux droits de l’homme, le génocide et l’apartheid israéliens. Efficacement cependant, ces Occidentaux gardent le silence et traitent avec respect les mêmes officiels palestiniens quand ils allèguent des conspirations sionistes criminelles et se livrent aussi à des attaques antisémites politiquement incorrectes.

Leurs déclarations sur l’empoisonnement de leurs puits, et l’infection par le SIDA de leurs enfants par les Israéliens ne sont pas relevées.

Les théories occidentales de la conspiration juive, triées sur le volet par des occidentaux ayant de la jugeote mais haïssant les Juifs, démontrent l’absurdité de l’affirmation que l’antisionisme n’est pas de l’antisémitisme.

Comme la haine antijuive ancienne manière, l’antisionisme inverse la réalité de la vulnérabilité juive et leur victimisation de façon à justifier la haine irrationnelle des Juifs et à dénier les droits fondamentaux à l’autodéfense des victimes juives.

La corruption du paradigme des droits de l’homme par les antisémites au service de leur politique de haine antijuive est sûrement une raison majeure pour laquelle le modèle des droits de l’homme pour la prévention des génocides a échoué. Mais ce n’est pas la seule cause de cet échec. L’autre raison, c’est parce que ses prémisses s’appuient sur une compréhension naïve et incorrecte de la gestion des affaires publiques.

Les champions des droits de l’homme et de la loi humanitaire ont cru que si des lois étaient imprimées dans des livres, si des conventions internationales étaient ratifiées par des démocraties, alors le monde s’y plierait. Mais ce n’est pas le cas.

Exactement comme les Britanniques ont ignoré les obligations de la loi internationale pour faciliter l’installation des Juifs sur la terre d’Israël quand ils ont senti qu’il était de leur intérêt de favoriser les Arabes, de même les gouvernements aujourd’hui ignorent de façon courante leurs obligations légales internationales si en s’y pliant, cela va à l’encontre de la perception de leurs intérêts.

Cette vérité a été démontrée crûment en décembre dernier, avec la publication de l’enregistrement d’une conversation de mars 1973 tirée de la bibliothèque Nixon, entre le président d’alors Richard Nixon et son secrétaire d’Etat Henry Kissinger, concernant la perspective d’un génocide soviétique des Juifs soviétiques.

Kissinger affirmait : « S’ils mettent les Juifs dans des chambres à gaz en Union soviétique, ce n’est pas un problème américain. Peut-être un problème humanitaire ». Nixon répondit : « Je sais. Nous ne pouvons pas faire sauter le monde à cause de ça ».

Leurs opinions n’étaient pas un simple témoignage de l’indifférence des deux hommes envers le destin des Juifs soviétiques. Ils sont instructifs parce qu’ils montrent comment les dirigeants mettent des priorités dans leurs stratégies politiques.

Nixon et Kissinger s’opposaient probablement au génocide de la communauté juive soviétique, mais il était plus important d’éviter une politique qui pourrait « faire sauter le monde ».

Dans le même esprit, les USA ont choisi de ne rien faire lors des génocides au Cambodge, au Rwanda et au Darfour, parmi d’autres.

Le traitement des Juifs en particulier par les USA et les Européens, et des survenues de génocide en général depuis l’Holocauste, a démontré clairement que les deux présomptions du paradigme des droits de l’homme étaient erronées.

L’antisémitisme est une maladie incurable.

Israël est la cible d’une campagne antisémite, d’une politique génocidaire qui emploie le langage des droits de l’homme pour se justifier. Et des hommes et des femmes par ailleurs moraux ignorent simplement sa malignité quand ils croient que leurs intérêts sont mieux servis en ne s’y opposant pas.

Les relations au sein du judaïsme ont été une victime secondaire de l’échec du paradigme des droits de l’homme. Confrontés à l’échec et à la corruption de leur paradigme favori aux mains des antisémites, beaucoup d’activistes juifs des droits de l’homme ont abandonné leurs compagnons juifs et Israël pour maintenir leur allégeance au modèle des droits de l’homme, antisémite et corrompu.

Pour ces partisans des droits de l’homme, le succès stupéfiant de l’autre stratégie juive après l’Holocauste pour donner une signification au slogan « Plus jamais ça », est particulièrement agaçant.

Cette politique est le Sionisme.

Le Sionisme ne soucie pas de la façon dont les gens doivent se comporter, mais de ce qu’ils sont capables de faire. Les Sionistes comprennent que les gens se trouvent dans un amalgame de passions et d’intérêts. L’Holocauste a pu survenir parce le seul Peuple avec une passion et un intérêt permanent dans la défense des Juifs, ce sont les Juifs. Et quand les nazis sont montés au pouvoir, les Juifs étaient sans foyer et sans pouvoir.

Les Juifs qui adoptent l’approche des droits de l’homme critiquent la vision du Sionisme comme étant isolée et militariste. Ce qu’ils ne parviennent pas à reconnaître, c’est que toute nation qui réussit repose sur elle-même, et vit par l’épée.

Seuls ceux qui dissuadent leurs agresseurs sont capables de s’attirer des alliés. Personne ne se tiendra aux côtés d’une nation qui ne se défendra pas elle-même.

Le Jour du souvenir de la Shoah, que nous marquons lundi 2 mai 2011, est blotti entre Pessah’ et le Jour de l’indépendance pour une raison. Aussi bien dans les temps antiques et modernes, la seule façon pour les Juifs – ou pour tous les autres – de protéger leur liberté et leurs vies est d’être capables de se défendre, dans leur propre pays.

La campagne pseudo droits-de-l’hommiste contre Israël menée au nom d’un antisémitisme à la mode antisioniste représente une justification totale du modèle sioniste. Le Sionisme est la seule manière d’assurer la survie juive. C’est la seule manière d’assurer que face aux menaces croissantes, « Plus jamais ça » signifiera Plus jamais ça.

caroline@carolineglick.com


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Publié dans Shoa

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